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Dossier

Répondre à une demande croissante

Tiziano Polito

L'avenir des bioplastiques dans l'emballage semble déjà tout tracé. D'après Pira International, la demande de plastiques biodégradables pourrait tripler d'ici 2011 pour atteindre un volume de 116 000 tonnes, ce qui représente, en moyenne, une croissance de 22 % par an au cours des cinq prochaines années. Toutes les régions du monde sont concernées, de l'Europe occidentale aux pays de l'ancien bloc de l'Est en passant par les Etats-Unis et l'Asie. Et il ne s'agit que d'une fourchette basse. Selon d'autres estimations, la consommation des bioplastiques, qui aurait déjà atteint 100 000 tonnes dans le secteur de l'emballage, pourrait se développer davantage sous l'effet de la hausse des prix des résines d'origine fossile. Les producteurs ne rêvaient que de ça. Mais seront-ils en mesure de faire face ? L'acide polylactique (PLA) a déjà posé quelques problèmes d'approvisionnement en Europe, en France notamment, au cours des 6 derniers mois. Certains transformateurs intéressés par ce matériau issu de l'amidon de maïs n'ont pas pu passer commande, et ce, malgré le fait que les capacités de production du principal producteur mondial - l'américain NatureWorks - soient théoriquement supérieures à la demande. « Il est vrai que nos capacités sont inférieures aux 140 000 tonnes annoncées, mais nous prévoyons d'atteindre cet objectif courant 2008 », reconnaît Stefano Cavallo, directeur du développement pour l'Europe du Sud. Résultat : les acheteurs potentiels ont été priés d'attendre ou de changer de crémerie, le peu de matière disponible étant adressé en priorité aux transformateurs ayant signé des contrats sur le long terme, comme Veriplast, Treofan ou Guillin. Quant à la création d'une nouvelle usine - que certains souhaiteraient en Europe afin de limiter les surcoûts dus au transport -, il faudra attendre encore quelques années, la filiale de Cargill n'envisageant pas de créer des unités de production supplémentaires. Du moins pas avant d'être arrivée à vendre toute la production de son usine de Blair, au Nebraska (Etats-Unis), lorsque celle-ci tournera à plein régime.

Bio-raffinerie

Les problèmes d'approvisionnement ne semblent pas, en revanche, affecter les amidons plastifiés. Novamont, leader de la spécialité avec son Mater-Bi, l'un des plus anciens biopolymères, vient de mettre en route une nouvelle bio-raffinerie à Terni, dans le centre de l'Italie. Dédiée à la production de dérivés chimiques issus d'huiles végétales et d'amidon de maïs, elle affiche une capacité de 40 000 tonnes annuelles, l'objectif étant de monter à 60 000 tonnes en 2008. Quant à Innovia Films, qui produit le NatureFlex, un film cellulosique aux caractéristiques comparables à celles du polypropylène orienté, ses 14 000 tonnes lui permettent de répondre à ses clients. Bref, à l'exception du PLA, qui constitue quand même l'un des matériaux les plus polyvalents en termes d'applications et donc l'un des plus demandés, il n'y aurait pas de quoi s'alarmer. European Bioplastics, l'association qui regroupe les producteurs de bioplastiques, ne dit pas autre chose : à échéance 2010, la filière sera en mesure de produire 800 000 tonnes de matière, de quoi satisfaire largement la demande. Le Club Bioplastiques avance même le chiffre de 1 million de tonnes, si l'industrie des biopolymères était aidée par des « mesures incitatives ». Prévisions optimistes ? Difficile à dire. Force est de constater, toutefois, que face à des perspectives de développement aussi juteuses, beaucoup d'acteurs - amidonniers ou chimistes - cherchent à placer leurs pions. Tate et Lyle, qui évalue le marché mondial du PLA à 35 milliards de dollars (26 milliards d'euros) - dont 7 milliards d'euros uniquement en Europe -, a racheté l'an dernier Hycail, une entreprise de droit néerlandais possédant une unité de production pilote au Pays-Bas et un centre de recherche en Finlande. Objectif, à peine voilé, de la firme britannique : créer la première usine de PLA en Europe. Même si, explique la direction, « avant de lancer la production industrielle, il faut valider le pilote et s'assurer que la résine peut répondre aux applications requises par le marché. » L'usine ne fonctionne toujours pas mais, d'après certaines indiscrétions, elle pourrait être dimensionnée pour produire jusqu'à 150 000 tonnes de PLA par an. Chez DuPont, qui déclare vouloir tirer 25 % de son chiffre d'affaires des ressources renouvelables d'ici 2010, la question des biopolymères est aussi à l'ordre du jour. « Nous avons réalisé une étude de marché qui démontre que la demande s'orientera toujours plus vers les produits biodégradables issus de ressources naturelles renouvelables. Nous allons clairement dans cette direction, mais il faut du temps avant que les programmes de recherche n'aboutissent », affirme Thomas Philipon, responsable marketing. Pour l'heure, l'entreprise américaine s'est surtout donné les moyens d'augmenter les capacités de production du Sorona, un polymère issu à 37 % du maïs, en mettant en place un partenariat avec le chinois Zhangjiagang Glory Chemical Industry. Opérationnelle avant la fin de l'année, l'unité aura une capacité annuelle de 30 000 tonnes. Chez les autres : silence radio. Si beaucoup de chimistes ne cachent pas leur intérêt pour les biopolymères, aucun ne dévoile ses intentions. Tous, en tout cas, devront répondre au moins à trois défis pour les années à venir : trouver des résines plus polyvalentes en termes d'applications, moins coûteuses et, si possible, issues à 100 % de ressources renouvelables.

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