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Economie circulaire

« Nous sommes les seuls à apporter une solution biologique pour la fin de vie des plastiques », assure Martin Stephan, directeur général délégué de Carbios

« Nous sommes les seuls à apporter une solution biologique pour la fin de vie des plastiques », assure Martin Stephan, directeur général délégué de Carbios

Société de chimie verte présente dans le domaine de la valorisation des plastiques, Carbios n'a eu cesse d'accroître sa notoriété en multipliant ses dépôts de brevets en France comme à l'étranger. Le clermontois a même eu les honneurs de la prestigieuse revue scientifique Nature pour son procédé de recyclage par voie enzymatique. Martin Stephan, directeur général délégué, fait le point sur une année 2020 riche en événements et sur les perspectives à venir.

Avec onze brevets accordés en 2020, dont sept aux États-Unis, Carbios se confirme comme l’une des entreprises les plus innovantes dans le domaine du recyclage et du compostage des plastiques. La société clermontoise défend son patrimoine intellectuel bien au-delà des frontières hexagonales puisqu’elle dépose en Chine, au Japon, en Inde et outre-Atlantique. Elle revendique déjà 38 familles de brevets, dont 18 uniquement dans le recyclage enzymatique du polyéthylène téréphtalate (PET), l’un des procédés les plus prometteurs, suivi de près par des grands groupes tels que Nestlé, L’Oréal ou encore PepsiCo et Suntory (Orangina Schweppes).   

Emballages Magazine : Les emballages en plastique sont sur la sellette. Vous avez mis au point un procédé pour recycler les bouteilles en polyéthylène téréphtalate (PET) qui concurrence le recyclage mécanique et chimique. Qu’apportez-vous de plus par rapport à ces deux technologies ? 

Martin Stephan : D’une manière générale, le fait que plusieurs procédés coexistent est déjà une bonne nouvelle en soi. Cela permet d’apporter non pas une mais plusieurs réponses à un problème de société. Nous sommes par contre les seuls à apporter une solution biologique. Le recyclage enzymatique permet, en effet, de décomposer les déchets dans leurs monomères de base pour ensuite fabriquer de nouvelles résines, comme si elles étaient vierges. Cela permet de s’affranchir de plein d’inconvénients, comme le degré de pureté du gisement, qui complique le recyclage mécanique et alourdit la facture du tri. Nos enzymes ne s’attaquent qu’au PET. Dès lors, les autres plastiques, à l’image du polychlorure de vinyle (PVC) qui possède la même densité que le PET, sont plus faciles à séparer, car ils restent au fond du réacteur. Quant aux méthodes chimiques que sont la glycolyse et la méthanolyse, nous travaillons avec des températures bien inférieures, de l’ordre de 70°C, contre 200°C pour ces procédés, ce qui nous permet de consommer moins d’énergie et d’émettre moins de carbone. De plus, à ces températures, les « polluants », même s’ils ne sont présents que dans des quantités minimes, peuvent se dégrader, amoindrissant la qualité du produit final. 

Portées par le plastic bashing, les politiques gouvernementales semblent privilégier la suppression pure et simple des plastiques plutôt que le recyclage. Ne craignez-vous pas qu’à terme, votre activité, basée sur le traitement d’un gisement de déchets, en subisse les conséquences ? 

Nous ne sommes pas du tout inquiets. Notre activité est, en effet, mondiale. Or, la doctrine en matière environnementale sur les emballages n’est pas la même en France ou aux Etats-Unis ou encore au Japon. De surcroît, nous sommes persuadés que les plastiques, et en particulier le PET, ont encore de beaux jours devant eux. S’il existe aujourd’hui 350 millions de tonnes de plastique sur le marché, c’est parce que ce matériau est léger, fonctionnel, pratique. Le PET présente un meilleur bilan environnemental que le carton ou le verre car il est facile à recycler. Eu égard à cette qualité, nous croyons que son usage va se développer sur d’autres segments que les boissons, dans l’alimentaire par exemple. 

"Il faut une action systémique et coordonnée au niveau mondial, davantage de collecte et de la technologie"

Pourquoi, malgré ces caractéristiques, s’oppose-t-on encore aux plastiques ? 

Il s’agit d’abord d’un problème d’information voire de méconnaissance du sujet. Il s’agit aussi d’un manque de vision globale. Comme le rappelle la revue scientifique américaine Nature qui a publié l’an dernier un article sur la pollution plastique, pour développer le recyclage il faut une action systémique et coordonnée au niveau mondial, davantage de collecte et de la technologie. Carbios apporte cette dernière brique à l’édifice. 

Quoique prometteur, votre procédé de recyclage du PET n’est pas encore exploité industriellement. Où en êtes-vous exactement dans sa mise à disposition ? 

La technologie est prête. La science est théorisée et écrite. Nous possédons un pilote avec un réacteur de 1000 litres qui nous permet de traiter 200 kg de matière avec environ 0,2% d’enzymes. Nous attendons la mise en route de notre démonstrateur, d’ici à septembre, pour monter en échelle. Cela nous permettra de générer suffisamment de données afin de rendre le procédé exploitable au plan industriel. Fin 2022 ou début 2023, nous devrions avoir notre premier licencié qui sera vraisemblablement un producteur de PET puis, dans le courant des deux années suivantes, c’est-à-dire entre 2023 et 2025, celui-ci sera en mesure de construire sa première usine.

Ce démonstrateur devait en l’occurrence être construit à Saint-Fons (Rhône) sur le site de Kem One, puis, en septembre dernier, vous avez finalement décidé d’aller chez Michelin. Pourquoi ?

Aucune arrière-pensée, ce n’est vraiment qu’une question d’opportunité. Michelin nous a fait une proposition que nous ne pouvions pas refuser. Nous sommes actuellement 35 personnes sur trois sites différents distants de 10 km. Avec Saint-Fons, cela en aurait fait un quatrième. En mettant à notre disposition des locaux, que nous allons louer, Michelin nous permet de travailler sur un site unique, à Clermont-Ferrand, où nous sommes basés. C’est plus simple pour tous. Kem One nous attendait. Nous avions déjà signé les premiers contrats d’engagement pour les utilités. Mais ils ont tout à fait compris le choix que nous avons fait. Quant à Michelin, il est non seulement actionnaire de Carbios, mais il s’intéresse lui aussi à nos technologies. On ne le sait pas assez, mais il y a du PET aussi dans les pneus…

"Limagrain a considéré que les bioplastiques ne faisaient plus partie de son cœur de métier"

Un autre événement important de l’année concerne le rachat des actions de Carbiolice, votre division spécialisée dans les bioplastiques, à votre partenaire Limagrain. Pouvez-vous nous expliquer les raisons de cette opération ?

Ce rachat nous permet de simplifier la gouvernance de cette société qui, elle aussi, est promise à un fort développement. Limagrain a considéré que les bioplastiques ne faisaient plus partie de son cœur de métier. Ils ont donc accepté notre proposition pour en sortir. 

Les bioplastiques, et notamment le compostage de l’acide polylactique (PLA), représentent votre activité historique. Où en êtes-vous alors que ce bioplastique, qui existe depuis une vingtaine d’années, peine encore à s’affirmer sur le marché ?

Il existe un regain d’intérêt pour ce matériau. Dans le domaine des plastiques, depuis deux ou trois ans, les industriels recherchent des solutions plus en phase avec l’environnement et le PLA représente une solution, le PET représentant, à nos yeux, l’autre solution. Les capacités de production augmentent progressivement, en Europe comme en Asie. Le PLA constitue une solution avantageuse pour les capsules de café, les barquettes, les pots de yaourt. Nous participerons à cette transformation en apportant la technologie pour faciliter le compostage à domicile, avec notre procédé Evanesto. 

"Dire que le PLA est un perturbateur de tri correspond à une vision partiale des choses"

Pour autant, certains industriels, pourtant intéressés par ce polyester, l’ont ensuite délaissé compte tenu de l’absence de soutien des pouvoirs publics, par exemple en matière d’éco-taxe. Quel est votre avis sur la question ?

Là aussi, encore une fois, l’absence d’une stratégie à long terme semble avoir prévalu. Dire que le PLA est un perturbateur de tri correspond à une vision partiale des choses. Il faudrait plutôt se dire que ce matériau représente un remède compte tenu de son aptitude à être composté au fond du jardin. C’est un peu comme lorsque l’on a annoncé que les bouteilles en PET opaques étaient, elles aussi, des perturbateurs de tri. C’est vrai. Mais dès que notre technologie sera prête, cet écueil n’en sera plus un. Opaque ou pas, coloré ou pas, le PET pourra être entièrement recyclé. Concernant ces questions environnementales, il ne faut pas faire du court terme mais voir plus loin. C’est la seule façon de s’en sortir.

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