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« Nous pensons déjà à l’après-Covid-19 », assure Philippe Tran, DG d'Ondulys

Tiziano Polito
« Nous pensons déjà à l’après-Covid-19 », assure Philippe Tran, DG d'Ondulys

Soumis à une forte hausse de la demande de poubelles pour les déchets d'activités de soins à risques infectieux (Dasri), le fabricant d’emballages en carton ondulé Ondulys (groupe VPK) n’en demeure pas moins impacté sur d’autres marchés, comme l’automobile et l’électronique. La crise sanitaire lui a toutefois donné des idées pour répondre aux demandes d’un monde qui ne sera sûrement plus comme avant et où les problématiques d’hygiène seront récurrentes. Entretien avec Philippe Tran, directeur général d’Ondulys, acteur majeur du secteur avec un chiffre d’affaires de 210 millions d’euros, 1000 salariés et dix sites de production en France.

Ondulys prépare déjà l’après-crise. Ses dix usines n’ont jamais cessé de fonctionner. Malgré tout, la reprise sera lente, explique Philippe Tran, le directeur général, car les sites de ses clients dans l’automobile, l’électronique ou les biens d’équipement redémarreront très progressivement à partir du 11 mai. L’occasion de réfléchir à un nouveau positionnement et à de nouveaux produits pour répondre aux mutations du marché qui, forcément, apparaîtront à la suite de l’épidémie. La vente à emporter et le drive devraient se développer dans le cadre de relations sociales qui ne seront plus les mêmes. Et le carton, qui jouit d’une bonne image auprès du public, pourrait tirer son épingle du jeu.    

Emballages Magazine : Quel est l’impact de la crise sanitaire sur vos activités ? 

Philippe Tran : Comme tous nos confrères, nous avons été surpris par la rapidité de cette épidémie. Sur le plan du fonctionnement, nous avions largement anticipé ses effets. Nous avons émis des consignes d’hygiène et de sécurité strictes dès la fin du mois de février. J’ai moi-même fait le tour des usines en début de crise pour encourager les équipes, expliquer et montrer l’exemple. Au commencement, on nous prenait un peu pour des fous, puis les gens ont compris. Nous avons été touchés par l’absentéisme, mais toutes les usines ont continué à tourner, sans interruption liée au Covid-19. Sur le plan de l’activité, le mois de mars a été globalement stable, alors qu'en avril, à part quelques exceptions, la tendance était à la baisse. Nous sommes inquiets pour le mois de mai. 

Certains segments ont-ils été touchés plus que d’autres ?  

Nous sommes en phase avec le marché, avec des hausses pour l’alimentaire, la pharmacie, l’hygiène-cosmétique, mais des baisses marquées sur les autres segments, notamment l’automobile ou l’électronique qui ont chuté de 40%. Quant à l’e-commerce, un secteur sur lequel nous sommes très présents, ça va et ça vient… Nous avons en revanche enregistré une augmentation spectaculaire de la demande de poubelles pour les déchets d'activités de soins à risques infectieux (Dasri) dont nous sommes l’un des deux spécialistes en France. Dans notre usine de Fleury-sur-Andelle (Eure), la production a été multipliée par deux fois et demie pour répondre à la requête des hôpitaux locaux, de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) et des Ehpad. Nous avons même dû rouvrir l’usine le dimanche pour fabriquer les 600 000 pièces mensuelles que l’on nous demande. Bien sûr, compte tenu des circonstances, nous maintenons les prix. 

« La demande de produits liés à l’hygiène, à la sécurité des personnes va se pérenniser »

La reprise s’esquisse déjà dans l’industrie. Allez-vous pour autant modifier votre offre durablement ?  

Cette crise est riche d’enseignements. Elle démontre tout d’abord que, comme toujours en temps de crise, les secteurs tels que l’alimentaire, les produits d’entretien et de soins ou la pharmacie résistent bien, mieux que les autres. Nous sommes déjà présents sur ces segments. Nous pourrions l’être davantage afin de mieux préserver nos activités. D’autre part, nous pensons que la demande de produits liés à l’hygiène et à la sécurité des personnes va se pérenniser. Qu’il y aura plus de rigueur dans les collectivités, dans les entreprises. Cela implique de renforcer nos capacités dans ce domaine – comme c’est le cas avec les poubelles pour Dasri –, mais aussi de penser à de nouveaux produits.

À quels produits pensez-vous plus particulièrement ? 

Nous travaillons actuellement sur un séparateur de poste connecté, avec réalité augmentée, pour satisfaire aux mesures d’hygiène et de distanciation sociale dans les bureaux. Il suffira de le filmer avec son téléphone pour accéder à des informations indiquant, par exemple, le comportement à tenir ou les préconisations du gouvernement en matière de sécurité. Un autre axe sur lequel nous allons miser est la vente à emporter. Plusieurs études démontrent que, dans l’après-Covid-19, les repas chez soi seront favorisés à cause du confinement et du télétravail. Nous voulons développer cette offre, en faire une gamme verte et responsable. Nous allons proposer un emballage en microcannelure, en remplacement des barquettes plastique. Le « drive » va aussi bénéficier de la crise, car les gens passeront moins de temps dans les magasins. Pour y répondre, nous avons notamment dans notre portefeuille un bac à courses de faible encombrement, facile à plier et à déplier. 

« Le Covid-19 nous fait tous réfléchir sur le besoin d’un monde nouveau, plus respectueux des gens et de la nature »

Certains estiment que la crise rebat les cartes et qu’à cause des exigences hygiéniques, le plastique à usage unique pourrait être réhabilité. Qu’en pensez-vous ? 

Je n’ai jamais considéré que la diabolisation de l’emballage plastique était la solution. Même s’il existe beaucoup d’aberrations, il est utile, parfois indispensable. J’utilise sur les réseaux sociaux le hashtag #plasticonlywhennecessary. Pour autant, je ne pense pas que la directive Sup soit remise en cause. Le Covid-19 nous fait tous réfléchir sur le besoin d’un monde nouveau, plus respectueux des gens et de la nature. Renouvelable et recyclable, le carton dispose d’une excellente image auprès du public qui le favorisera sans doute dans cette perspective. 

L’après-Covid-19 vous inquiète-t-il ? 

La reprise aura lieu, mais elle sera lente. Les usines vont rouvrir en mai, mais il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton pour que tout fonctionne comme avant. Dans l’automobile, les biens d’équipement, des industriels ont déjà prévenu qu’ils commenceraient par des journées en 1x8. Il faudra du temps pour monter en régime. Nous sommes néanmoins optimistes, pour trois raisons au moins. Toutes les études confirment que la thématique du développement durable aura tendance à se consolider, ce qui favorise l’emballage en carton. Il y aura également un accroissement de l’e-commerce, qui avantage aussi l’emballage en carton. Enfin, nous pensons qu’afin d’éviter les erreurs du passé, les ruptures de stock de certains produits, comme les masques, certains médicaments et les respirateurs, il est fort probable qu’on assiste à une relocalisation de pans entiers de l’industrie, partis à l’étranger. Et cela aussi, c’est de l’emballage et du carton.  

Propos recueillis par Tiziano Polito

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