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Economie circulaire

Les matières plastiques sous le signe des ressources renouvelables

Henri Saporta
Après les sénateurs, la Commission mixte a tempéré l'amendement des députés ; Sphere bascule sa production du polyéthylène vers la fécule de pommes de terre ; BASF annonce un nouveau biopolymère... Aucun doute : les ressources renouvelables ont le vent en poupe. Reste à clarifier les enjeux du débat après notre premier point du 24 octobre (lire 768).

John Persenda n'a pas pour habitude de regarder passer les trains ! Conduire la locomotive serait même plutôt dans son tempérament... Pour le bouillonnant patron de Sphere, spécialiste européen de l'emballage ménager, les bioplastiques issus de l'agriculture - et en particulier de la fécule de pomme de terre - constituent, à la fois, une chance et une nécessité. Une chance car les bioplastiques offrent un moyen de prendre une avance technologique certaine en innovant face à des producteurs asiatiques qui privilégient une approche à coûts bas à court terme ; une nécessité car, face à la pénurie annoncée de ressources pétrolières, le recours aux ressources renouvelables agricoles s'imposera.

Alors autant le faire dès maintenant ! C'est ce qui explique que Sphere ait salué avec enthousiasme (lire 768) l'initiative de l'amendement à la loi d'orientation agricole en diffusant notamment une page de publicité dans la presse. Et regretté avec autant de force le recul des sénateurs et de la commission mixte. Reste que les confusions permanentes entre biodégradable, compostable et ressources renouvelables rendent le débat particulièrement flou. John Persenda l'avoue lui-même : il se sent bien seul dans son combat.

Et il n'a pas tout à fait tort si l'on en juge par la position de son concurrent direct. Comme l'explique Gilles Maillet, directeur marketing, commercial et R&D Europe de Cofresco : « La mise au point d'emballages biodégradables est indispensable. Toutefois, il existe encore de nombreux freins au développement des sacs biodégradables en France. La filière de compostage n'est pas suffisamment développée, l'état actuel de la recherche ne permet pas de proposer aux consommateurs des sacs poubelle biodégradables aussi performants que des sacs en polyéthylène. Enfin, le consommateur n'est pas prêt à payer plus cher un emballage parce qu'il est biodégradable. Sur ce dernier point d'ailleurs, les ventes en valeur des sacs poubelle biodégradables vendues en GMS en 2005 ne représentent que 0,16% des ventes totales de sacs poubelle ».

Incinération

Or, après le choc initial de l'amendement dont il est désormais généralement admis qu'il allait beaucoup trop loin, les sénateurs ont atténué la portée du texte puis, dans un troisième temps, la commission mixte a, le 8 décembre, réduit le texte aux seuls sacs et conservé un principe général pour les emballages. De quoi donner du temps au temps... Quant à la relation automatique qui est faite entre ressources renouvelables et compostage, elle évolue nettement. Producteur d'acide polylactique (PLA) issu du maïs, NatureWorks (lire 774) cite clairement le recyclage comme mode de valorisation dans le cadre de son programme de collecte de bouteilles aux Etats-Unis. Et pour John Persenda, c'est bien le recours aux ressources renouvelables qui est impératif. Le compostage n'est qu'une solution de valorisation au même titre que l'incinération qui permet de traiter les matériaux issus de l'agriculture dans de bonnes conditions.

Sur le plan industriel, le patron de Sphere ne craint absolument pas de problèmes de capacité. La Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) et l'Union nationale des producteurs de pomme de terre (UNPT) certifient que les agriculteurs français - et européens - disposent de toutes les terres qu'il faut pour se lancer dans les bioplastiques. Une filière conséquente : 400 000 tonnes de matériaux représentent 160 000 tonnes de fécule issues de 1 000 000 tonnes de pommes de terre. Les industriels que sont l'américain NatureWorks, le français Limagrain ou encore l'italien Novamont affirment, de leur côté, que les capacités de transformation ne posent aucun problème. Quant aux annonces des grands chimistes tels que DuPont ou encore BASF (lire 774) pour citer le dernier lancement en date, elles montrent que le sujet est vraiment dans l'air du temps.

Tous s'accordent cependant à dire que seul un engagement clair des pouvoirs publics en faveur des ressources renouvelables - et non pas des matériaux biodégradables - permettra de déclencher les investissements. Le parallèle avec le serpent de mer des biocarburants est immédiat. Et Il serait en outre parfaitement absurde de voir des tracteurs mus par du pétrole retourner des champs de pommes de terre pour fabriquer du bioplastique alors les plastiques ne constituent qu'un sous-produit de la pétrochimie. Très loin derrière les carburants et l'énergie...

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