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Economie circulaire

Les encresvirent au vert

Tiziano Polito
La recherche d'emballages écocompatibles ne pouvait laisser de côté les encres d'impression. Elles deviennent « végétales » dans l'offset et se déclarent « compostables » dans la flexographie. Alors que les pigments naturels progressent dans les bioplastiques.

Après les matériaux, les encres ! Après avoir tant parlé de réduction à la source, de recyclage ou de valorisation des emballages, voilà que les marques commencent à s'intéresser aux encres et aux pigments qui servent à les imprimer ou à les colorer. Notamment les marques qui lancent des produits « bio » ou celles qui, plus généralement, s'inscrivent dans une démarche de développement durable. Dernier exemple en date, Culture Bio, la nouvelle ligne de produits cosmétiques d'Yves Rocher certifiée Ecocert et contenant, de ce fait, 95 % d'ingrédients d'origine naturelle - dont au moins 10 % d'ingrédients bio. Proposée dans une gamme d'étuis fabriqués à partir de copeaux de bois recyclés et imprimés avec des encres « végétales », elle sera commercialisée à partir d'octobre 2008.

Machinabilité

Les encres végétales ne sont pas une nouveauté. Apparues au milieu des années quatre-vingt-dix pour répondre à la demande des consommateurs de pays de l'Europe du Nord, elles ont commencé à se diffuser peu à peu dans les autres pays pour l'impression offset d'étuis en carton. Contrairement à certaines idées reçues qui tendent à minorer les performances techniques des produits d'origine naturelle, ces encres ont donné d'excellents résultats à la fois en termes de machinabilité, de séchage ou de reproduction des teintes, pour un différentiel de coût pas trop élevé. Raison pour laquelle tous les fabricants en proposent aujourd'hui à leur catalogue, certains d'entre eux allant même jusqu'à prévoir d'en élargir l'emploi à l'ensemble de leur offre à court terme. Mais qu'entend-on exactement par encres végétales ? Si les éléments centraux de la formule tels que les pigments et les résines continuent de rester des produits de synthèse, les diluants d'origine pétrochimique sont, quant à eux, remplacés par des huiles de plantes comme le colza, le lin ou le tournesol. Les esters d'acides gras d'origine végétale peuvent ainsi représenter jusqu'à 75 % d'une encre offset. L'argument, de poids, ne pouvait laisser indifférentes les grandes marques, toujours enclines à communiquer sur les vertus environnementales de leur packaging. Nombre d'entre elles ne se privent pas d'ailleurs d'indiquer en toutes lettres sur leurs emballages qu'ils sont imprimés avec des encres à base de plantes. Carrefour a poussé la démarche jusqu'au bout en exigeant de ses fournisseurs que ses encres soient non seulement d'origine végétale mais aussi garanties sans OGM. Quant à Nestlé, il a demandé qu'elles puissent être aptes au contact alimentaire. « Le principal défi aura consisté à réduire les odeurs résiduelles et les migrations afin de laisser intactes les caractéristiques organoleptiques du produit » indique Jean-Marie Curto, responsable application produit chez Siegwerk qui lance Tempo Nutripack une série d'encres offset végétales alimentaires.

Bioplastiques

La question de l'origine, naturelle ou pas, des encres s'est aussi posée pour l'impression de sacs, sachets et autres films d'emballage, notamment depuis que certains bioplastiques tels que l'acide polylactique (PLA), le Mater-bi de Novamont ou encore le NatureFlex (Innovia Films) ont fait leur apparition sur le marché. A quoi bon, en effet, proposer au consommateur des emballages d'origine naturelle - les bioplastiques sont issus de plantes - et de surcroît compostables, si les encres qui servent à les imprimer ne le sont pas ou, pire, si elles entravent le processus de biodégradation ? Seulement voilà, à la différence du papier et du carton, l'impression de supports « fermés » comme les films en plastique est réalisée non pas en offset mais en flexographie ou en héliogravure, avec des encres dites « liquides » qui contiennent des solvants. Or, le remplacement de ces solvants par des composants d'origine naturelle s'avère problématique car c'est justement grâce à eux que la couche d'encre peut accrocher à la surface du film et s'y maintenir. Une parade a été trouvée en limitant la quantité des encres, à condition que celles-ci soient exemptes de métaux lourds et qu'elles passent les tests d'écotoxicité (voir encadré). Ainsi, plusieurs fabricants sont parvenus à mettre au point des encres qui, tout en restant des produits à base solvants - donc des produits d'origine synthétique -, sont conformes à la norme EN 13432 sur la compostabilité des emballages et peuvent, de ce fait, prétendre à la mention « encres compostables ». Il s'agit, dans la plupart des cas, de produits développés sur mesure pour des clients en ayant fait la requête. Tel est le cas de Mont Blanc Bio, parmi les premiers en France à utiliser un sachet en PLA, qui souhaitait disposer d'une série d'encres biodégradables afin de s'inscrire dans une démarche environnementale « affirmée ». Il a tenu son pari en recourant aux encres de Chimigraf, labellisées - comme le sachet - OK Compost, et de ce fait compostables en quarante-cinq jours en milieu industriel. D'autres fabricants, comme Sun Chemical, ont cherché à se débarrasser définitivement des solvants. L'américain propose, depuis quelques mois, Aquabio, une série d'encres à l'eau. « La gamme a été développée pour imprimer des bioplastiques comme le PLA ou les polyéthylènes oxo-biodégradables », explique Thomas Bertin, responsable grand comptes de la filiale française. La piste des encres à base aqueuse est suivie de près par l'ensemble des professionnels pour la bonne raison que l'élimination des solvants représente une solution à un autre problème : les composés organiques volatils (COV) qui impliquent l'achat de brûleurs et la mise en place de mesures de protection. Mais il est difficile de prévoir leur généralisation, du moins à court terme. « Les encres "environnementales" posent encore quelques problèmes en termes d'applications, par exemple pour l'impression de sachets de congélation ou de films rétractables » confie Franck Leborgne, responsable de production chez Barbier, producteur de sacs en plastique. Autre souci - et pas des moindres - : la plage de couleurs disponibles. Nombre d'encres compostables sont assez limitées en termes de choix de coloris, ce qui contrarie certaines marques. « La plupart des bleus sont obtenus à partir de cuivre, un métal lourd qui, utilisé au-delà de certaines quantités, peut nuire à la compostabilité » explique Philippe Dewolfs, responsable certification chez AIB Vinçotte, un organisme spécialisé dans les tests de compostabilité. Et d'ajouter : « On remarque néanmoins d'énormes progrès par rapport à ce que l'on voyait il y a quelques années. Les impressions "baveuses" et les couleurs ternes ont laissé la place à des visuels de qualité. » Il est vrai que les imprimeurs ne manquent pas d'imagination pour concilier les besoins en marketing de leurs clients et leurs attentes en environnement. Dernier exemple en date, celui de l'imprimeur anglais Berkshire Labels, qui a choisi un support cellulosique métallisé pour obtenir des étiquettes avec l'éclat souhaité par son client Bacheldre Watermill. Le film, développé par Innovia Films, est compostable tout comme la colle qui sert à le coller sur le pack en papier, lui aussi compostable.

Plantes

La recherche de pigments d'origine naturelle ou compostables est aussi d'actualité dans l'univers de l'emballage rigide en plastique. Au dernier Interpack - qui a eu lieu en avril -, PolyOne a lancé OnColor Bio, une gamme de pigments spécialement dédiée à la coloration de plastiques biodégradables comme le PLA, le polyhydroxyalkanoate (PHA) et les amidons modifiés. C'est également le cas pour le suisse Clariant qui propose, avec Renol-natur, une gamme de pigments d'origine naturelle dédiés à la coloration des bioplastiques. Ils sont obtenus de plantes comme les racines de curcuma, la chlorophylle ou d'insectes comme la cochenille. Quant à Toyo Ink il vient d'investir 7 millions d'euros à Villiers-Saint-Paul (Oise) dans une unité de production de concentrés de pigments et d'additifs pour la coloration de plastiques biosourcés. Ce genre d'initiatives risque de s'intensifier à l'avenir car les grands groupes chimiques commencent à s'intéresser au marché des bioplastiques. Reste à résoudre le problème des couleurs. « Nous recourons à des pigments d'origine minérale ou végétale pour proposer des solutions 100 % naturelles. Certaines marques y sont très attachées, même si ces pigments ne permettent pas de reproduire toutes les teintes du système Pantone. C'est une question de philosophie », observe Marie-Laure Vieillard, responsable de la communication de Leoplast, spécialisé dans les emballages en PLA pour la cosmétique. Pour sa part, Marcel Dartée, responsable du développement sur le marché des biomatériaux chez PolyOne, admet que « d'énormes progrès ont été réalisés, même si des difficultés persistent dans la reproduction de certaines couleurs, a fortiori lorsque l'on recherche des rendus intenses ou fluorescents ». Pourra-t-on un jour disposer de pigments naturels permettant de couvrir la gamme complète des couleurs souhaitées par les marques ? Difficile à dire. La recherche en ce domaine n'en est qu'à ses débuts.

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