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Les bioplastiques, l'avenir de l'emballage

Tiziano Polito
Portés par une offre en pleine effervescence, les plastiques issus de ressources agricoles renouvelables s'imposent progressivement comme alternative aux résines traditionnelles. Aperçu d'une révolution en marche.

Les plastiques biodégradables bénéficiaient d'un traitement tout particulier à Interpack, à Düsseldorf (Allemagne), en avril dernier, avec un pavillon qui leur était entièrement dédié. A l'origine de cet événement, l'Association internationale des producteurs de polymères biodégradables (IBAW) a recensé pas moins de 10 000 visiteurs sur les stands de ses affiliés. C'est dire si le sujet intéresse les professionnels. Au plan quantitatif, l'emploi des biopolymères est encore confidentiel. En Europe, ils représentent moins de 1 % des tonnages des emballages en plastique mis sur le marché. Mais tout le monde s'accorde à dire que leur potentiel est élevé. Notamment les matériaux issus de ressources agricoles renouvelables comme le maïs, la pomme de terre ou la canne à sucre.

L'environnement : une arme marketing

Outre la compostabilité, qui constitue un atout indiscutable en phase d'élimination des déchets, ils représentent une alternative durable aux plastiques issus des hydrocarbures, ressource fossile, par définition, limitée. Ce n'est pas un hasard si NatureWorks, producteur du plastique qui porte son nom, fabriqué à partir d'acide polylactique (PLA), lui-même issu de l'amidon de maïs, insiste désormais davantage sur cet aspect plutôt que sur la biodégradabilité, en parlant de ses produits. L'évolution du cours du baril de pétrole, qui s'est répercutée mécaniquement sur les prix des plastiques traditionnels, semble conforter cette position. A l'exception d'une accalmie en fin d'année, les résines de commodité ont augmenté tout au long de 2005, avec des hausses allant jusqu'à 70 % pour certains polymères comme le polystyrène (PS). Et l'avenir reste incertain. Or les industriels ont horreur des incertitudes, notamment si celles-ci portent sur les approvisionnements en matières premières. De là à croire qu'il suffira un jour de planter des champs de maïs pour répondre aux besoins de l'industrie, il n'y a qu'un pas. Un deuxième élément plaidant en faveur des plastiques d'origine végétale est lié à l'image environnementale qu'ils véhiculent. Les exemples de salades ou de laits issus de l'agriculture biologique proposés en emballage bio sont toujours plus nombreux. Le britannique Sainsbury's vient ainsi de relancer sa gamme de fruits et légumes So Organic en recourant au NatureFlex, un film cellulosique biodégradable développé par Innovia Films. Et il ne se prive pas d'indiquer sur le conditionnement qu'il est issu de ressources naturelles renouvelables. Même démarche chez Monoprix qui utilise, depuis 2004, des sachets en acide polylactique (PLA) pour ses salades ou chez Auchan qui a introduit, en avril dernier, une gamme de barquettes en PLA pour ses salades traiteur mentionnant l'origine végétale de l'emballage. L'environnement devient ainsi une arme marketing, notamment pour les entreprises qui surfent sur la vague, très à la mode, du développement durable. C'est aussi un critère de choix, pour des consommateurs qui se déclarent éco-responsables et qui sont prêts, par conséquent, à payer le surcoût que l'achat de ces produits engendre. Enfin, il y a un troisième facteur, politique celui-là, intervenu en octobre dernier, suite au vote de l'amendement à la loi d'orientation agricole interdisant l'emploi des plastiques non biodégradables à l'horizon 2010. Fort heureusement, l'amendement qui concernait, au départ, tous les emballages a été vidé de sa substance en deuxième lecture, par les mêmes députés qui ont restreint son application aux sacs en plastique. Raison invoquée : l'état actuel des techniques ne permet pas de basculer si rapidement au tout-biodégradable. Qu'en est-il justement de l'état actuel des techniques ? L'emploi des plastiques d'origine végétale dans l'emballage ne date pas d'hier. Les premières applications du Mater-Bi, un polymère à base de maïs développé par l'italien Novamont, remontent aux années 1990.

Concurrencer les plastiques traditionnels

Et depuis le début des années 2000, un nombre croissant d'acteurs s'est lancé sur le créneau. A l'étranger surtout, mais aussi en France où des start-up comme Vegeplast ou Futuramat sont venues côtoyer des entreprises de plus grandes dimensions, comme Limagrain Céréales Ingrédients ou SPhere. Outre le fait que l'offre se soit enrichie de nouvelles solutions, jetant les bases d'un marché concurrentiel, le trait marquant de cette évolution réside sûrement dans l'amélioration des caractéristiques fonctionnelles des matériaux. Et dans l'élargissement des applications qui s'en est suivi. Le NatureWorks par exemple - dont l'emploi se limitait il y a seulement cinq ans à la fabrication de suremballages pour pochettes de CD et de gobelets pour la restauration rapide - a été successivement utilisé avec succès dans la réalisation de barquettes thermoformées, puis de sachets pour produits frais et enfin de bouteilles par injection-soufflage. « Notre ambition est de venir concurrencer les matières plastiques traditionnelles sur leurs marchés », explique Stefano Cavallo, directeur du développement du marché Europe du Sud pour l'entreprise américaine. Des limites intrinsèques à l'emploi des bioplastiques existent. Notamment en termes de propriétés barrière à la vapeur d'eau ou aux gaz. Difficile d'entrevoir, pour ces raisons des applications à court terme dans le domaine de la conservation sous atmosphère modifiée ou dans le conditionnement de boissons carbonatées. Mais les faiblesses des bioplastiques constituent aussi leur force. Perméables aux gaz, ils permettent de rallonger la durée de vie de produits frais, comme les fruits et les légumes qui nécessitent un échange gazeux avec l'extérieur pour se maintenir. En termes de machinabilité, certains présentent des propriétés très intéressantes, parfois même supérieures aux plastiques conventionnels. Le NatureFlex possède, à ce titre, une plage de scellage comprise entre 70 et 200 °C, synonyme de cadences de production élevées, mais aussi très avantageuse en termes d'association avec d'autres biomatériaux. « La plupart des bioplastiques sont complémentaires. Un axe de développement consiste justement à pallier les lacunes des uns avec les avantages des autres », note Andy Sweetman, responsable marketing d'Innovia Films, qui lance une variété de son film cellulosique destinée à être complexée avec d'autres supports. Les fabricants d'emballages regardent avec intérêt ces évolutions. Et certains n'hésitent pas à s'impliquer directement. Amcor et Plantic annoncent ainsi la mise en place d'un programme de recherche commun pour développer de nouveaux matériaux d'emballages souples biodégradables. Les deux sociétés australiennes se donnent deux ans pour aboutir. Plantic fournira un plastique d'origine végétale qui présente la particularité de se dissoudre quasi immédiatement au contact de l'eau. Du côté des liquides, NatureWorks travaille d'arrache-pied avec des spécialistes de l'injection de préformes et des machines de soufflage, comme Husky et Sidel, pour améliorer les caractéristiques fonctionnelles des bouteilles en PLA. Bref, le secteur est en pleine ébullition. Reste à se frotter à l'écueil du prix. La plupart des bioplastiques coûtent de deux à trois fois plus cher que les résines traditionnelles. Mais la tendance est à la baisse. D'après nos informations, le surcoût du PLA, de l'ordre de 50 % en 2004, était de l'ordre de 30 % début 2006. Les effets de volume liés à sa production et, surtout, l'effet ciseau dû à l'augmentation du prix du pétrole sont à l'origine de cette tendance.

Valorisation spécifique

Par ailleurs, certains producteurs font remarquer que l'exonération du Point Vert pourrait contribuer à booster le développement des biomatériaux, la France pouvant suivre l'exemple de l'Allemagne où le législateur a exonéré les emballages biodégradables de l'écotaxe jusqu'en 2012. « Nous préconisons la mise en place d'une filière de valorisation spécifique », indique Christophe Doukhi de Boissoudy, responsable du développement chez Novamont. Eco-Emballage a déjà fait savoir sa position sur la question : en raison des quantités, un système de reprise et de valorisation par compostage des déchets d'emballages biodégradables n'est pas envisageable actuellement. Mais l'organisme regarde « avec attention » les évolutions en cours. Et puis il y a une deuxième voie que certains commencent à prendre toujours plus au sérieux : le recyclage. NatureWorks a ainsi lancé, en août dernier, une expérience pilote de collecte de ses bouteilles aux Etats-Unis. L'initiative vise à prouver que le PLA peut être recyclé à l'intérieur d'une filière spécifique, au même titre que les autres plastiques. Elle s'avère aussi bénéfique pour la qualité du gisement, puisque les bouteilles en PLA, qui constitue un contaminant pour le PET, sont retirées du circuit et valorisées à part. Pour automatiser les opérations de tri et diminuer les coûts, l'entreprise utilise une technologie à infrarouges. « Le PLA s'hydrolyse plus facilement que le PET. Il s'agit d'une opportunité, car la voie du recyclage chimique, nous permet de revenir au monomère et de valoriser la résine à 100 % », explique Stefano Cavallo. Des déchets d'emballages compostables valorisés par recyclage : on aura vraiment tout vu !

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