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Economie circulaire

« La question de l’apport du plastique n’a jamais été posée », estime le député François-Michel Lambert

« La question de l’apport du plastique n’a jamais été posée », estime le député François-Michel Lambert

Pour François-Michel Lambert, le rôle que vient de jouer le plastique à usage unique dans la crise rend caduc un pan entier de la loi sur l’économie circulaire. Le député écologiste des Bouches-du-Rhône et président de l’Institut de l’économie circulaire plaide pour une approche plus pragmatique fondée sur un objectif « zéro plastique pétrole en 2030 ».

Propos recueillis par Fabian Tubiana (Plastiques & Caoutchoucs Magazine).

En mars 2019, le député écologiste François-Michel Lambert (parti Liberté écologie fraternité) présentait une stratégie plastique, avec l’ambition de supprimer le matériau d’origine fossile à l’horizon 2040. Partisan d’une meilleure maîtrise du plastique et de ses usages, et très critique vis-à-vis de la loi Antigaspillage pour une économie circulaire, qu’il considère être une loi de « gestion des pollutions du quotidien » et trop dans « l’idéologie caricaturale », il veut avancer l’objectif à 2030 et renouvelle son idée de création d’une agence nationale du plastique.

PCM : Brune Poirson ne compte pas aménager le calendrier d’entrée en vigueur des mesures de la loi économie circulaire, et notamment celles qui ont trait aux emballages plastique à usage unique. Cela vous semble-t-il tenable en dépit de la crise sanitaire et économique ?

François-Michel Lambert : Quelques mois après la promulgation de la loi Antigaspillage pour une économie circulaire, un pan entier de cette loi est déjà à terre. Le plastique à usage unique vient de faire la démonstration de son rôle crucial pour sauver des vies, pour permettre à une partie de l’économie de continuer à servir les citoyens. Dans notre société l’idéologie est, sans conteste, bien mieux relayée médiatiquement que le pragmatisme. A contrario, comme je l’ai maintes fois exprimé pendant les débats, et même avant, j’aurais souhaité que l’on ait une méthode et un objectif sur la maîtrise du plastique. Jamais ou presque la question n’a été posée quant à l’apport du plastique dans notre société. Jamais ou presque le sujet de la maîtrise d’un matériau n’a été mis en avant. Il s’agit de faire croire que notre société peut ne plus avoir de plastique à usage unique, comme si nous avions dit que l’on ne voulait plus de voiture individuelle. D’ailleurs, je note qu’en 2040 ce gouvernement a décidé non pas d’interdire la voiture individuelle, mais son énergie à base de carburants fossiles. Pourquoi la même logique n’a pas pu se mettre en œuvre pour le plastique ? Parce que le cadre du débat, d’échanges entre divers intérêts, est plus mature au sein de l’industrie automobile. Nicolas Hulot a travaillé avec les constructeurs et leur a dit : « Nous devons sortir des carburants fossiles, comment on fait ? ». Il a imposé la date, 2040, mais pas l’ambition finale qui, elle, est partagée.

« Couper l’approvisionnement à une matière première abondante pour obliger le système à se réformer »

Quelles sont vos propositions alternatives en la matière ?

Voilà un an, je proposais une stratégie « zéro plastique pétrole en 2040 ». Depuis je pense qu’il faut aller plus vite encore et viser 2030. Il n’y a pas d’oukase contre le plastique et ses différents usages, il y a juste une volonté de mieux le maîtriser. Ma stratégie repose sur l’idée de couper l’approvisionnement à une matière première abondante, le pétrole, pour obliger le système à se réformer : des usages du plastique disparaîtront, comme les gadgets à la durée de vie très courte, d’autres usages seront transformés - le gobelet plastique réutilisable contre le gobelet à usage unique-, des sources alternatives apparaîtront, en premier lieu le bioplastique, et évidemment le plastique recyclé. En procédant ainsi, l’objet en plastique en fin de vie devient une ressource recherchée, une matière première rare. Le système économique mettra en place les moyens de collecter jusqu’au moindre bout de plastique, pour le réinjecter dans la boucle de recyclage, essentiellement par la voie chimique.

Cette crise sans précédent va-t-elle selon vous modifier en profondeur le regard des citoyens et des pouvoirs publics sur le plastique et permettre une transition écologique plus éclairée ?

Non, je ne le crois pas. Les biens pensants vont dire « le plastique, oui pour les hôpitaux, non pour l’agroalimentaire ». Or, par exemple, ce sont bien des bouteilles en plastique qui ont permis d’alimenter en sécurité tous les premiers de corvée, et même la population dans tous les drives de commerce et de restaurant utilisant souvent des emballages en plastique à usage unique. Par ailleurs, la chaîne d’approvisionnement du verre et d’autres matériaux que le plastique est plus complexe que celle du plastique ; pour celle-ci une thermoformeuse suffit souvent. En cette période de crise sanitaire, il y a eu des ruptures sur ces chaînes de matériaux alternatifs au plastique. Le plastique a tenu.

« Il faut une cohérence dans l'action politique »

Il est donc nécessaire de mieux incorporer les matières recyclées. On parle de relocaliser l’industrie tant de production que de recyclage. Comment voyez-vous le changement à mettre en œuvre ? Comment procéder ?

La question de la relocalisation est portée dans tous les domaines ou presque de notre économie. Elle a évidemment une importance sur une matière stratégique comme le plastique, que ce soit de la matière première (vierge ou recyclée) à la production. Mais attention, pour atteindre ces objectifs, il faut une cohérence dans l’action politique, en agissant de façons coordonnées sur les leviers de la transformation de la société :
. la fiscalité, par exemple augmenter la taxe carbone sur les matières vierges et baisser celle sur les matières recyclées ;
. la réglementation, par exemple, interdire certains usages comme les gadgets, ou obliger l’incorporation à certains taux de matières recyclées ou biosourcées ;
. l’incitation par l’aide économique, prêts ou subventions à l’investissement et la recherche, ou création d’un label « sans plastique pétrole » ;
 . le changement de compétence des professionnels, par exemple ne plus vendre du volume mais du service ;
 . le changement de comportement des citoyens, par exemple amener à respecter la ressource pour la réinjecter dans la boucle par la phase de tri.

Dans la stratégie que j'ai proposée en mars 2019 et que j’ambitionne maintenant de mettre à jour, j’aborde mes propositions par cette approche pour atteindre l’objectif, « zéro plastique pétrole en 2030 ». Pour réussir cette conduite coordonnée, nous devons nous doter d’une Agence nationale du plastique (ANP) qui serait un espace de concertation permanente, de rencontres entre toutes les parties prenantes et disposerait d’un conseil scientifique. Il appartient aux industriels d’imposer cette Agence nationale du plastique, sinon ils seront toujours les boucs émissaires faciles de ceux qui abusent de la force médiatique pour leur propre intérêt, jusqu’à être dans l’idéologie caricaturale.

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