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Economie circulaire

« Jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, le vrac était la norme », explique Michel Fontaine, président du CNE

Henri Saporta
« Jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, le vrac était la norme », explique Michel Fontaine, président du CNE

Michel Fontaine est président du CNE.

© D.R.

Promoteur du « juste emballage », le Conseil national de l’emballage, fondé en 1997, est saisi de toutes les questions relatives à la chaîne de valeur de la grande consommation.

Emballages Magazine : Michel Fontaine, vous êtes président du Conseil national de l'emballage. Pensez-vous que la pandémie ait entraîné un changement de perception de l’emballage auprès des consommateurs et des pouvoirs publics ?

Michel Fontaine : Il est très difficile de répondre pour les consommateurs car ces derniers achètent des produits et non des emballages. S’ils ont de temps en temps un avis sur les emballages devenus vides, ils ne les voient pas vraiment lorsqu’ils sont pleins. Je pense que pour les consommateurs, la seule chose qui ait vraiment été perceptible est le fait qu’un produit préemballé leur apportait une parfaite assurance de sécurité et d’hygiène. Ce qui pendant cette pandémie a été décisif…

Et du côté des pouvoirs publics ?

Pour les pouvoirs publics, la situation est complètement différente. Le Premier ministre l’a dit devant les députés : l’emballage est essentiel pour assurer la production et la distribution des produits alimentaires et de santé. J’ai eu l’occasion dans un livre sur l’emballage paru en 2016 de faire une analogie avec le corps humain : on ne sait pas que l’on a un estomac ou un foie tant que l’on n’a pas mal. De la même façon, personne, et encore moins ceux qui nous gouvernent, ne prenait conscience que l’emballage est essentiel avant qu’il ne manque cruellement.

La filière de l’emballage est-elle donc « enfin » perçue comme essentielle ?

Clairement, la filière de l’emballage a été perçue comme essentielle par les pouvoirs publics. Et ce n’est que justice ! Toute la chaîne de valeur des produits et services de base, l’énergie, l’eau, les déchets, les produits alimentaire et de santé, a permis d’assurer les besoins fondamentaux pendant la pandémie. Dans cette séquence particulièrement difficile pour tous, les emballages ont apporté une contribution importante. A la fois pour la mise à disposition des produits habituels et aussi pour accompagner le e-commerce qui a connu une progression fulgurante.

« Je ne pense surtout pas qu’il faille opposer hygiène et écologie »

Quels discours sur l’emballage peuvent ou doivent tenir les marques entre hygiène et écologie ?

Je ne pense surtout pas qu’il faille opposer hygiène et écologie. Les produits doivent apporter une hygiène irréprochable aux consommateurs avec le minimum de conséquences au niveau écologique. C’est un combat que les marques mènent depuis de longues années maintenant. C’est aussi ce que la réglementation européenne demande. Minimum de poids et de volume ! Ce qui est sûr, c’est que les consommateurs ne veulent pas de compromis. L’hygiène et donc la santé restent et resteront la préoccupation majeure pour les consommateurs, et c’était déjà le cas avant la pandémie. Mais cela n’autorise pas de faire n’importe quoi en matière d’écologie. Il faut faire confiance aux marques qui, de façon responsable, pratiquent au quotidien depuis 25 ans le développement durable et maintenant l’économie circulaire. Nous avons en France des experts en « design packaging » et en conception d’emballage qui savent très bien concilier hygiène et écologie. C’est l’écoconception. Faisons leur confiance !

Comment voyez-vous l’avenir du vrac ou de la consigne dans ce nouveau contexte ?

Les deux sujets sont très différents. Le vrac est une façon de distribuer les produits tout à fait respectable qui est vieille comme le monde. Jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, le vrac était la norme. A partir des années 70, le commerce dit « moderne » et la naissance du libre-service où le consommateur est seul face au produit dans les grandes surfaces se sont accompagnés par force du préemballé. Le vrac n’a subsisté jusqu’à récemment que sur les marchés. Plusieurs questions restent ouvertes sur le vrac : l’hygiène des produits, la traçabilité, l’information sur le produit, le gaspillage alimentaire et l’impact réel sur l’environnement. Je sais que sur les premiers points, les distributeurs concernés travaillent d’arrache-pied pour garantir aux consommateurs la qualité et la traçabilité de leurs produits. Pour l’impact environnemental, il y a encore débat car il faut prendre en compte la totalité des emballages, dont ceux utilisés pour l’acheminement de l’usine aux magasins, et je n’ai pas encore vu d’étude d’impact sérieuse sur la comparaison vrac versus préemballé. Rien n’est prouvé sur d’éventuels gains environnementaux, surtout lorsque l’on prend en compte le gaspillage.

« Les consommateurs veulent des produits de qualité avec une hygiène et une sécurité maximales »

Et la consigne donc… ?

La consigne est un tout autre sujet. De quelle consigne parle-t-on d’ailleurs ? Consigne pour réemploi de l’emballage, comme les boissons dans les cafés, hôtels et restaurants,  ce que l’on appelle le CHR, ou consigne pour récupérer le matériau, comme les bouteilles en polyéthylène téréphtalate, le PET, en Europe du Nord ? J’ai eu l’occasion d’aller à la rencontre des consommateurs « écolos » et leur demande principale est la consigne, sans plus de précision. Cette consigne demeure à leurs yeux le remède absolu, même pour des produits qui ne l’ont jamais connue. La consigne est ancrée dans leurs certitudes, dans leurs croyances. Je pense qu’un impact positif sur l’environnement de l’une ou l’autre des consignes n’est pas garanti et que le coût risque d’être plus élevé pour le consommateur. Mais que peut faire un discours rationnel devant un mythe ? Tant que nous n’aurons pas d’études d’impact sérieuses et indépendantes venant des pouvoirs publics, la consigne restera un mythe.

Quelles sont les priorités du Conseil national de l’emballage pour les prochains mois ?

La pandémie que nous venons de vivre a, je pense, remis de l’ordre dans les priorités. Les consommateurs veulent des produits de qualité avec une hygiène et une sécurité maximales. Sans oublier le prix qui doit rester le plus bas possible et le gaspillage des ressources qui doit être réduit. L’écologie n’est bien évidemment pas absente car en toile de fond, le réchauffement climatique inquiète. Mais entre un problème court terme, la santé, et une préoccupation à moyen terme, l’écologie, le choix est inévitablement simple : santé et sécurité d’abord.

Propos recueillis par Henri Saporta

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