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Dossier

Inventer une filière pérenne

Tiziano Polito

A la différence des plastiques d'origine fossile, les bioplastiques présentent l'avantage de répondre à l'ensemble des modes de valorisation prévus par la réglementation sur les déchets d'emballage : ils possèdent un pouvoir calorifique inférieur (PCI) assez intéressant pour être incinérés ; ils se recyclent facilement ; une fois transformés, ils sont assez stables pour être réutilisés ; et, surtout, la plupart d'entre eux sont compostables au sens de la norme EN 13432. Pourtant, la question de leur valorisation ne fait pas l'unanimité. Qu'il s'agisse d'industriels, des pouvoirs publics, de professionnels du tri et de l'élimination, voire d'associations de consommateurs, chacun a son avis sur la question. A commencer par les producteurs de résines. Alors que certains comme Novamont, Innovia Films ou SPhere ne se privent pas de mettre en avant le compostage comme mode de valorisation, d'autres comme NatureWorks n'en font clairement plus une priorité. Après avoir pendant de longues années communiqué sur l'aspect biodégradable de son PLA, l'entreprise américaine a radicalement changé de discours à partir de 2002, préférant parler du côté « renouvelable » de son matériau plutôt que de son aptitude à être composté. Un revirement suivi aussi par d'autres entreprises. Et qui colle parfaitement à une actualité qui, à partir de cette période, a commencé à se tourner vers les problématiques environnementales. En particulier, la menace d'un troisième choc pétrolier a fait prendre conscience à l'opinion publique que les ressources fossiles sont, par définition, « finies » et qu'il faudra bien, un jour, trouver des alternatives. D'où l'intérêt pour les bioplastiques, issus de ressources agricoles renouvelables. A cela s'ajoute une autre réalité. A quoi bon parler de compostage quand, dans la plupart des pays - même industriellement développés -, cette filière de valorisation n'existe pas ou est peu structurée. C'est le cas en France, où seules une trentaine de communes s'intéressent à cette pratique qui, limitée aux déchets verts, est réalisée, le plus souvent, par collecte en porte-à-porte ou par apport volontaire en déchèterie.

Valorisation par le recyclage

Directement concerné par la valorisation des déchets d'emballages, Eco-Emballages a pris position sur la question des bioplastiques, il y a quelques semaines, après un long silence. Première considération : ces matériaux sont et resteront un épiphénomène. D'après l'organisme agréé, qui s'appuie sur une étude du Pro-Bip réalisée en 2005 pour le compte de la Commission européenne, « même avec des taux de croissance compris entre 40 % et 50 % entre 2000 et 2010, puis de 6 % à 12 % jusqu'en 2020, le marché des bioplastiques est et restera très faible. » Deuxième considération : les emballages en bioplastique ne présentent pas un bénéfice environnemental fortement affirmé. Troisième considération : si, contre toute prévision, les déchets d'emballages issus de ces matériaux atteignaient un jour une masse critique qui obligerait à statuer sur leur sort, la meilleure façon de les valoriser serait le recyclage. « Pour le compostage, il faudrait demander au consommateur-trieur de distinguer les emballages en bioplastique des emballages en plastique traditionnel, ce qui est visuellement impossible à faire », affirme l'organisme. La plupart des professionnels du traitement des déchets (voir à ce sujet l'interview de Geneviève Papon ci-contre) redoutent, eux aussi, les dangers d'une pollution de l'amendement organique par des emballages non biodégradables ou faussement biodégradables, comme le sont, par exemple, les polyéthylènes additivés. Elle mettrait en péril la qualité du compost final. Le tri automatique représente une issue. Grâce aux caméras à infrarouges, il est aujourd'hui possible de séparer les plastiques des autres matériaux d'emballages, puis de les trier par type de résine (PET, PEhd, PP, PS...) ou par couleur.

Elimination de déchets industriels

Les bioplastiques ne font pas exception. Acide polylactique (PLA), polyhydroxyalkanoates (PHA), Mater-Bi et autres matériaux cellulosiques possèdent chacun leur signature optique qui permet de les identifier et de les séparer des autres plastiques. Pourtant, la plupart des intervenants jugent que, quitte à disposer d'une fraction « propre » de déchets, il ne serait pas intéressant de les valoriser par compostage du fait de la pauvreté de leur composition. « Telle qu'elle est actuellement organisée en France, la filière du compostage ne permet pas de valoriser correctement ces emballages », résume Sylvain Pasquier, en charge de la filière emballage auprès de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). A moins d'en profiter dans le cadre de l'élimination de déchets industriels et commerciaux. Une réflexion en ce sens est en cours dans la grande distribution. Elle vise à considérer l'utilité des bioplastiques dans le conditionnement de produits frais qui, comme les fruits et légumes ou les plats préparés, deviennent des déchets à éliminer lorsqu'ils sont périmés. L'avantage ? Au lieu de se préoccuper de les séparer de leurs emballages, ce qui coûte du temps et de l'argent, le distributeur pourrait se débarrasser de ses invendus en les mettant directement à la benne pour en faire du compost. Comme quoi le compostage peut aussi rendre service !

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