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Dossier

D'un marché de niche à un marché de masse

Tiziano Polito
Les bioplastiques sont de plus en plus appréciés. C'est un fait. Mais avant qu'ils puissent remplacer les plastiques d'origine fossile, le chemin à parcourir est encore long. L'offre doit s'enrichir et mieux coller aux exigences des conditionneurs. Et il faudra s'attaquer au problème de la valorisation des déchets d'emballage.

L'arrivée des bioplastiques dans l'emballage ne date pas d'hier. Les premières applications du Mater-Bi, un amidon plastifié développé par l'italien Novamont, remontent au début des années 1990. Le matériau, compostable, représentait une alternative écologique au polyéthylène dans la fabrication de sacs pour la collecte de déchets organiques. Danone, quant à lui, s'est tourné vers l'acide polylactique (PLA), un polymère issu du maïs, en 1997, pour conditionner des yaourts à destination du marché allemand. Mais l'expérience a tourné court. Faute de résultats concluants au plan commercial, et - dit-on aussi plus discrètement - à cause de l'impossibilité de compter sur une matière qualitativement stable, le français a stoppé sa production après quelques mois. Dix ans plus tard, les bioplastiques sont à nouveau sur le devant de la scène. Et cette fois, ils pourraient y rester pour de bon. « La demande de produits en phase avec l'environnement croît partout dans le monde. C'est une tendance lourde », observe Luc Desoutter, responsable de la recherche et du développement chez Sidel qui teste, depuis quelques mois, de possibles applications du PLA dans le secteur des boissons. Il est vrai que les lancements de produits ayant choisi un emballage en bioplastique n'ont jamais été aussi nombreux que ces deux dernières années. De l'Australie à l'Europe, en passant par la Chine et les Etats-Unis, tous les pays semblent attirés par ces matériaux. Tous les secteurs aussi. Après l'alimentaire et la cosmétique, c'est l'univers du luxe qui devrait bientôt franchir le pas. Des lancements sont prévus dans le groupe LVMH. Cet engouement ne doit rien au hasard. Sous le feu d'une actualité qui ne cesse de pointer les dangers des gaz à effet de serre, la déforestation ou la raréfaction des ressources fossiles, l'opinion publique se sent toujours plus concernée par les problématiques liées à l'environnement. Dans ce contexte, les bioplastiques arrivent à point nommé : biodégradables, ils sont aussi issus de ressources agricoles renouvelables. A cette prise de conscience collective, s'ajoute un deuxième élément, purement économique. Grâce à l'effet ciseau qui voit, d'un côté, le renchérissement des résines de commodité - dû à la hausse chronique du baril de pétrole - et, de l'autre, les effets de volume, les bioplastiques sont devenus plus compétitifs. Un kilo de PLA s'échange désormais à 2 euros, contre 1,20 euro pour le PET. Il y a seulement trois ans le différentiel de prix entre les deux résines tournait autour d'un facteur 3.

Période charnière

Enfin, les pouvoirs publics cherchent, eux aussi, à impulser cette dynamique, parfois un peu maladroitement, comme lors du vote de l'amendement à la loi d'orientation agricole qui prévoyait d'interdire « tous » les emballages en plastique non biodégradables, parfois avec plus de bon sens comme le démontre le choix du BioHub parmi les programmes prioritaires de l'Agence française de l'innovation industrielle (AII), un projet qui vise - enfin - à développer une véritable filière de la chimie verte en France. Quoi qu'il en soit, les bioplastiques vivent une période charnière. Leur développement - ils ne représentent, pour l'heure, que 1 % des emballages en plastique en Europe - dépendra des réponses que les opérateurs auront à proposer sur au moins trois volets : la production, la transformation et la valorisation. Le premier point émerge d'un simple constat : au cours de la dernière année, le marché, pourtant demandeur, a été confronté à une pénurie de certaines résines. Les 25 000 tonnes de PLA écoulées sur le marché européen par le principal producteur mondial, NatureWorks, n'ont pas suffi à répondre à toutes les requêtes. « Les clients sont très intéressés par le biodégradable. Mais faute de matière, tout projet sérieux en termes de tonnages paraît compromis dès le départ », commente Franck de Vivie, directeur général de Veriplast, un spécialiste de la barquette thermoformée qui a commencé à s'intéresser à ce matériau en 2002. Une deuxième série de considérations concerne les applications. S'il est relativement simple de fabriquer toutes sortes d'emballages (sacs, sachets, barquettes, bouteilles) à partir des bioplastiques, les choses se compliquent dès lors que l'on aborde la question des propriétés barrière. Le PLA par exemple est un matériau très polyvalent au plan des options de process - injection, thermoformage, extrusion, etc. - mais faiblement barrière aux gaz et à l'humidité, ce qui limite, de fait, son emploi aux produits frais. Or la plupart des produits alimentaires sont conditionnés sous atmosphère protectrice. Afin de contourner cet obstacle, certains, comme Innovia Films, Alcan Packaging ou encore Treofan, ont eu recours à des procédés dits « barrière » comme la métallisation sous vide ou le traitement à l'oxyde de silice, obtenant des résultats dignes d'intérêt en termes de DLC. Mais d'ici à se passer définitivement de l'EVOH, la résine « barrière » à l'oxygène par excellence, le chemin à parcourir est encore long. Surtout que le principal défi consiste à rester sur des solutions 100 % biodégradables et, si possible, compostables. Dans ce sens, les polymères nanocomposites - des plastiques dont les propriétés ont été renforcées avec des particules d'argile - représentent une piste intéressante, mais les travaux en sont encore au stade de la recherche. « La plus grande difficulté consiste à disperser uniformément les paquets de micro-argile sur la surface du film pour obtenir une barrière homogène », explique Jérémy Soulestin, enseignant-chercheur à l'école des Mines, qui travaille depuis plusieurs années sur le sujet.

Valorisation des déchets d'emballage

Le dernier point auquel il faudra apporter des réponses est, sans aucun doute, la valorisation des déchets d'emballages. Le problème est simple : alors qu'ils sont biodégradables, et pour la plupart compostables selon la norme EN 13432, seule une quantité infime de ces matériaux est effectivement compostée, la plupart des déchets étant incinérés ou stockés en décharge. Cette situation, qui pourrait sembler paradoxale pour certains de nos voisins européens comme l'Allemagne ou les Pays-Bas, qui se sont engagés très tôt sur la voie du compostage, n'a rien d'extraordinaire. En France, les traitements biologiques - par compostage ou méthanisation - représentent moins de 10 % du total des déchets ménagers. De plus, la filière s'est construite essentiellement sur des gisements de déchets « purs » comme le sont les déchets verts, les boues des stations d'épuration, les déchets de l'agriculture, beaucoup moins sur les gisements d'ordures ménagères. La faute aux difficultés de tri à la source, mais aussi au manque de moyens et de réelle volonté politique. Toujours est-il que, telle qu'elle est organisée, la filière de compostage ne permet pas de valoriser les déchets d'emballages par compostage. Ce qui, à l'heure actuelle, ne pose pas véritablement problème en regard du gisement existant. Mais la question de la valorisation doit être posée. En particulier si, comme certains le prédisent, cette famille de plastiques représentera un jour une part plus importante de nos déchets d'emballage. Pour sa part, Eco-Emballages a déjà tranché : ce sera le recyclage. Au grand dam de certaines associations de veille sur l'environnement comme le Centre national d'information indépendante sur les déchets (CNIID), qui estiment qu'en oubliant le compostage, on perd encore une bonne occasion de se débarrasser, de manière écologique, d'une partie de nos déchets.

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