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« Cette crise a des effets anxiogènes calamiteux », regrette-t-on chez Smurfit Kappa

« Cette crise a des effets anxiogènes calamiteux », regrette-t-on chez Smurfit Kappa

© Mike Ellis Photography

En première ligne depuis le début de l’épidémie de Covid-19, Smurfit Kappa s’efforce de maintenir son outil de production à pleine capacité afin de répondre à la demande d’emballage en carton ondulé. Gérard Mathieu et Nicolas Lefeuvre, respectivement directeur marketing et innovation de Smurfit Kappa France et Pdg de Smurfit Kappa Cellulose du Pin, répondent aux questions d’Emballages Magazine sur la gestion de la crise dans ce groupe qui emploie 5500 personnes et possède 48 sites de production d’emballages et quatre papeteries en France. –

Emballages Magazine : Piqué au vif parce que des salariés avaient été empêchés par les forces de l’ordre de rejoindre leur lieu de travail, le Pdg de Smurfit Kappa France, Jean-Christophe Bugeon, n’y est pas allé par quatre chemins pour souligner le rôle essentiel de l’emballage en cette période compliquée. À tel point qu’il semble avoir été entendu, y compris au plus haut sommet de l’État.

Comment une entreprise comme la vôtre gère-t-elle cette crise inédite, à commencer par son personnel ?

Gérard Mathieu : Avant même que l’intervention de Jean-Christophe Bugeon ne fasse un effet boule de neige, avec les conséquences que l’on sait, nous avons mis la sécurité de nos salariés au premier rang de nos priorités. Cela passe par la mise en place des gestes barrière et des procédures d’hygiène accrues comme le nettoyage des locaux, le lavage des mains plusieurs fois par jour, mais aussi la fermeture des cantines et des locaux communs, le maintien de distances de sécurité. Il faut, avant tout, rassurer les gens pour qu’ils se sentent bien au travail. Nous avons donc modifié certains flux pour éviter que les personnes ne se croisent et considérablement réduit les visites, qui sont quasi limitées au personnel de nettoyage et aux prestataires qui interviennent sur nos machines.

Au-delà de l’hygiène, comment résout-on les problèmes opérationnels dans un groupe qui possède une cinquantaine d’usines sur le territoire ?

Gérard Mathieu : Chaque matin nous organisons une cellule de crise réunissant 80 personnes par Skype, les responsables de tous les sites et ceux des services centraux. Tout le monde est autour de la table et pose les problèmes tels qu’ils se présentent au jour le jour en termes de personnel, de matières premières, de transport, de risques, de sorte à établir une cartographie des processus. Cette Mind Map est ensuite envoyée à tous, avec les points réglés et ceux à régler.

« Il est essentiel de rassurer les gens »

Est-ce que l’absentéisme a augmenté ?

Nicolas Lefeuvre : Nous avons 20% d’absents pour des raisons qui vont des problèmes de garde d’enfant aux pathologies diverses en passant par le stress. Cette crise a des effets anxiogènes calamiteux. Nous faisons face à un double phénomène de problèmes psychologiques provoquant l’arrêt du travail et la déstructuration des salariés. Il est essentiel de rassurer les gens pour qu’ils assurent leur poste : 20% d’absents c’est encore gérable, davantage cela peut devenir compliqué. Cela évolue tous les jours, mais nous ne sommes pas inquiets, car la plupart d’entre eux ont compris l’importance de l’enjeu.

Avez-vous arrêté ou réduit la production ?

Nicolas Lefeuvre : Quelques papeteries sont arrêtées, mais leur production est inférieure à 5% de nos volumes. C’est négligeable. Globalement, nous enregistrons une baisse de nos capacités de l’ordre de 10-12%.

« Les chauffeurs sont très exposés et pas forcément bien accueillis »

Et en amont, les approvisionnements en matières premières suivent-ils ?

Nicolas Lefeuvre : Nous commençons à percevoir des tensions, car les grands groupes ont arrêté la collecte de vieux papiers et le transport devient compliqué. Les routes sont vides, mais les chauffeurs sont très exposés et pas forcément bien accueillis dans les usines, car ils sont perçus comme des possibles vecteurs de la maladie.

Gérard Mathieu : Nous cherchons à former nos propres salariés afin que les comportements changent. Nous savons qu’ils sont un maillon essentiel dans la chaîne logistique. Sans eux tout s’arrête.

« Le plus difficile, c'est de rester agile »

Et la demande suit-elle ? Enregistrez-vous une hausse ou une baisse des commandes ?

Gérard Mathieu : C’est assez atypique, il y a des secteurs qui commandent plus que d’habitude comme dans l’alimentaire, l’hygiène-santé, l'e-commerce, mais seulement en partie, et d’autres comme l’automobile, l’industrie, le textile qui chutent. Après, il y des exceptions. Dans les fruits et légumes par exemple, les fraises, pourtant de saison, ne font plus recette, la grande distribution craignant de se retrouver avec des stocks d’invendus sur ces produits ultrafrais. Finalement, le plus difficile dans cette période, c’est de rester agile, car les commandes peuvent évoluer très vite et de façon importante, avec des variations de l’ordre de 30%.

Attendez-vous des mesures spéciales de la part des pouvoirs publics ?

Nicolas Lefeuvre : Il faut d’abord rappeler à tous les salariés qui peuvent télétravailler de bien rester confinés chez eux et de respecter les consignes. Pour le reste, la situation est exceptionnelle. Mais le gouvernement semble à l’écoute. Il faut réduire certaines contraintes imposées par le Code du travail en matière de durée du temps de travail ou de RTT et de congés. Il faut permettre aux salariés qui ne peuvent pas télétravailler de venir à l'usine en toute sécurité, bien évidemment. En temps de crise, il est essentiel de maintenir l’activité et d’inciter les gens à reprendre le travail. Ce n’est pas évident de tenir ce discours d’équilibre entre « restez chez vous » et continuons à travailler, mais il faudrait, idéalement, desserrer cet étau anxiogène qui angoisse les gens, y compris nos salariés. La peur peut avoir des effets redoutables.

Propos recueillis par Tiziano Polito

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