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Entretien

« C’est en période de crise qu’il faut investir », estime Jean-Louis Louvel, fondateur de PGS

Tiziano Polito

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« C’est en période de crise qu’il faut investir », estime Jean-Louis Louvel, fondateur de PGS

La page Covid semble déjà tournée pour PGS. Le leader européen de la palette a débuté un nouveau cycle de rachats avec l’ambition de doubler de taille d’ici à cinq ans. Explications avec le président-fondateur, Jean-Louis Louvel, qui revient aux affaires après un détour par la presse, le rugby et la politique. -

Emballages Magazine : Quel a été l’impact de la pandémie sur les activités de PGS ? 

Jean-Louis Louvel : Le Covid a impacté notre chiffre d’affaires de près de 9%. Les hausses enregistrées sur certains marchés ont compensé les baisses subies ailleurs. La plus grosse conséquence concerne finalement le prix du bois, notre principale matière première. Il a fallu composer avec des augmentations allant jusqu’à 30% en France en un an, et parfois du simple au double à l’étranger. Cette volatilité a créé des tensions dans les négociations commerciales. J’étais habitué jusque-là à me battre pour des centimes alors que là, il a fallu parler d’euros. C’est totalement inédit dans la profession. Et ce n’est pas encore fini…

Vous avez été toutefois très actif sur le plan des rachats depuis le début de l’année : une scierie et un concurrent en Belgique, Ullu Paletten en Allemagne. Qu’en est-il ? 

Comme le disait l’un de mes amis « c’est en période de crise qu’il faut investir ». Ces rachats s’inscrivent dans notre stratégie. Il faut les considérer comme la deuxième étape de notre évolution. En 2009, nous avons débuté un premier cycle d’acquisitions qui a duré environ sept ans et nous a permis de devenir ce que nous sommes aujourd’hui, à savoir le leader européen de la palette bois. Nous nous sommes attachés à mailler le territoire, à intégrer les scieries pour sécuriser la matière première et nous avons commencé à nous développer à l’export en montant des filiales dans six pays, dont les États-Unis, la Lettonie et le Maroc. Depuis le début de l’année, un nouveau cycle a commencé. Les rachats de Demey et de Maton en Belgique nous permettent de consolider notre leadership en Belgique alors qu’avec Ullu Paletten nous prenons pied, pour la première fois, en Allemagne, un marché atomisé, très vaste aussi sur le plan géographique, mais primordial en Europe.  

«Nous ne prévoyons pas de rachats en France »

Allez-vous effectuer d’autres acquisitions ? 

Très certainement. Notre politique consiste maintenant à mailler le marché européen. Nous pensons à l’Allemagne, bien sûr, mais cette fois en ciblant des entreprises un peu plus structurées, qui réalisent entre 30 et 50 millions d’euros de chiffre d’affaires, mais aussi à l’Espagne où nous sommes déjà présents. En fin de cycle, dans cinq ans, nous pourrions peut-être envisager d’aller au Royaume-Uni et en Italie qui sont des marchés plus complexes mais également intéressants. Par contre, nous ne prévoyons pas de rachats en France. 

Pourquoi racheter à tour de bras ? Quel est le sens de ces acquisitions ? 

Les transports sont un élément clé dans notre métier parce que les palettes vides se transportent mal. Il en va de même pour nos approvisionnements en bois et en planches, nos métiers sont des métiers de proximité. Il est donc essentiel de créer un maillage efficient de surcroît respectueux de l’environnement. Le premier cycle de croissance, nous a permis de devenir leader européen de la palette bois, nous voulons continuer à nous développer. Surtout, cette stratégie répond à la demande de nos clients, notamment les grands comptes. Toutes ces entreprises se développent en Europe et veulent donc qu’on les accompagne et qu’on les sécurise. Pour autant, nous n’oublions pas les petits clients, sur les marchés de proximité. Bref, tout cela fait du sens, sans oublier l’environnement, car cela n’aurait aucun intérêt de mettre en avant le caractère renouvelable du bois, comme nous le faisons, et de polluer la planète avec nos camions.

Jusqu’où voulez-vous aller ? 

Chez nous, logiquement, un cycle dure sept ans. Pendant cinq ans nous croissons puis pendant deux ans nous digérons ces rachats ce qui, en d’autres termes, veut dire que nous nous consacrons à mieux organiser ces entreprises, à les intégrer avec nos autres activités. Cette période nous sert aussi à nous désendetter, à améliorer notre structure financière, les métiers de la scierie et la fabrication de palettes nécessitant d’importants capex. D’ici à cinq ans, sachant que notre deuxième saison de rachats vient tout juste de commencer après la pause Covid, nous voulons doubler de taille pour atteindre les 500 millions d’euros de chiffre d’affaires. 

« Faire de l’argent pour faire de l’argent ne m’intéresse pas »

Sur un plan plus personnel on vous sent aussi plus impliqué après quelques petits détours par la presse quotidienne régionale, le rugby et même la politique, puisque vous vous êtes lancé dans la course aux municipales à Rouen, l’an dernier. Cette deuxième phase de rachats marque-t-elle votre retour aux affaires chez PGS ? 

Faire de l’argent pour faire de l’argent ne m’intéresse pas, ce qui est important, c’est de donner un sens à nos actions. Nous avons mis sur pied, il y a 25 ans, avec mes deux associés, une entreprise qui pèse aujourd’hui 250 millions d’euros, en partant de rien. Nous avons démarré en 1993 par le reconditionnement, je triais ou réparais les palettes quand Michael Modugno faisait du commerce et Gilles Hermann était chauffeur. Il y a cinq ans, quand j’ai eu 50 ans, j’ai estimé qu’il était important d’aider les autres, car personne ne nous avait vraiment tendu la main quand nous avons commencé. Je me suis intéressé aux petites structures, aux jeunes, à ceux qui avaient des projets, mais pas les moyens, aux entreprises en difficulté et tout particulièrement aux sociétés normandes, car je suis très attaché à mes racines et à ce territoire. Le rachat de Paris-Normandie et de Rouen rugby Normandie doit être considéré à l’aune de ces remarques, car ces deux entreprises allaient mettre la clé sous la porte. Quant à la politique, c’est également une question très personnelle, liée à l’envie d’aider les autres et mon territoire, en l’occurrence la ville de Rouen. Mais aller à l’opposition ne m’intéressait pas, ce qui m’intéresse, c’est d’être acteur et force de proposition. Pour autant, toutes ces activités ne m’ont pas détourné de PGS, dont j’ai suivi l’évolution, parfois un peu plus à distance, mais sans jamais discontinuer. Et j’ai aussi eu la chance de pouvoir m’entourer de personnes fiables, parfaitement capables de gérer l’entreprise comme Luc Grauwet. Mes associés d’origine, Gilles Hermann et Michael Modugno sont aussi toujours à mes côtés. 

Luc Grauwet justement, est vice-président du groupe depuis 2016. Il semble prendre toujours plus d’importance. Comment vous répartissez-vous les rôles ? 

Nous fonctionnons comme un duo parfaitement complémentaire, un parfait binôme, lui à la gestion opérationnelle, moi pour la partie plus stratégique et financière. Comme souvent chez PGS, les rapprochements et les rachats, nombreux, sont l’occasion de faire des rencontres et souvent de belles rencontres. Celle avec Luc date du rapprochement avec Rodanar. Il nous apporte son expertise dans le bois, le sciage, la robotisation. Lorsqu’on sait que notre chiffre d’affaires dépend aujourd’hui à 80% de la production de palettes et de la découpe c’est un atout indiscutable. De plus, il parle quatre langues, ce qui nous facilite les choses, considérant nos ambitions à l’export. Surtout, il prend du plaisir et cela est essentiel. Quant à moi, je me consacre à la stratégie de développement, aux relations avec nos partenaires bancaires et financiers. La politique représente une parenthèse. La page Covid semble maintenant se refermer. Je me recentre davantage à l’avenir de PGS, sachant que les défis sont nombreux, à commencer par les approvisionnements en matière première …

« Nous ne voulons pas devenir le Kodak de la palette » 

À un moment, vous avez diversifié les activités de PGS avec des services qui gravitent autour de la palette, comme la relocalisation et la reverse logistique. Allez-vous continuer dans cette direction ?  

La palette continue d’être l’un des produits les plus simples qui soient, constituée de planches et de pointes… et ce n’est pas demain que cela va changer. Bien que sa valeur intrinsèque soit, somme toute assez faible, elle représente un produit essentiel, car sans palettes il n’y a plus d’économie, 95% des marchandises sont transportées sur palettes ! Pour autant le modèle économique poursuit sa mutation. Il évolue vers davantage de services. Ce qui importe ce n’est pas de posséder une palette, mais de pouvoir en disposer rapidement où qu’on soit, car le commerce lui-même évolue, avec des clients qui doivent produire et livrer vite aux quatre coins du pays, souvent bien plus loin. Nos activités ont d’abord évolué du reconditionnement à la fabrication de palettes, car le marché a exigé des produits qualitatifs pour faire face aux problématiques de l’automatisation par exemple. Cela nous a permis aussi de répondre à des demandes spécifiques, en taille et format. Avec Eco PGS nous allons même jusqu’à concevoir des palettes multirotation plus légères, en les adaptant aux produits à transporter. En relocalisant les palettes, nous offrons à ces mêmes clients une prestation logistique. Tous ces services ne font que répondre à l’évolution du marché, aux besoins des uns et des autres qui ne sont pas forcément les mêmes. Je pense qu’à l’avenir, la notion d’usage va s’affirmer dans la palette, comme c’est déjà le cas pour les voitures ou les photocopieurs. Ne pas le reconnaître, vouloir à tout prix vendre les palettes que nous fabriquons serait une erreur, comme Kodak l’a fait lorsqu’il a voulu continuer à vendre de la pellicule en faisant semblant de ne pas voir la vague du numérique. Nous ne voulons pas devenir le Kodak de la palette. Cette entreprise avait pourtant tout pour réussir, y compris les brevets pour s’imposer.

Propos recueillis par Tiziano Polito

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