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Sécurité sanitaire

La dispensation des médicaments à l'unité face à un rejet unanime de la filière

Pierre Monnier
La dispensation des médicaments à l'unité face à un rejet unanime de la filière

Pour éviter le gaspillage, la France envisage de remettre aux patients la juste quantité de médicaments prescrits pour leur traitement. Une mesure qui, dans les faits, pourrait avoir de nombreuses conséquences. –

« Ce à quoi je m’engage, c’est la généralisation de la vente à l’unité du médicament. » La promesse date du 6 janvier 2017, lorsque le président de la République, Emmanuel Macron, n’est encore qu’un candidat détaillant son programme dans le domaine de la santé pendant un discours à Nevers (Nièvre). Décrit comme « un impératif sanitaire, une nécessité économique et une évidence écologique », cet engagement pourrait bien devenir réalité. Le 13 décembre 2019, lors de l’examen du projet de loi relatif à l’économie circulaire et à la lutte contre le gaspillage par les députés français, un amendement a été adopté en ce sens. Il prévoit l’instauration de la dispensation des médicaments à l’unité dans les officines au plus tard le 1er janvier 2022, quand leur forme galénique le permet. S’il est compréhensible que seuls les gélules et les comprimés seraient touchés, les contours de cette obligation restent flous.

Pourtant, la réaction de la filière ne s’est pas fait attendre. Des laboratoires aux pharmacies, le rejet de cette mesure est unanime. « L’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) a toujours refusé la dispensation à l’unité », martèle l’association dans un communiqué. Selon elle, ce mode de délivrance n’améliorerait pas l’observance (le bon suivi d’un traitement) et serait même « dangereux pour les patients qui stockeraient des médicaments en vrac dans leur armoire à pharmacie ». Mais l’organisation souligne aussi l’importance de l’emballage : « La disparition des pictogrammes d’avertissement figurant sur les boîtes de médicaments est préjudiciable à la sécurité des patients. »

Revoir les solutions packaging

Côté fabricants, aux inquiétudes liées à la sécurité s’ajoutent celles de l’aménagement industriel. Les formes galéniques solides sont principalement conditionnées sous blister : une feuille en plastique thermoformée, dans laquelle sont positionnés les gélules ou les comprimés, puis scellée par une feuille d’aluminium. Une composition souvent pointée du doigt pour sa non-recyclabilité. Un sujet qui fait l’objet d’un groupe de travail rassemblant des industriels, des syndicats et des recycleurs. D’après Anne Carpentier, la directrice des affaires pharmaceutiques au sein de l’organisation professionnelle des entreprises du médicament, le Leem, il y aurait deux manières d’envisager la dispensation à l’unité, chacune présentant des points négatifs. Dans le premier cas, les blisters actuels pourraient être découpés. « Cela ferait perdre la traçabilité du médicament, mais aussi les mentions obligatoires qu’un médicament doit afficher », indique-t-elle. La seconde option consisterait à reconsidérer les solutions packaging en y intégrant ces mentions légales. « Cela impliquerait de passer à un conditionnement unitaire ou prédécoupé. Mais dans ce cas, il faudra inévitablement agrandir les boîtes. » Une solution allant à l’encontre de toute logique environnementale à l’heure de l’écoconception qui cherche à réduire l’utilisation de matière première dans les emballages. Surtout, la dispensation à l’unité générerait davantage de déchets quand son but principal est de lutter contre le gaspillage.

Alors pourquoi une telle proposition a-t-elle été adoptée en première lecture ? Dans l’exposé sommaire de l’amendement, il est écrit : « L’Institut international de recherche anticontrefaçon de médicaments (IRACM) estime qu’un Français gaspille 1,5 kg de médicaments par an, soit environ un médicament sur deux ». Cette perte est évaluée à 7 milliards d’euros. Pourtant, ces chiffres étonnent la filière. D’après Cyclamed, en charge de la collecte des médicaments non utilisés, les traitements qu’un habitant ne prendrait pas représenteraient un poids de 250 g, soit six fois moins que le résultat avancé par l’IRACM. Un écart incompréhensible quand on prend en compte les 162 g de médicaments rapportés en moyenne par les citoyens français dans les pharmacies chaque année.

La boîte, un élément incontestable d’authentification

Une expérimentation est également mise en avant pour justifier l’instauration de la dispensation à l’unité. À l’automne 2014, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a lancé un test sur trois ans de cette mesure pour les antibiotiques. L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a rendu ses conclusions le 3 octobre 2017. La démarche consistant à recevoir non plus une boîte mais une quantité exacte de comprimés a séduit, puisque 80 % des patients se sont prêtés au jeu. Les résultats montrent une amélioration de l’observance, passée de 66,5 % à 91,4 %, mais aussi une diminution de 10 % des comprimés dispensés.  

Néanmoins, Anne Carpentier conteste une réduction des dépenses de santé : « Le reliquat de 10 % de médicaments non délivrés ne peut pas être corrélé à une économie pour la Sécurité sociale, puisqu’il y a un surcoût de rémunération des officines. » Les pharmaciens ont été dédommagés, sous la forme d’un forfait, pour le temps supplémentaire pris par le déconditionnement des antibiotiques. Finalement, les économies ont permis de compenser les dépenses.
Le plus troublant, c’est que l’instauration de la dispensation à l’unité apparaît à contre-courant de la politique européenne. Depuis 2016, la filière se concentre sur la mise en œuvre de la sérialisation, de la traçabilité à l’unité des boîtes de médicaments à l’aide d’un code unique. Entrée en vigueur le 9 février 2019, cette réglementation a nécessité des investissements forts – estimés au minimum à 100 000 euros par ligne de conditionnement chez les fabricants – pour faire de l’emballage secondaire pharmaceutique un élément incontestable d’authentification. Mais la France veut être le vilain petit canard qui distribuera les comprimés en dehors de leur étui cartonné.

Un projet « saugrenu » selon l'Ordre des pharmaciens

Lors de la 32e Journée de l’Ordre national des pharmaciens, fin novembre 2019, la présidente de l’institution professionnelle, Carine Wolf-Thal, a d’ailleurs jugé que : « Dans le contexte d’une mise en œuvre de l’authentification à la boîte, la dispensation à l’unité proposée par certains dans le cadre de l’examen du projet de loi économie circulaire paraît "saugrenue". »

L’association des fabricants de médicaments génériques Gemme rappelle que le nombre de comprimés présents dans une boîte est calculé « sur la base de la posologie et de la durée nécessaires des traitements ». Cette décision est prise dans le cadre de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) du médicament et validée par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Le Gemme assure que pour lutter contre le gaspillage, il n’existe que deux moyens réels : une bonne prescription et une bonne observance.

Quels médicaments seraient concernés ?

Lors de sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait promis la généralisation de la vente à l’unité des médicaments. Cela signifie que la mesure du candidat prévoyait d’englober l’ensemble des médicaments, qu’ils soient en libre achat (OTC) ou soumis à prescription. L’amendement adopté par les députés en première lecture est beaucoup plus vague. « Pour l’heure, le projet de loi est toujours en examen à l’Assemblée nationale, explique Anne Carpentier, la directrice des affaires pharmaceutiques au sein du Leem, l’organisation professionnelle des entreprises du médicament. Il doit être suivi d’un décret d’application fixant les modalités de dispensation et les médicaments concernés. » La filière ne voit pas comment un engagement du président de la République pourrait être entièrement supprimé ou écarté, quand bien même il ferait l’objet de revendications et d’alertes de la part des organismes professionnels. Si l’objectif reste l’abandon de cet amendement, les acteurs – toujours dans l’expectative – envisagent une mesure concentrée sur une liste de médicaments, comme les antibiotiques. Une fois passé à l’Assemblée nationale, le projet de loi sera étudié par les sénateurs avant de retourner devant les députés pour une seconde lecture et une éventuelle adoption.

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