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Les plastiques au bûcher !

Henri Saporta

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Les plastiques au bûcher !

Michel Fontaine est le président du Conseil national de l'emballage (CNE).

© D.R.

Président du Conseil national de l’emballage (CNE), Michel Fontaine prend position sur la feuille de route pour l’économie circulaire à l’occasion du salon All4Pack. -

Dans le cadre d’All4Pack Live, Michel Fontaine participe, le mercredi 28 novembre, à partir de 12 h 15, au plateau intitulé « Le recyclage des emballages demain et les enjeux spécifiques des plastiques ». L’occasion de faire un point complet sur un sujet d’actualité. Au programme : le rôle de la consigne pour augmenter les taux de collecte ; la simplification du geste de tri avec l’extension des consignes ; un exemple d’économie circulaire avec le recyclage des barquettes en polyéthylène téréphtalate (PET) ; ou encore les enjeux de santé liés à l’introduction de matériaux recyclés dans les emballages alimentaires. Organisé par Comexposium, All4Pack Paris se tient du 26 au 29 novembre à Paris-Nord Villepinte.

Emballages Magazine : Pourquoi les plastiques sont-ils sous les feux de la rampe ?
Michel Fontaine : Les plastiques sont très visibles car ils sont partout et présents au quotidien. Ce sont en outre des matériaux très jeunes qui n’ont pas le même retour d’expérience que le verre, le papier ou le métal. On a commencé à recycler sérieusement les plastiques il y a environ 25?ans alors que le verre a mis en place sa filière dès 1974. Et on ne capte pas encore la totalité des bouteilles en verre. Alors recycler plus de 50 % des bouteilles et flacons en polyéthylène téréphtalate (PET) et en polyéthylène haute densité (PEhd) en 2018, ce n’est pas si mal. Ce n’est pas suffisant mais ce n’est pas rien. Les plastiques symbolisent en outre la société du jetable et de l’insouciance qui caractérise l’après-guerre et les Trente Glorieuses. Depuis les années 1990, nous sommes justement en train d’en revenir petit à petit, mais le monde d’images dans lequel nous vivons aujourd’hui a rendu palpable pour tout un chacun la pollution insupportable des océans… Tous ces éléments font des plastiques un enjeu de nos sociétés de consommation. Alors quand en plus des partisans de la décroissance s’emparent du sujet, on obtient l’imbroglio actuel.

Peut-on pour autant s’en passer ?
Non. La réponse est très claire. Si les plastiques ont très rapidement remplacé d’autres matériaux, c’est qu’ils ont des avantages indéniables et des propriétés que les autres n’ont pas. La légèreté et la résistance, mais surtout la transparence. Le plastique peut se métamorphoser, mais il restera un plastique. Les ressources renouvelables demain et l’écoconception depuis vingt?ans font progresser chaque jour la filière. Nous ne reviendrons pas en arrière.

« L’incinération est aujourd’hui une solution sûre et efficace »

Que vous inspire la feuille de route sur l’économie circulaire ?
L’objectif de « 100 % de recyclage en 2025 » a le mérite de frapper les esprits, mais il est totalement irréaliste, voire contre-productif. Il faut le dire et le répéter haut et fort. Vouloir recycler des emballages petits et légers comme des opercules est une ineptie écologique et économique. Comme ils sont difficiles à collecter et à trier, l’équilibre économique est impossible à obtenir. La règle selon laquelle plus c’est gros et lourd et plus c’est intéressant à recycler me paraît la plus simple à respecter. Le recyclage des plastiques pose en outre des questions de sécurité sanitaire que les consommateurs sont en droit de connaître. Intégrer des plastiques recyclés dans des emballages au contact des aliments oui, mais pas au détriment de ma santé : voilà ce que peut se dire le consommateur et c’est bien normal. Le jeu en vaut-il la chandelle ? En outre, comme la résine se dégrade à chaque cycle, le recyclage entraîne des problèmes d’ordres esthétique, mécanique et chimique. C’est la question de la boucle ouverte et de la boucle fermée. Il est tout à fait possible d’utiliser des plastiques recyclés dans le bâtiment, l’automobile ou les textiles. Allons-y ! Mais il faudra également traiter ces produits en fin de vie.

L’incinération est donc l’avenir ?
Il faut remettre la solution de l’incinération propre avec récupération d’énergie dans les esprits. Même si cette filière de valorisation pâtit d’une mauvaise image liée à des problèmes qui appartiennent à l’histoire… Les dioxines sont encore dans la mémoire collective, mais c’est du passé. L’incinération est aujourd’hui une solution sûre et efficace utilisée sur une large échelle en Europe du Nord et au Japon. Le plastique est un carburant solide qui permet notamment de faire brûler la fraction humide des déchets. Il serait dommage d’ajouter un combustible dans les fours parce que les plastiques sont partis au recyclage ! Ajoutons que les plastiques pour l’emballage représentent un petit 2 % de la consommation mondiale de pétrole chaque année. De quoi parlons-nous exactement ?

Valoriser 100 % des plastiques est-il possible ?
Tout à fait ! Il faut recycler ce qui est facile à recycler, comme le polyéthylène téréphtalate (PET) ou les polyéthylènes (PE) et polypropylènes (PP), et panacher ensuite ce recyclage avec l’incinération, les combustibles solides de récupération (CSR) et la réutilisation. La mise en décharge est évidemment à proscrire. Une feuille de route qui prône 100 % de valorisation en 2025, c’est tout à fait réaliste. Il faut arrêter de construire des usines à gaz ! Les politiques pourraient appliquer cette maxime de Paul Valéry : « Tout ce qui est simple est faux, tout ce qui ne l’est pas est inutilisable. »

Propos recueillis par Henri Saporta

La moitié des emballages en plastiques recyclés en 2025

Le recyclage est souvent présenté comme la principale filière de valorisation. Pilier de la réglementation en la matière, la directive européenne sur les emballages et les déchets d’emballages 94/?62/?CE du 20?décembre 1994 prévoyait alors – la réduction à la source étant toujours une ligne directrice – différentes solutions comme la réutilisation et l’incinération propre avec récupération d’énergie. Les objectifs ont été révisés au fil des années. Avec le paquet relatif à l’économie circulaire, l’Union européenne fixe un taux global de recyclage des emballages en plastique à 50 % en 2025 et 55 % en 2030.

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