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Un siècle d'ondulé avec Cartonneries de Gondardennes

OLIVIER DUCUING

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A l'occasion des 70 ans d'Emballages Magazine, nous vous proposons quelques portraits d'entreprises emblématiques du secteur, aujourd'hui les Cartonneries de Gondardennes. Ce groupe familial discret du Pas-de-Calais a multiplié par douze son activité en quarante ans, et poursuit sa croissance dans une logique purement industrielle et non financière. Un gage de stabilité.

Depuis la salle de réunion du bâtiment administratif, le regard est immédiatement attiré par une niche dans le mur d'en face, hébergeant une Madone...

Et Max Lamiot, Pdg des Cartonneries de Gondardennes depuis le départ à la retraite de son frère Alain fin 2000, d'expliquer que « c'est le seul vestige presque intact des bombardements de la dernière guerre qui ont dévasté le site de Gondardennes ». L'entreprise, résolument familiale, fait sans nul doute partie de la grande tradition patronale sociale-chrétienne du Nord de la France. Si l'aspect religieux est moins prégnant aujourd'hui, la fibre familiale vibre toujours aussi fort, avec la quatrième génération désormais actionnaire du groupe plus que centenaire. Les salariés eux-mêmes sont très souvent issus de familles employées depuis plusieurs générations dans l'entreprise, créant du même coup un attachement profond à l'outil de travail.

Fabricant de carton depuis ses débuts en 1897, la société connaît un sort funeste pendant la guerre 1939-1945, ses deux sites de production étant entièrement ravagés, à Wardrecques et à Wizernes, dans les environs de Saint-Omer (Pas-de-Calais). La reconstruction se fera intégralement à Wardrecques, où une machine à papier est implantée alors. L'entreprise produit ainsi le papier - à base de paille à l'origine avant de passer en 1982 à 100 % à une base de vieux papier - qu'elle consomme pour la fabrication de l'ondulé. Avec une limite technique : le process retenu ne permet que le papier écru, et donc pas de couleurs.

Les décennies successives verront ainsi l'usine monter en puissance par à-coups, au fil des installations de machines à papier et d'onduleuses, et par l'élargissement de leurs laizes. Le dernier gros investissement en date, dans ce métier très capitalistique, remonte à 1996, avec une nouvelle machine à papier, pour un montant de 33,5 millions d'euros.

Sixième rang

En 1961, la production de l'usine de Wardrecques atteignait 10 800 tonnes d'ondulé pour 9 128 tonnes de papier. Quarante ans plus tard, ce sont 124 000 tonnes de carton qui sont sorties des onduleuses, pour une fabrication de 140 000 tonnes de papier, ce qui place l'entreprise au sixième rang français du secteur.

« L'objectif est, bien sûr, l'adéquation entre les deux productions. Mais si l'on veut se développer en aval, on manque de papier, et si on accroît les capacités en papier, il y a des problèmes en onduleuses. Il y a des marches à franchir », relève Max Lamiot. Résultat : l'entreprise est parfois contrainte de vendre du papier, comme ce fut le cas de 1997 à 1999, tandis qu'elle a acheté 29 000 tonnes de papier l'an dernier.

En 1992, le groupe connaît un premier grand changement stratégique : après la croissance interne, l'entreprise s'offre un transformateur de carton ondulé, la Cartonnerie de l'Ondaine, située dans le département de la Loire. « Le papier, très dense, se transporte très bien, mais le carton ondulé, lui ne se transporte pas au-delà de 350 à 450 kilomètres selon les articles. Il était important d'avoir un second site couvrant ce rayon sur une autre partie de la France. Aujourd'hui nous n'avons plus beaucoup de blanc », explique Max Lamiot.

D'autant que l'entreprise a poursuivi depuis dix ans sa politique de rapprochements, de prises de contrôle majoritaire ou d'alliance minoritaire avec d'autres transformateurs, en France ou en Belgique, mais de façon plus discrète. « Cela représente une activité très minoritaire par rapport à Wardrecques », nuance aussitôt le Pdg. Cependant, le groupe entend poursuivre, très prudemment, cette ligne.

Croissance externe

L'année 1996 marque un nouveau changement de cap de l'entreprise. L'allemand Prowell vient d'annoncer un investissement stratégique en carton ondulé en s'implantant à Douvrin, à quelques dizaines de kilomètres de Saint-Omer. Les Cartonneries de Gondardennes se sentent directement attaquées sur leur propre terrain et se lancent à l'assaut des frontières.

« Cette arrivée a été une des raisons qui nous a poussés à nous diversifier en territoire, à renforcer notre qualité, la réactivité, les délais et les services », rappelle le Pdg. L'export, quasi inexistant jusqu'alors, devient une priorité. L'objectif est rapidement atteint, facilité par un contexte de croissance : avec un quart du chiffre d'affaires réalisé hors de France, le groupe vend en Belgique, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne et en Allemagne. Depuis peu, l'entreprise s'enorgueillit même de vendre en Finlande !

Nanocannelure

L'entreprise n'y commercialise certes pas du papier, mais de l'ondulé en nanocannelure G, autrement dit des cannelures de moins d'un millimètre d'épaisseur. Ces produits sont développés depuis peu de temps par l'entreprise, qui est pionnière tant en France que sur tout le vieux continent pour cette innovation née aux Etats-Unis.

« Nous avons accompli un travail considérable de recherche sur une de nos onduleuses BHS de conception allemande, plus adaptée à ce type de produits. Ce n'est pas à la portée de tout le monde. Nous avons l'atout important d'être à la fois papetier et transformateur, et de bénéficier d'une grande proximité avec nos clients », raconte Max Lamiot.

Si le chiffre d'affaires réalisé sur ce nouveau produit est encore peu significatif par rapport au volume global de ventes (95 millions d'euros), il revêt une grande importance stratégique, du fait de sa valeur ajoutée et de ses perspectives de marché : il s'adresse aux emballages ultra-légers, offre une bonne imprimabilité et une texture proche du carton plat, qu'il pourrait bien déboulonner dans certains segments, comme le matériel pour la publicité sur le lieu de vente (PLV) ou la pharmacie. L'investissement nécessaire au lancement de la nanocannelure G, entrée en production en 2001 et surtout cette année, s'est avéré « lourd, mais difficile à estimer en valeur ».

Mais l'enjeu pour les Cartonneries de Gondardennes est, lui aussi, élevé, compte tenu du potentiel de croissance, notamment à l'export, ce produit étant, contrairement à l'ondulé classique, facilement transportable. Cette perspective n'empêche pas le groupe de poursuivre ses investissements à un niveau élevé, qu'autorise son statut familial, avec un rythme annuel de quelque 6 millions d'euros. Bien que l'entreprise mette un point d'honneur à rémunérer le capital, sa logique est résolument industrielle et non pas financière : une grande part des bénéfices est réinvestie dans l'outil.

Investissement

En 2002, les Cartonneries ont engagé la transformation de leur machine à papier n° 2 pour un investissement de 7 millions d'euros, permettant une augmentation de capacité d'un tiers, avec notamment un élargissement à 2,50 mètres de la laize, soit la même largeur que la plupart des onduleuses. Cette opération s'accompagnera de la mise à l'arrêt d'ici à la fin de l'année de la plus ancienne machine à papier du site, et du passage à une production en rythme continu sur les deux autres. Jusqu'alors, la production s'arrêtait le dimanche matin pour reprendre le lundi matin à 5 heures, un arrêt très pénalisant en terme d'exploitation. La capacité globale de l'usine nordiste sera légèrement accrue avec cette nouvelle organisation. Le groupe a, par ailleurs, investi cette année dans une nouvelle chaudière à gaz, pour un montant de 3,8 millions d'euros.

Compte tenu de sa taille, l'entreprise est éligible à la concurrence sur le marché du gaz, qui lui a déjà permis de tirer les prix malgré les variations des cours, tout en conservant Gaz de France (GDF) jusqu'à la fin 2002. « Le jeu reste ouvert au-delà », se félicite le Pdg, bien décidé à profiter de cette nouvelle concurrence.

Nouvelle machine

En revanche, les Cartonneries de Gondardennes ont renoncé sine die à la construction d'une nouvelle machine à papier, qui avait été envisagée l'an dernier. « Nous n'avons pas pu résoudre certains problèmes administratifs, et surtout la décision devait être prise au moment même où se sont produits les attentats du 11 septembre. Cette situation nous a incités à la prudence », explique Max Lamiot. Pour autant, le projet n'est pas abandonné et pourrait être réactivé le moment venu.

La mise entre parenthèses du dossier est toutefois arrivée au bon moment compte tenu de la surcapacité actuelle du marché alors que la demande fluctue...

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