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Economie circulaire

« Nous vérifions la faisabilité du recyclage du PET opaque en boucle fermée », explique Guénaëlle Lacroix, du groupement Les Mousquetaires

Arnaud Jadoul
« Nous vérifions la faisabilité du recyclage du PET opaque en boucle fermée », explique Guénaëlle Lacroix, du groupement Les Mousquetaires

Intermarché teste en Bretagne et en Île-de-France la vente de lait bio écrémé Pâturages en bouteille en polyéthylène téréphtalate (PET) opaque recyclé. Ce développement pose les questions de la disponibilité de la matière première et de l’acceptabilité de la couleur grise par les consommateurs, entre autres. Réponses de Guénaëlle Lacroix, responsable pôle environnement à la direction qualité et développement durable du groupement Les Mousquetaires.

Emballages Magazine : Vous lancez une bouteille de lait en PET opaque recyclé. En quoi ce lancement est-il important ?

Guénaëlle Lacroix : C’est la première bouteille de lait à 100% en PET opaque recyclé. Ce n’est encore qu’une expérimentation, mais grandeur nature, qui a vocation à vérifier la faisabilité du recyclage en boucle fermée de ce contenant : une bouteille redevient une bouteille. Parce que la boucle ouverte est vertueuse, mais elle peut être mise à mal en l’absence de débouchés pérennes. En outre, Intermarché et la Laiterie Saint-Père, une unité de production d’Agromousquetaires, veulent valoriser l’économie circulaire et la réduction de l’empreinte carbone, même si, pour le lait, celle de la bouteille n’en représente que 5% environ.

Vous annoncez deux ans de recherche et développement à la suite d’une initiative de Citeo. Comment avez-vous procédé ?

En effet, depuis 2017, Citeo collabore avec tous les acteurs du secteur pour trouver de nouvelles solutions de recyclage au PET opaque et a, pour ce faire, lancé des appels à projets. L’un d’eux portait sur cette réalisation. Un consortium formé autour de l’éco-organisme a été constitué, qui réunissait deux laiteries, la laiterie Saint-Père et LSDH, deux fabricants de préformes, SGT et PDG plastiques, un recycleur, Paprec, et deux distributeurs, Carrefour et Intermarché. Pour qu’un tel projet aboutisse, il faut réunir tous les acteurs et se parler, ce que nous avons fait à raison d’un point hebdomadaire et d’une réunion physique mensuelle. Et ce n’est pas terminé, nous sommes encore dans un schéma de recherche et développement, avec des ajustements à effectuer et des coûts à finaliser pour mettre au point la phase économique du projet.

« La démarche d'obtention de l'agrément au contact alimentaire a pris du temps »

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

Elles sont de plusieurs ordres. Notre laiterie a dû s’équiper d’un caisson spécial pour vérifier le vieillissement accéléré à la lumière du lait conditionné en bouteille avec de la matière recyclée, par exemple. La réalisation des tests sanitaires, de migration et de qualité, est également une étape importante. Mais, en parallèle du process technique, c’est la démarche d’obtention de l’agrément au contact alimentaire auprès de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (Efsa) qui a pris du temps.

Et chez vos partenaires ?

Jusqu’à présent, le PET opaque était traité en mélange avec le PET coloré dans les flux de recyclage. Mais l’irrégularité des approvisionnements – inégalement répartis sur le territoire national et dans les volumes collectés dans les centres de tri d’une part, soumis à une certaine saisonnalité d’autre part – est problématique pour les recycleurs. Dans son unité FPR de Limay (Yvelines), Paprec a dédié un temps de production d’une ligne au projet pour étudier le recyclage des bouteilles selon leur structure, mono ou multicouche, les délaminations éventuelles, etc. Du côté des fabricants de préformes et des laiteries, les granules de PET opaque en 100% de matière recyclée n’ont pas le même comportement que celles en matière vierge. Cela suppose des réglages de machines très précis.

« Nous avons conçu une infographie explicative sur l’étiquette »

La bouteille est grise. Avez-vous étudié son acceptabilité par les consommateurs ?

Cette couleur grise, qui résulte du recyclage des couches blanches externes et noires internes des bouteilles en PET opaque, ne cadre pas avec le blanc habituel associé à la pureté du lait. Nous avons donc réalisé une étude auprès des consommateurs via Internet. Après leur avoir fourni des éclaircissements sur le recyclage en boucle fermée, ils l’acceptent. En outre, nous la lançons sur une référence bio. Or nous observons que le consommateur de produits bio est plus enclin à aller chercher de l’information sur les packs. C’est pourquoi nous avons conçu une infographie explicative sur l’étiquette. Désormais, nous allons vérifier cette acceptabilité en magasin. C’est aussi la raison pour laquelle nous avons voulu une relative disparité en la proposant dans plus de 400 points de vente, et dans deux régions de surcroît.

La massification des flux de PET opaque est essentielle pour que cette boucle fermée soit viable. Quelles sont les perspectives dans ce domaine ?

L’enjeu de la matière dépend de l’augmentation des volumes captés et des centres de tri. Il s’agit d’un changement de paradigme pour eux. D’autant que la situation diffère d’une région à une autre : l’ouest de la France est très consommateur de bouteilles, tandis que le sud préfère les briques. Cela exige d’eux une modernisation de leurs installations pour approvisionner les recycleurs en balles de PET opaque. En même temps, ils continuent de changer de métier en devenant des fournisseurs de matière première. Cependant, nous sommes confiants, car tous les taux d’incorporation sont permis. C’est davantage la période que nous vivons actuellement qui freine le basculement vers la phase opérationnelle et qui génère de la frustration.

Propos recueillis par Arnaud Jadoul

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