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Entretien

« L'offset continuera à dominer le marché de l’emballage sur les dix années à venir », explique-t-on chez Heidelberg

« L'offset continuera à dominer le marché de l’emballage sur les dix années à venir », explique-t-on chez Heidelberg

Olav Spielmann, responsable du marché packaging et étiquette de Heidelberg (à gauche), et Cai von Ruhmor, le Pdg de Heidelberg France.

© Heidelberg

Le leader mondial des presses offset mise sur la numérisation de la chaîne graphique, la productivité et la facilité de conduite de ses machines pour augmenter sa présence sur le marché de l'emballage. Entretien avec Cai von Rumohr, président de Heidelberg France, et Olav Spielmann, spécialiste des marchés emballage et étiquette de la filiale. -

Heidelberg réalise 25 % de son chiffre d’affaires dans l’emballage. Il veut augmenter ce ratio pour répondre à une demande croissante. Pour ce faire, il mise sur la numérisation de toute la chaîne graphique, l’amélioration de la productivité et la facilité de conduite de ses presses offset par la technologie « Push to Stop » et le développement de MK Masterwork. La Primefire 106, sa presse numérique 70 x 100 pour le carton plat, en revanche, est abandonnée. Explications avec Cai von Rumohr, président de Heidelberg France, et Olav Spielmann, spécialiste des marchés emballage et étiquette de la filiale.

Emballages Magazine : L’emballage semble mieux résister que les autres segments sur lesquels vous êtes présents. Avez-vous les mêmes retours du marché ?

Cai von Rumohr : Oui, nous constatons la même dynamique sur les marchés de l’emballage et des étiquettes adhésives. Deux marchés très proches d’ailleurs que nous regroupons. Souvent un parfum, une bouteille de champagne, une crème de visage, un médicament possèdent chacun une étiquette et un étui.

Allez-vous renforcer votre présence sur ce marché ? Et si oui, comment ?

Olav Spielmann : Le renforcement de notre présence se fera sur deux axes principaux. Le premier avec la philosophie du « Push To Stop » pour toute notre gamme machine offset feuille, avec des solutions comme IntelliStart et InpressControl, lancées en 2016, qui consistent à automatiser au maximum la mise en route et la production des presses offset avec, en ligne de mire, à court terme, la même démarche avec la transformation. Le deuxième axe sera justement un développement encore plus important de notre gamme pour la découpe-dorure, le pliage-collage et le contrôle qualité grâce à notre partenariat privilégié avec MK Masterwork. Ce dernier a développé ces quatre dernières années une gamme de platines de découpe et de plieuses-colleuses aussi étoffée que la concurrence.

« Nous voulons très clairement être l’alternative sur le marché »

Voulez-vous concurrencer Bobst ?

Cai von Rumohr : Bobst est la référence dans la transformation d’emballages en carton. Nous voulons très clairement être l’alternative sur le marché. Cette deuxième place est à la mesure de nos ambitions si l’on considère l’offre de MK.

L’emballage est un marché particulier. À quelles contraintes répond-il ?

Olav Spielmann : La baisse des quantités à produire, la segmentation, la sérialisation, la réduction des stocks sont la réalité des marchés de l’emballage depuis plusieurs années. Cela concerne d’ailleurs tous les domaines, de l’agroalimentaire à la cosmétique en passant par la pharmacie et même le luxe. Bien évidemment, la baisse permanente des coûts de production, les normes alimentaires, industrielles et de santé imposées aux fabricants d’emballage sont de plus en plus importantes et surtout extrêmement contraignantes. Nous répondons par exemple à ces contraintes avec le système Inpress Control qui permet la mise en route automatisée de la presse grâce à une mise en registre et une mise en couleur automatiques, sans intervention humaine, laissant le temps à l’opérateur de contrôler toutes les normes obligatoires de chaque dossier. Les machines de génération « Push to Stop » amèneront plein d’innovations afin d’optimiser tout le processus de fabrication, ce qui résultera dans un meilleur OEE.

Allez-vous élargir votre offre pour mieux y répondre ?

Olav Spielmann : Notre premier client en technologie d’impression Anicolor UV va démarrer une presse en impression multichromie cette année en format 50 x 70 pour répondre à cette baisse de tirage. La technologie permet d’interpréter quasi toutes les teintes directes, avec toujours les mêmes couleurs de base, à savoir la quadri plus le violet, l’orange et le vert. Cela évite les lavages des groupes d’encrage à chaque changement de teintes et une réduction phénoménale de la gâche par rapport à une presse traditionnelle. La prochaine Drupa devait aussi être l’occasion de découvrir des innovations supplémentaires, comme des solutions de robotisation intégrées aux lignes de collage-pliage. 

« Les applications numériques n’évoluent pas aussi vite que prévu »

Vous avez annoncé il y a quelques semaines le retrait du programme de presses numériques Primefire, un procédé qui semble répondre, justement, à la baisse des tirages dans l’emballage. Qu’en est-il au juste ?

Cai von Rumohr : La frilosité des fabricants d’emballage à sauter le pas du tout numérique n’a pas permis à la Primefire 106 de trouver son marché depuis son lancement à la Drupa 2016. La vente de seulement huit machines dans le monde entier en quatre ans montre incontestablement que les applications numériques n’évoluent pas aussi vite que prévu. Nos ingénieurs ont mis au point une machine formidable dont tout le monde à Heidelberg est fier des capacités techniques, mais, à la fin, c’est toujours le marché qui a le dernier mot. Et le secteur dit très clairement que c’est le procédé offset qui continuera à dominer le marché de l’emballage sur les dix à quinze années à venir et que le business model des technologies numériques n’a pas encore trouvé une place solide dans l’emballage. Heidelberg concentrera ses ressources dans le développement offset des formats 50 x 70 et 70 x 100 ainsi que dans le développement de la numérisation de toute la chaîne de production. C’est cela le cœur de notre stratégie numérique. Heidelberg garde également un pied dans l’équipement numérique d’entrée de gamme avec la Versafire pour les formats A3. Avec 130 installations en France, c’est un produit très intéressant pour son rapport qualité-prix. La Labelfire, la presse numérique jet d’encre de Gallus pour les étiquettes adhésives, continuera d’évoluer pour accroître notre quote-part du marché digital dans ce segment. 

Olav Spielmann : Les retours du marché confirment que la majorité des cartonniers, du moins en France, ne sont pas encore tout à fait prêts à appréhender le numérique. La démarche même qui relève de la vente de produits imprimés en numérique, c’est-à-dire la capacité à dialoguer, échanger ou corriger des données, par exemple, n’est pas encore là chez beaucoup d’acteurs du secteur. La priorité pour les entreprises de taille moyenne comme Fellmann ou Posson, c’est la flexibilité dans la gestion des appels de livraison et la maîtrise des coûts de production. Sans compter que, pour ces entreprises, l’investissement dans de telles machines représente un risque trop important. 

Comment voyez-vous le marché dans les cinq prochaines années ?

Cai von Rumohr : Avec la crise actuelle, une estimation est quasi impossible à faire, mais on peut pronostiquer que la quote-part de l’emballage et de l’étiquette poursuivra sa croissance contrairement au marché commercial qui continuera à se contracter.

Quelles sont vos perspectives pour la France ?

Olav Spielmann : La France possède un nombre important d’acteurs de taille moyenne pour des besoins locaux d’emballage. Il est probable qu’après la crise actuelle des circuits « courts » seront privilégiés – le cartonnier proche du fabricant agroalimentaire par exemple. Ainsi qu’un développement du carton au détriment du plastique pour des raisons écologiques. 

« La technologie toute seule n’est pas suffisante pour les clients industriels »

En quoi l'offre Heidelberg se différencie-t-elle de celle de la concurrence ?

Cai von Rumohr : La compétence particulière et unique du groupe Heidelberg a toujours été d’être un partenaire innovant, capable de proposer un savoir-faire et une gamme complète sur toute la chaîne graphique, à savoir du fichier du client jusqu’à l’étui plié et contrôlé. Avec l’objectif que tous les équipements savent communiquer entre eux, un point crucial à l’aire de la numérisation permettant d’augmenter l’optimisation et la transparence du processus de fabrication tout entier. Mais Heidelberg maintiendra toujours son ambition que chaque équipement mis sur le marché amène des innovations et caractéristiques qui génèrent le meilleur prix de revient et le meilleur OEE. En revanche, la technologie toute seule n’est pas suffisante pour les clients industriels. Il est néanmoins aussi important d’assurer un niveau de service à la hauteur pour exploiter pleinement son outil de production pendant toute sa durée de vie et de maximiser le taux de rendement synthétique. Heidelberg est le mieux préparé sur le marché français à ce niveau : une filiale de 140 salariés dont 90 personnes travaillant au SAV, une hotline 24 heures sur 24 sept jours sur sept en langue française et, depuis 2020, avec sa nouvelle plate-forme numérique Heidelberg Assistant qui simplifie et facilite tous les échanges entre notre client et Heidelberg.

Olav Spielmann : En France, cette évolution nécessite une organisation, au sein de Heidelberg, avec des spécialistes compétents sur l’ensemble de la chaîne de valeurs. Ce n’est pas l’apanage de tous.

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