Nous suivre Emballages Magazine : l'actualité de l'emballage et du conditionnement

Enquête

Les étiquettes piègent les produits cosmétiques à l'exportation

Anne Thillaud

Sujets relatifs :

, ,
Souvent boudées par les marques et les designers, les étiquettes revêtent une importance légale importante et peuvent générer des coûts non négligeables à l'exportation. Pour adapter les textes à tous les pays, les marques privilégient souvent le surétiquetage au développement d'un emballage dédié.

Le sujet est en apparence très simple mais il entraîne pourtant des répercussions complexes. Pour se conformer aux législations des pays vers lesquels elles exportent leurs produits cosmétiques, les marques françaises pratiquent largement le surétiquetage. Une solution moins coûteuse que le développement d'un emballage spécifique par pays. Le moindre changement de réglementation dans un pays étranger peut donc avoir de grandes répercussions. L'exemple japonais en témoigne. En 2001, de nombreux groupes cosmétiques nippons ont ainsi accusé des pertes exceptionnelles : 27,5 milliards de yens (252 millions d'euros) pour Shiseido ou encore 800 millions de yens (7,2 millions d'euros) pour Kose. Au banc des accusés : la nouvelle loi portant sur l'étiquetage des produits cosmétiques. Applicable depuis le 1er avril dernier au Japon, elle impose désormais aux marques de lister sur les emballages les ingrédients contenus dans leurs produits. Il s'agit, dans les faits, d'un amendement à la loi japonaise sur les produits pharmaceutiques. Un autre motif explique toutefois ces pertes : un durcissement de la réglementation sur la vache folle. Pour mettre leur étiquetage en conformité, les marques ont donc dû rappeler les produits toujours en rayon pour les modifier mais également entièrement revoir leurs stocks. Chez Shiseido, le changement des étiquettes de quelque 3 000 références de produits a coûté 300 millions de yens (2,75 millions d'euros) et s'est fait en interne. Si ce groupe a choisi de régler au plus vite cette affaire, les marques japonaises ont jusqu'au 31 août 2002 pour revoir leurs emballages et mettre en place l'inscription systématique des ingrédients. « C'est une véritable révolution culturelle au Japon. C'était le ministère de la Santé qui était responsable de la mise sur le marché des produits cosmétiques jusqu'alors. Ce sont désormais les entreprises qui assument cette responsabilité, comme c'est le cas en France depuis longtemps. Cela touche aussi le principe de transparence qui n'est pas le même en France et au Japon. Avant cette déréglementation, il était difficile de connaître la liste complète des ingrédients autorisés pour les produits cosmétiques », explique Hervé Rebollo, directeur des affaires économiques et internationales de la Fédération des industries de la parfumerie (Fipar).

Nomenclature des ingrédients Pour les Français exportateurs, la démarche devient à la fois plus facile puisqu'elle est davantage transparente mais fait émerger un nouveau problème. Les caractères de l'écriture diffèrent de l'alphabet occidental. Or, il faut tout traduire, y compris la nomenclature des ingrédients. Celle-ci définit les ingrédients chimiques dans des termes internationaux - International Cosmetic Ingredient Dictionary (INCI) en Europe et Cosmetic Toiletry and Fragrance Association (CTFA) aux Etats-Unis - si bien qu'il est, en général, inutile de les décliner en anglais, en français, en espagnol... En japonais, cela devient pourtant indispensable. Les entreprises surétiquettent donc leurs produits à l'exportation puisque les emballages dédiés sont plutôt rares sauf s'ils sont produits sur place. Le surétiquetage est donc monnaie courante pour les candidats à l'exportation et le Japon ne fait pas exception. « Nous créons des emballages spécifiques pour des volumes annuels supérieurs à 10 000 unités, c'est le cas pour certains produits que nous exportons vers les Etats-Unis, le Canada ou l'Australie. En dessous de ces quantités, nous surétiquetons les boîtes et parfois même les emballages primaires », confirme Nicolas Doutriaux, responsable du site Guerlain de Chartres (Eure-et-Loir) dédié aux soins et au maquillage.

Développement spécifique

Le choix d'un développement spécifique ou d'un surétiquetage revient à arbitrer entre qualité esthétique et coût. Pour autant, les marques semblent mal évaluer le coût de ce surétiquetage. Et, le plus souvent, affirment ne pas l'avoir formellement calculé. Quelques éléments permettent toutefois de prendre la mesure de ces opérations de reprise. Ainsi, en 2001, les industries de la parfumerie françaises ont exporté près de 6,714 milliards d'euros de produits, en progression de 9,7 % par rapport à l'année précédente... Les Etats-Unis constituent le deuxième plus gros marché pour ces industries. Suivent ensuite la Russie, le Moyen-Orient et l'Extrême-Orient. Autant de régions qui ont, par pays, leurs propres législations d'étiquetage. A noter toutefois, que davantage de contraintes pèsent sur les produits cosmétiques que sur d'autres produits commercialisés par les industries de la parfumerie. Si réduit soit-il en fonction des quantités, le coût de l'opération de surétiquetage est loin d'être neutre. « La pose d'une étiquette manuellement coûte environ 18 centimes d'euros et l'étiquette elle-même entre 15 et 20 centimes d'euros. Et ce, pour des volumes inférieurs à 10 000 produits par an », précise Bertrand Grimm, directeur qualité de Guerlain. Ces opérations occupent à plein temps une personne sur le site et 2 ou 3 autres chez des sous-traitants. Certains surétiquetages se font également sur la plate-forme logistique de CEPL qui, dédiée à Guerlain, est située à Béville-le-Comte (Eure-et-Loir).

Reste que la facture grimpe lorsqu'il faut également étiqueter l'emballage primaire. C'est, par exemple, le cas pour les gels de douche aux Etats-Unis sur lesquels il faut apposer un message de prévention pour les enfants. Sont alors distingués les produits qui doivent être conformes au passage à la douane ou sur le marché. Dans ce dernier cas, l'opération de surétiquetage peut se faire sur place par des sous-traitants.

Opération de surétiquetage

Le problème se corse encore en Corée du Sud où le « troisième emballage » est interdit pour des raisons écologiques, revendiquées par le ministère de l'Environnement. Seuls deux conditionnements sont autorisés autour de l'emballage primaire. Ce sont bien souvent le calage et l'étui en carton. Impossible donc de commercialiser un produit dont l'étui est enveloppé dans un film plastique. Du coup, le surétiquetage se complique. « Nos adhérents envoient des produits cellophanés qui seront décellophanés sur place. Les produits pourront alors être surétiquetés », explique Hervé Rebollo. D'autres choisissent de faire l'opération en France. « Lorsque les produits doivent être décellophanés, on fait le surétiquetage en France, dans notre usine d'Ury en Seine-et-Marne », explique de son côté Margerie Barbès-Petit, directrice internationale des parfums et cosmétiques Nina Ricci. Un choix d'autant plus courant que la plupart des sous-traitants des marques de cosmétique, en France ou à l'étranger, n'ont bien souvent pas le droit d'ouvrir les étuis. « Nous rencontrons d'énormes problèmes liés à l'emballage en Corée ainsi que des problèmes d'enregistrement des dossiers, nous avons d'ailleurs porté le dossier à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) », explique Hervé Rebollo en guise de conclusion.

Pour autant, les difficultés semblent encore plus grandes en Arabie saoudite ou les réglementations en termes d'étiquetage varient beaucoup entre familles de produits et, surtout, changent très souvent. « Nous sommes plus gênés par des règles non transparentes que par des règles contraignantes », précise, à cet égard, Hervé Rebollo. Autant de tracas administratifs qui empêchent beaucoup de petites et moyennes entreprises d'exporter leurs produits. La palme revient peut-être pourtant à la Chine qui demande, dès la constitution du dossier du candidat à l'export, l'emballage français et celui qui sera commercialisé sur son marché. Tous les noms doivent être traduits sur ce dernier, y compris les noms commerciaux qu'il faut alors justifier. Cela revient à expliquer le choix des noms Ysthéal d'Avène ou AromaFit de Lancôme. Quelques soucis en perspective...

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Emballages Magazine


Nous vous recommandons

Kenzoki passe à l’impression numérique grâce à Texen

Technologie

Kenzoki passe à l’impression numérique grâce à Texen

Texen Beauty Partners a convaincu Kenzoki de passer à l’impression numérique pour réaliser la décoration de son masque Belle de Nuit. Grâce à ce procédé, le capot est désormais[…]

Pour Noël, Cosfibel met en orbite le dernier coffret Diesel

Technologie

Pour Noël, Cosfibel met en orbite le dernier coffret Diesel

La Febea décrypte les cosmétiques avec son application Claire

Profession

La Febea décrypte les cosmétiques avec son application Claire

Le papier Sylvicta est translucide et très haute barrière

Economie circulaire

Le papier Sylvicta est translucide et très haute barrière

Plus d'articles