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Les cosmétiques sous contrôle sanitaire

ANNE FRITSCH

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La nouvelle « directive cosmétiques » impose le marquage de dates d'utilisation aux crèmes et aux shampoings. Un texte qui suscite la polémique. D'autant que certains conditionnements protègent parfaitement des contaminations.

Encore une ligne supplémentaire sur les étiquettes des produits cosmétiques ! Cette fois, on a dépassé le « full labelling » : les étiquettes vont déborder ! La nouvelle mouture de la « directive cosmétiques » va, en effet, imposer aux produits cosmétiques d'indiquer des dates limites d'utilisation. Difficile de ne pas faire le rapprochement avec les dates de péremption des médicaments et des denrées alimentaires. Santé, nutrition, beauté : notre société amalgame joyeusement ces trois concepts. On parle d'alicaments ou d'aliments beauté. La peau est désormais considérée comme un organe à part entière. La banalisation du patch a convaincu du fait qu'elle laisse passer certaines substances. La barrière entre les aliments, qui entrent à l'intérieur du corps, et les produits de beauté, que l'on applique à l'extérieur, est donc en train de tomber. Avec l'adoption en mars du septième amendement modifiant la directive européenne sur les produits cosmétiques, les exigences sécuritaires concernant tout ce qui touche notre corps ont donc tendance à se rapprocher. L'amendement confirme le marquage d'une sorte de durée limite de consommation : une « date de durabilité minimale » pour les produits dont la stabilité ne peut être garantie plus de 30 mois. Pour les produits les plus stables, il impose, et c'est nouveau, l'indication d'une « durée d'utilisation autorisée après ouverture sans dommages ». Le texte n'exige pas cette indication des premiers produits. Bizarre : la date d'utilisation après ouverture est complémentaire et non redondante avec la date de durabilité minimale. Le législateur suggère-t-il que la durabilité affichée devra être inférieure à la durée d'utilisation après ouverture ? Ce cas concernera de toutes façons peu de références.

Dans l'esprit en tout cas, Alain Grangé Cabane, président de la Fédération des industries de la parfumerie (FIP) approuve cette réglementation qui va dans le sens du service au consommateur. Elle vise a priori toutes les familles de cosmétiques (crèmes de soin, parfums, maquillage, produits d'hygiène, soins capillaires...).

Tests de vieillissement

Le marquage de durabilité minimale n'est pas une nouveauté. L'indication de durée d'utilisation après ouverture est plus controversée. Elle occasionne des tests de vieillissement, et à terme, une révision de l'impression des emballages de la quasi-totalité des produits. Chez Yves Rocher, qui pratique depuis quatre ans le marquage des dates limites d'utilisation sur ses soins et ses cures capillaires, on prévoit le marquage de la durée après ouverture sur toutes les références d'ici un an. Le directeur scientifique de Clarins, Lionel de Benetti, est plus que sceptique : « La conservation dépend énormément des conditions d'utilisation. Le pot est-il resté au soleil ? L'a-t-on bien refermé ? Je doute de la pertinence et de l'utilité de l'indication. »

Qu'on ne s'y trompe pas : les « dates limites » des cosmétiques n'ont rien à voir avec celles de l'alimentaire. Les accidents ou « intoxications » cosmétiques graves sont rarissimes. Sauf exception donc, ce marquage n'est pas une question de santé publique mais d'intérêt de l'utilisateur. La stabilité du produit est garantie jusqu'à la date limite d'utilisation, c'est-à-dire que le produit peut être utilisé sans désagréments tels un parfum dénaturé ou une texture démixée. Cette date ne garantit pas l'action optimale du produit. La date d'utilisation après ouverture assure que le produit, utilisé dans des conditions normales, ne causera aucun désagrément à l'utilisateur pendant la durée indiquée. Alain Grangé Cabane résume : « Ce marquage évite que l'utilisateur ne soit déçu. ».

A la Phocéenne de Cosmétique, Eric Renard est loin d'être aussi enthousiaste. Sa marque Senteurs Provençales s'affiche sur des savons, gels douche ou shampoings dont la durée de conservation dépasse largement les trois ans. « Ce marquage me paraît non seulement contraignant, mais en plus inutile ! L'acte d'achat d'une crème de jour est nettement plus impliquant que celui d'une boîte de cassoulet. N'allez pas me dire qu'on l'achète pour la stocker trois ans ! Il va encore falloir ajouter une indication réglementaire sur l'étiquette ; ce sera d'autant moins de place pour communiquer sur la qualité des produits. »

Plus pragmatique, Françoise Etcheverry, directrice marketing des produits cosmétiques du groupe CEP, a institué le marquage de la durabilité minimale pour exporter à l'Est. Dès son lancement en avril, toute la gamme Version Originelle (VO) présentait le marquage. « Dans les pays de l'Est, cette exigence est déjà en place ». Fixée à trente mois après fabrication pour toutes les références, cette date est une sécurité « très large ». Quant à la durée d'utilisation après ouverture, elle n'est pas encore indiquée. « Ce n'est pas une préoccupation urgente. Le laboratoire devra faire ses essais pour déterminer ces durées, en tenant compte du mode de conditionnement. »

Certains emballages sont plus hygiéniques que d'autres, Françoise Etcheverry le reconnaît, mais le marketing prime sur l'hygiène : « On ne peut pas échapper aux schémas d'attente des consommatrices. Pour un soin anti-âge, on attend un doseur. C'est presque un signe de reconnaissance du produit. » Les crèmes plus riches sont conditionnées en pot, mais dans tous les cas, le taux de conservateur est calculé en conséquence : « Quand on crée la formule, on doit savoir comment elle sera conditionnée ». Chez Clarins, où le même soin est parfois proposé sous divers conditionnements, Lionel de Benetti précise : « Un airless et un tube contenant le même produit n'afficheront évidemment pas la même conservation après ouverture. Que faire avec un airless qui se conserve parfaitement, entamé ou non. Faut-il indiquer trois ans de conservation après ouverture ? Cela serait-il bien compris ? » Des bruits courent d'ailleurs, selon lesquels certains types de conditionnement seraient exemptés de l'indication de durée de conservation après ouverture. Pur fantasme, ou reconnaissance implicite de l'efficacité des airless ?

En effet, les conditionnements de cosmétiques ne sont pas tous égaux devant les problèmes d'hygiène et de conservation. Les systèmes airless à poche permettent depuis quelques années de protéger de la lumière et de l'oxygène les formules contenant des vitamines ou du rétinol. Les systèmes bicomposants, airless ou non, retardent le mélange de composés réactifs et contournent ainsi le souci de la conservation du produit résultant. Montré du doigt, le pot classique est évidemment le moins hygiénique des emballages puisque le contenu présente alors la plus grande surface d'échange avec l'air d'une part, et le plus de contacts avec les doigts d'autre part. « Néanmoins, c'est un conditionnement très courant car affectif et ancré dans les habitudes. Les consommatrices y sont très attachées », confirme Françoise Munch, chez Vichy. Sur le sélectif, les pots s'accompagnent désormais de spatules censées éviter les contaminations manuelles. Mais sont-elles systématiquement utilisées et lavées ?

Halte au retour d'air

Les tubes, eux, réduisent les contacts et existent maintenant en version airless. Les tubes en aluminium évitent le retour d'air dans le tube, mais au prix de déformations inesthétiques. Le tube en plastique Airbackless de Cebal (Pechiney), lui, ne chatouille pas les codes cosmétiques. Un minuscule ressort monté dans un support fait office de valve, et l'efficacité du système est incontestable au vu de l'aplatissement progressif du tube. Logiquement attendu sur des crèmes de soin vitaminées, ce tube a aussi conquis une application inattendue pour un gel capillaire. « Ce qui confirme son fort potentiel » se réjouit Laure Mounier, chef de produit tubes plastiques chez Cebal. Elle constate, en effet, une multiplication des formules fragiles, aussi bien pour les soins que pour le maquillage ou le soin des cheveux, donc. Mais l'avènement de ces formules au rétinol ou vitaminées n'est il pas justement le corollaire de l'accessibilité des conditionnements airless ?

Assistera-t-on à un raccourcissement stratégique des durées de conservation affichées, pour suggérer une activité extrême des cosmétiques ? A l'instar de ces produits alimentaires qui sont présentés au rayon frais sans que cela soit réellement justifié, conseillera-t-on bientôt de conserver certaines crèmes de soin au frais ? Pas impossible.

Dernièrement on a vu apparaître des produits à effet thermique chez la marque d'institut Ingrid Millet. Kenzo et plus récemment Version Originelle proposent en revanche des soins coups d'éclat en dose thermoformée à congeler. Intérêt pour les effets thermiques d'une part ; assimilation des DLUO au rayon alimentaire frais d'autre part : autant d'indices qui suggèrent que l'exploitation marketing de cette contrainte réglementaire pourrait se jouer, un jour, dans nos frigidaires.

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