Nous suivre Emballages Magazine : l'actualité de l'emballage et du conditionnement

Enquête

GILLES SOLARD TIZIANO POLITO

Sujets relatifs :

,
Les 5 et 6 octobre à la Cité des sciences et de l'industrie de Paris, les acteurs de la chaîne graphique numérique se sont retrouvés lors de la première édition de DigiPack, un congrès organisé par Oriex en partenariat avec Esko Graphics et Emballages Magazine. L'occasion de faire le point sur la prochaine révolution de la filière de l'emballage et du conditionnement.

L'introduction des outils de conception numérique dans l'industrie de l'emballage ne date pas d'hier. Loin s'en faut ! Qu'il s'agisse de dessin bidimensionnel dans le domaine du carton ou de création volumique pour les corps creux, les logiciels de conception assistée par ordinateur (CAO) ont pris la place qui leur revenait au bureau d'étude. Et, après avoir investi l'aéronautique et l'automobile, les éditeurs de logiciels rivalisent d'ingéniosité pour s'adapter à l'emballage. Mais la première édition de DigiPack a mis en évidence la richesse des solutions existantes, d'une part, et leur complémentarité, d'autre part. En outre, de la conception au prototypage rapide, en passant par les outillages et la représentation virtuelle d'un produit en linéaire, les fournisseurs essayent de répondre à tous les besoins qu'ils émanent d'un technicien, du marketing ou encore, plus en amont, d'un créatif.

Design

Le canadien Alias propose, avec DesignStudio, un outil très axé sur le design permettant de « capturer le coup de crayon du designer » comme s'il était en train de travailler sur sa planche à dessin. Question rendu, pas de souci : les bibliothèques, dont le niveau de détail va des matériaux aux textures en passant par les effets de surface et l'éclairage, constituent un petit échantillon des paramètres disponibles afin de rendre la pièce en cours de réalisation la plus réaliste possible. La lumière constitue justement le domaine de prédilection d'Optis qui, après l'industrie de l'armement, met au service de l'emballage ses connaissances dans l'optique et la colorimétrie en développant un logiciel pour visualiser un produit dans son environnement de vente ou de présentation. Encore faut-il pouvoir le fabriquer. D'autres logiciels, comme SolidWorks, sont là pour établir le lien entre la planche à dessin et les machines-outils. A vocation « mécanique », ils permettent de travailler sur la conception virtuelle d'une pièce afin de l'intégrer dans son environnement de production. Et, surtout, ils répondent à une question fondamentale : la faisabilité industrielle. Ce doute levé, la pièce virtuelle peut devenir réelle. Nous sommes à la première étape de la fabrication en série, le prototypage.

Prototypage

En l'occurrence, c'est le coeur de l'activité de MMB établi à Blangy-sur-Bresle (Seine-Maritime). Spécialisée dans les maquettes de flacons de parfums et de pulvérisateurs, cette entreprise a mis à profit son expérience dans la moulerie pour développer une technologie de prototypage de pièces par fusion laser en alliage inox titane. « A la différence des procédés classiques que sont la stéréolithographie et le frittage laser, cette solution permet d'obtenir des pièces vraiment réalistes, car beaucoup plus denses et structurées sur le plan mécanique », explique Guillaume Jandin, responsable recherche et développement. Aussi s'agit-il, une fois le prototype réalisé, de contretyper ses couleurs, c'est-à-dire de vérifier leur conformité avec l'original, avant de commencer la production en série sur un ou plusieurs sites. ColorViz, une jeune pousse française propose ainsi de réduire le « time to market » grâce à un outil puissant qui intègre les bibliothèques de pigments des principaux fabricants. De la réalisation d'un prototype industriel à l'impression d'un exemplaire unique il n'y a qu'un pas. Les deux ténors de l'impression numérique, Agfa Dotrix et HP, respectivement spécialisés dans le jet d'encre et l'offset numérique, ont montré qu'il était très facile d'imprimer, ne serait-ce qu'en un seul exemplaire, une étiquette, un emballage en plastique souple, en carton, voire encore des supports en bois de quelques millimètres.

Impression

Et Christian Ménégon, responsable industriel de HP Indigo en Belgique, de rappeler en parlant de la complémentarité des procédés d'impression, que « le numérique n'est pas une technologie d'impression pour les productions de masse mais qu'il offre d'énormes possibilités dans un segment en émergence : la personnalisation des produits de masse. »

Moralité : la chaîne graphique est priée de bien vouloir réaliser sa révolution copernicienne. Tel était en substance le message que différents acteurs du monde de l'imprimerie ont voulu faire passer. A commencer par Christian Blaise, chef de projet e-business et expert de la chaîne graphique chez Nestlé France. Dans le groupe, et au seul échelon national, pas moins de 3 000 dossiers de création ou de modification de packagings sont ouverts tous les ans et pas moins de 350 personnes sont impliquées dans la chaîne graphique. Or, tous ces acteurs ne sont pas, loin de là, des professionnels des arts graphiques, lesquels se montrent particulièrement complexes dans l'industrie de l'emballage. Même les professionnels, habitués aux manipulations des données physiques reconnaissent aujourd'hui se heurter à certaines limites liées à la dématérialisation des données malgré le Portable Document Format (PDF) lancé par Adobe en 1991. Celui-ci permettait au départ de communiquer des documents entre des configurations de machines ou de systèmes d'exploitation différents.

Il s'avère aujourd'hui insuffisant. « Manipuler du PDF, ça peut être douloureux », avertit Christian Blaise, expert de la chaîne graphique chez Nestlé France. Car il existe autant de PDF que d'acteurs de la chaîne graphique, voire d'utilisateurs différents... Flexible et ouvert, il doit être aujourd'hui canalisé par des spécifications adaptées à chaque métier. Raison pour laquelle Nestlé participe depuis le départ à la mise en place de cahiers des charges de travail entre les différents acteurs de la chaîne graphique avec un PDF standardisé pour l'emballage.

Standard

« L'industrie de l'emballage est l'une des plus éclatées qui existe. Un PDF pour le packaging pourrait devenir un standard commun », confirment Jan de Roeck, directeur du marketing d'Esko Graphics, et Françoise Coudert, consultante technique. Selon eux, le flux de production des emballages doit s'accommoder de l'intégration d'outils d'informatiques graphiques interopérables dans une « configuration souple et collaborative avec le PDF comme format graphique de base ».

Et ce n'est pas Adobe qui contredirait. « Avec le flux numérique, il faut un garde-fou, c'est le format PDF », souligne à son tour Franck Petit, d'Adobe France. Après les systèmes propriétaires des années 1980 et la publication assistée par ordinateur des années 1985, le flux numérique, apparu en 1997, nécessite selon Adobe de normaliser le PDF en créant une charte graphique spécifique à l'industrie du packaging.

Pour Saskia Desmet, responsable du développement international d'Enfocus Software, le numéro un mondial des outils pour flux de production PDF, c'est le « certified » PDF qui peut jouer un rôle essentiel dans un flux de production d'emballages « dans la mesure où il garantit la totale conformité d'un fichier PDF à un ensemble de contraintes techniques », explique-t-elle. Engagé dans l'industrie de l'emballage depuis un an, Enfocus s'est aperçu qu'il fallait, en effet, un standard pour l'industrie de l'emballage garantissant à la fois la qualité pour les échanges de fichiers mais aussi une traçabilité recherchée par tous les utilisateurs.

Le PDF pour l'emballage est donc la grande solution. En attendant, les bonnes vieilles méthodes sont toujours de mise. Avec ses multiples marques, onze sites de production et quelque 10 000 travaux à réaliser par an, L'Oréal veut être sans papier, transparent et indépendant des logiciels, mais « les outils les plus simples sont toujours utilisés parce que nos PDF ne sont pas suffisamment contrôlés ». Il faut donc définir « des PDF de bons à graver ». Que faire en attendant ? Sans doute suivre la voie de Christian Blaise de Nestlé qui travaille depuis l'origine avec le Ghent PDF Workgroup, dont les travaux de normalisation ont entraîné la mise en place, en 2004, d'un pilote dans le groupe suisse avec des agences de création et des photograveurs. Une généralisation est prévue en 2005...

Reste que l'optimisation de mise sur le marché avec le logiciel Design2Launch, l'utilisation de couleurs d'accompagnement avec le nouveau système Alterno d'Agfa Gevaert, la multichromie avec Pixel World, la mesure de la couleur et les trames avec Esko Graphics, l'épreuvage packaging avec Kodak et même le droit des fichiers et des données numériques avec le Cabinet Alain Bensoussan constituent autant de pistes. En mesure de changer les habitudes de la chaîne graphique pour l'emballage. Attention au tournant !

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Emballages Magazine


Nous vous recommandons

OEP s’empare d’Alltub

OEP s’empare d’Alltub

Le fonds d’investissement a racheté le fabricant de tubes en aluminium destinés, entre autres, à la cosmétique et la santé. – Alltub change une nouvelle fois de propriétaire. Le fonds[…]

16/11/2018 | Hygiène-BeautéSanté
De nouveaux pinceaux chez Cosmogen

De nouveaux pinceaux chez Cosmogen

Loewe se couronne d’un capot en bois doré

Loewe se couronne d’un capot en bois doré

Yuka continue de se développer

Yuka continue de se développer

Plus d'articles