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Décryptage

Verallia, entre finance et industrie

Pierre Monnier

Mis à jour le 05/10/2020 à 12h30

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Verallia, entre finance et industrie

© Verallia

Depuis le mois d’août, un bras de fer s’est mis en place entre les syndicats et la direction du groupe verrier. Au cœur des tensions, le plan de restructuration engagé par Verallia qui vise à fermer l’un des fours de Cognac (Charente). Une crise ravivée début septembre par la révélation d’un montage financier du principal actionnaire du fabricant, qui aurait permis d’envoyer plus de 550 millions d’euros aux îles Caïmans. –

C’est le propre de l’industrie lourde et la verrerie n’en réchappe pas. Des chaleurs élevées, un bruit constant et un travail continu qui impose des horaires de nuit… La pénibilité pour les salariés du monde verrier n’est plus à prouver. Il en va de même pour la force et la velléité de ses syndicats. Le conflit qui a éclaté chez Verallia durant l’été en est le parfait exemple.

Des arguments non avérés selon le verrier

Au cœur de la discorde, un plan de restructuration annoncé en juin. L’objectif est de fermer l’un des trois fours de l’usine de Cognac (Charente) et, par conséquent, de se séparer de 130 personnes en France. Un bras de fer des plus classiques jusqu’à la révélation par Le Média d’un montage financier d’Apollo, le principal actionnaire du groupe. L’article met en avant le transfert de 550 millions d’euros depuis le Luxembourg vers les îles Caïmans. Une somme qui aurait été récoltée par la mise en place de prêts intragroupes, une pratique légale mais fortement décriée.

Si les faits s’arrêtent là, les suppositions vont plus loin en associant directement le plan de restructuration aux objectifs de la direction dans le cadre d’un programme d’actions préférentielles gratuites. Un argument non avéré, selon le verrier, qui est pourtant repris pour demander l’annulation du plan de restructuration. S’ensuit une série de contrevérités que le numéro trois mondial des emballages en verre souhaite rectifier.

Un besoin de réduire ses capacités

Dans un premier temps, le groupe rappelle que ces montages financiers ont été réalisés par Apollo. « Les holdings d’investissement de l’actionnaire majoritaire sont en dehors du périmètre de Verallia et n’ont aucun impact sur la société et ses salariés (notamment sur l’intéressement et la participation) », explique le verrier. Ensuite, le plan de restructuration annoncé avant l’été n’est pas du fait d’Apollo. « C‘est une décision prise cette année par Verallia pour améliorer sa compétitivité en France et ainsi garantir le futur de l’entreprise. » De plus, le besoin du fabricant de réduire ses capacités a été confirmé par un cabinet d’expertise indépendant mandaté par les représentants du personnel.

Pour la direction du groupe, la principale confusion de ce conflit réside dans deux aspects bien distincts : les résultats financiers et les besoins du marché. Certes, Verallia est une entreprise en bonne santé qui réalise des bénéfices, dont l’introduction en Bourse fin 2019 – soutenue par les syndicats – est l’illustration. Mais il ne faut pas pour autant éclipser le long déclin de la demande. Depuis plusieurs années, le marché du vin se tasse avec une consommation à la baisse. La crise sanitaire n’a fait qu’amplifier ce phénomène. Une tendance qui se répercute sur la production et donc le conditionnement.

Le four 3 reconstruit avant l'arrêt du four 1

Il faut y ajouter les contraintes spécifiques du matériau : l’amortissement d’un four s’inscrit dans le temps long (de l’ordre de dix à quatorze ans). Il faut compter pas moins de 12 millions d’euros pour fabriquer l’outil, auquel s’ajoutent les rénovations annexes, comme une machine IS qui forme les bouteilles, une arche de recuisson qui évacue les tensions physiques ou encore les machines d’inspection qui certifient la conformité des bouteilles. Une reconstruction impose de disposer d’une visibilité à long terme sur le carnet de commandes pour faire face à des coûts fixes très élevés – énergie et main-d’œuvre –, puisqu’un four fonctionne à feu continu sur l’ensemble de sa durée de vie.

À Cognac, deux fours arrivent en fin de vie. Le four 3 a officiellement amorcé sa reconstruction ce 17 septembre avec la coulée du verre pour vider l’outil. La destruction et la reconstruction interviendront dans la foulée pour une mise en marche de la nouvelle installation en fin d’année. Ce chantier représente un montant de 15 millions d’euros. Le four 1 ne bénéficiera pas du même sort. Dans le cadre de son plan de restructuration, Verallia anticipe l’érosion structurelle de son marché en ne reconstruisant pas cet outil.

Une nouvelle organisation du management

L’arrêt de ce four s’accompagne d’un plan de départ de 80 personnes sur le site charentais. Des emplois directement liés au fonctionnement de l’outil. Dans le cadre du plan de restructuration, 50 postes supplémentaires seront supprimés sur l’ensemble des usines françaises. Cela fait suite à une réorganisation industrielle, déjà effectuée dans les autres pays où Verallia est présent. Il s’agit d’un management de la production par flux (unité autonome de production) qui inclut toutes les lignes alimentées par un four, bout chaud et bout froid réunis. Une nouvelle vision qui devrait améliorer la qualité des produits en favorisant la remontée d’informations depuis la fin vers le début de ligne. Un enjeu crucial dans le secteur du verre pour assurer un meilleur rendement des lignes en réduisant la quantité de rebuts.

 

Droit de réponse
Mandatée par le Comité social et économique central (CSEC) de Verallia France dans le cadre du plan de restructuration de l’entreprise, l’Association interentreprises de service social du travail (Actice) de Villeurbanne (Rhône) nous a fait parvenir le vendredi 2 octobre le droit de réponse suivant.

Nous avons été alertés par la diffusion de votre article « Verallia entre finance et industrie » paru le 17/09/2020 sur le site internet d’Emballages Magazine. Une affirmation y figure qui s’appuierait sur notre rapport d’expertise remis aux représentants du personnels du CSEC de Verallia France dans le cadre du projet de restructuration que nous tenons à démentir catégoriquement. Vous écrivez «  De plus, le besoin du fabricant de réduire ses capacités a été confié par un cabinet d’expertise indépendant mandaté par les représentants du personnel. » Nous ne comprenons pas comment vous avez pu arriver à ce constat sur la base de notre rapport. Dans notre rapport à l’usage exclusif des membres du CSEC, il n’est indiqué à aucun moment que nous confirmons le besoin de réduire les capacités. 

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