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Entretien

« Racheter un concurrent qui fait la même chose que nous ne nous intéresse pas », affirme Eric Groshens, le Pdg d'Inessens

Tiziano Polito

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« Racheter un concurrent qui fait la même chose que nous ne nous intéresse pas », affirme Eric Groshens, le Pdg d'Inessens

Eric Groshens est le Pdg d'Inessens.

Bien connu dans l’univers vinicole, Inessens a opéré, en 2019, un virage stratégique vers la cosmétique haut de gamme qui s’est notamment concrétisé par le rachat de Haas Etiquettes. Le fabricant d’étiquettes, qui veut doubler de chiffre d’affaires d’ici cinq ans, va poursuivre sa politique de croissance mais à certaines conditions… Explications avec Eric Groshens, le patron emblématique de ce groupe qui réalise 55 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie aujourd’hui 370 personnes sur neuf sites industriels. -

Emballages Magazine : Né en 1996 avec la création d’Aset, le groupe que vous présidez s’est forgé une solide réputation dans l’étiquette pour vins et spiritueux. En 2019, vous avez racheté tour à tour quatre sociétés : Haas étiquettes, TLS, Art et sens, Etiquettes de Provence. Certaines d’entre elles ne sont présentes que dans la cosmétique haut de gamme. Est-ce là la preuve d’une stratégie de diversification ?

Eric Groshens : Ces quatre acquisitions marquent pour nous un tournant vers un nouveau marché, la cosmétique, qui nous semble prometteur et sur lequel, me semble-t-il, nous sommes capables d’apporter quelque chose. Racheter un concurrent qui fait la même chose que nous, juste pour faire de la croissance et réduire nos coûts, ne nous intéresse pas. Notre intention n’est pas de devenir leader pour peser sur l’amont ou l’aval. Nous misons plutôt sur l’échange de compétences, à savoir apporter à la cosmétique les savoir-faire que nous avons développé dans l’étiquette pour le vin et les spiritueux et, vice versa, profiter des connaissances des sociétés qui entrent dans notre périmètre pour nous améliorer.

« Nous sommes parmi les sociétés les plus innovantes sur le marché de l’étiquette avec une vingtaine de nouveautés par an »

Pouvez-vous citer quelques exemples d’échange de compétences ?

Depuis que nous sommes nés, et même dans cette période difficile, nous n’avons pas cessé d’investir dans la recherche et le développement et les outils de production. Nous y consacrons 17% de notre chiffre d’affaires annuel. Ces sommes nous servent à mettre en place des projets techniques très ambitieux, parfois coûteux et pas rentables sur le court terme, mais ce n’est jamais de l’argent dépensé pour rien. Nous sommes parmi les sociétés les plus innovantes sur le marché de l’étiquette avec une vingtaine de nouveautés par an. Et je mise beaucoup, à titre personnel, sur le transfert de technologies parmi nos filiales. Je pense par exemple, que la cosmétique pourrait bénéficier de nos compétences dans les étiquettes livret, parce que les marques ont besoin de plus de surface de communication. Il s’agirait par contre « d’adapter » cette compétence au marché du luxe en utilisant par exemple un papier de couverture texturé, donnant un aspect haut de gamme au contenu. Je pense également à nos connaissances dans le domaine de la densité des couleurs, très importantes dans le vin, pour se différencier sur un linéaire, ou encore aux pigments naturels, qui sont toujours plus appréciés par les consommateurs friands d’alternatives aux produits chimiques. Nous travaillons sur des encres à base de noir de vigne qui pourraient surement être valorisées chez les marques de luxe.

En contrepartie que vont vous apporter vos nouvelles filiales dans la cosmétique ?

Les exemples sont nombreux, mais il y en a deux qui viennent tout de suite à l’esprit lorsque l’on pense à Haas Etiquettes et qui sont la qualité, un critère qui dans l’univers du luxe est tout simplement non négociable, et le service. Concernant ce dernier point, je pense que nous avons beaucoup à apprendre lorsque l’on pense à la souplesse de cette entreprise qui sait s’adapter rapidement aux demandes, changeantes, de ses clients en modifiant son outil de production et en allant même, parfois, jusqu’à anticiper leurs commandes. On peut également penser à sa supply chain très performante lorsque l’on sait que les tirages ne concernent parfois que quelques centaines d’exemplaires pour des délais de livraison de quelques jours.

Vous parliez de « période difficile » en faisant allusion à la crise sanitaire. Votre groupe en a-t-il souffert et si oui en quelle mesure ?

C’est assez variable. Dans le secteur vinicole la RHF a souffert avec une baisse considérable du chiffre d’affaires à cause de la fermeture des restaurants pendant le confinement mais ailleurs la demande a plutôt bien tenu même si nous avons souffert de la concurrence du bag-in-box. Les spiritueux ont aussi baissé. Dans la cosmétique, la chute est de l’ordre de 15%. Plus grave, on ne perçoit aucun signe de reprise depuis fin août, même si ça peut évoluer très vite. Dans l’ensemble nous prévoyons de clôturer l’année sur un recul de chiffre d’affaires compris entre 5 et 7%. Néanmoins, nous avons des bases saines. Il n’y a pas eu jusque-là de licenciement, ni de fermeture, même provisoire, d’usine. Cela devrait perdurer, en attendant la reprise.

Quels sont vos objectifs ?

Nous nous sommes fixés de doubler de chiffre d’affaires d’ici à cinq ans, soit d’atteindre les 100 millions d’euros.

« La cosmétique représente une réelle volonté de diversification pour Inessens, qui sera probablement renforcée et complétée par de nouvelles acquisitions »

Comment allez-vous y parvenir ?

Nos marges de manœuvre sont larges. Nous sommes une entreprise dirigée par six actionnaires salariés ce qui nous laisse beaucoup de liberté quant aux stratégies pour y parvenir. Il y aura, nécessairement, des opérations de croissance externe mais ce ne sera jamais dans un but financier car nous ne croyons pas dans cette logique. La cosmétique représente une réelle volonté de diversification pour Inessens, qui sera probablement renforcée et complétée par de nouvelles acquisitions. Nos quatre filiales présentes sur ce marché (NDLR : Haas étiquettes, TLS, Art et sens, Etiquettes de Provence) nous offrent un large éventail de solutions que ce soit dans les étiquettes, mais aussi les systèmes de sécurité et de lutte contre les contrefaçons ou encore la communication olfactive. Il se peut que nous nous développions encore dans les étuis carton, un segment sur lequel nous sommes déjà un peu présents avec Art et sens à Grasse.

Beaucoup de vos confrères ont misé sur le numérique et plus en particulier sur le web-to-print qui constitue, selon eux, un relais de croissance. Qu’en pensez-vous ?

Nous sommes déjà équipés en impression numérique, que nous utilisons pour les petites séries, en complément aux technologies traditionnelles comme la flexo ou la sérigraphie. Mais je ne crois pas trop au web-to-print. C’est assez réducteur. Je pense que notre métier est plutôt fondé sur la création de valeur ajoutée, résultat de l’action des hommes sur les machines et non pas des machines uniquement.

« Il faudrait que nous nous implantions dans d’autres régions viticoles où nous ne sommes pas présents »

Vous possédez neuf sites de production, tous en France. Allez-vous vous développer ultérieurement sur le territoire, éventuellement à l’étranger ?

Nous sommes historiquement présents dans le sud-ouest avec Aset et Bidoit et en Bourgogne avec Roy. Des acquisitions récentes nous ont permis de nous installer en Provence et en Ile-de-France. Dans l’idéal, afin de répondre parfaitement à la demande dans le vin et les spiritueux, il faudrait que nous nous implantions dans d’autres régions viticoles où nous ne sommes pas présents comme la Champagne ou le Pays de la Loire... Quant à l’international ce n’est pas encore dans nos plans. Mais ça viendra peut-être, mais là où on nous attend le moins, par exemple au Moyen-Orient, où l’on pourrait miser sur la transversalité de l’image de la France dans le luxe.

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