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Economie circulaire

Le verre cloué sur le totem de la consigne

Henri Saporta

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 Le verre cloué sur le totem de la consigne

Reprenant à la lettre une mesure de la Convention citoyenne pour le climat, le gouvernement s’engage à « généraliser » la consigne des emballages en verre en 2025. Un pari risqué ?

En s’engageant résolument sur la consigne pour réemploi des emballages en verre, le gouvernement pourrait bien réactiver une nouvelle bataille rangée. « Mise en place progressive d’un système de consigne de verre (lavable et réutilisable) jusqu’à une mise en place généralisée en 2025 » : ainsi est formulé l’un des engagements de la Convention citoyenne pour le climat (CCC). La consigne est présentée dans la famille d’objectif « suremballage  » du thème « consommer » sous la formulation suivante : « limiter le suremballage et l’utilisation du plastique à usage unique en développant le vrac et les consignes dans les lieux de distribution ». Le gouvernement s’engage à le reprendre à la lettre dans la première mouture du projet de loi Climat. Cette mesure résonne toutefois comme un retour aux sources. Suite au « can ban » danois instauré en 1982 afin de promouvoir la réutilisation, l’Union européenne élabore la directive européenne 94/62/CE sur les emballages et les déchets d’emballages. Le but ? Eviter les distorsions de concurrence entre matériaux mais surtout entre pays : la consigne permet de verrouiller des segments de son marché intérieur en excluant de facto une autre solution. C’est pourquoi il fut question un temps d’un litre européen en verre consigné ! Intrinsèquement nécessaire par ses fonctionnalités et stratégique dans sa finalité, l’emballage est aussi la condition de la libre circulation des marchandises et de la libre concurrence. Hasard du calendrier, lors de sa conférence de presse, le GIE Boite Boisson a clairement expliqué que les gains de part de marché se feraient notamment au détriment d’autres matériaux en raison de contraintes réglementaires. Reste que, comme tous les autres emballages, les canettes doivent être triées et collectées pour être recyclées. Et ne plus jamais être abandonnées sur la voie publique ou dans la nature. Imposer le réemploi ici pourrait favoriser l'usage unique ailleurs !

Outil de différenciation

En reprenant à nouveau le totem de la consigne du verre, les conventionnels ont tout simplement oublié qu’un produit peut être conditionné dans plusieurs matériaux. Les boissons rafraîchissantes sans alcool (BRSA) peuvent ainsi opter entre verre, plastique et métal. Les bières se présentent en verre, en métal et en fûts. Les spiritueux sont, en revanche, associés au verre tandis que les vins peuvent choisir entre le verre, largement majoritaire, et les caisses-outres. Voire les bouteilles en plastique dans le pire des cas et le vrac à la marge. Consigner tous les emballages en verre revient donc à imposer quelques formats standardisés pour tous les vins et alcools. Les conventionnels l’ont bien compris. Mais l’emballage étant devenu pour les marques un outil de différenciation crucial, la consigne ne présente en réalité que de sérieux inconvénients. Sans compter les écueils commerciaux, industriels et logistiques tandis que les analyses de cycle de vie (ACV) pointent les distances de transport des emballages vides comme comme point critique. Enfin, contrairement à de nombreux produits de grande consommation à forte rotation (FMCG), les vins se produisent et se consomment sur des cycles plus ou moins longs. Et le réemploi des bouteilles est proscrit pour le champagne, sécurité oblige. La CCC signale, par ailleurs, que le bénéfice du réemploi en terme d’émissions de gaz à effet de serre (GES) « sera sans doute limité car les emballages uniques représentent une part faible des émissions, et les alternatives sont parfois tout aussi carbonées, voire davantage ». Peu de chance donc que la filière vitivinicole se laisse faire alors que le verre est le très bon élève du recyclage. L’idée selon laquelle le verre était « autrefois » consigné est d'ailleurs fausse : la consigne pour la « piquette » et « verre perdu » - direction la décharge ! - pour les vins plus élaborés ont longtemps cohabité. Jusqu’au déploiement du recyclage à partir de 1974 tandis que la consigne se recentrait sur le segment des cafés, hôtels et restaurants (CHR). Pas sûr enfin que la mesure soit compatible avec les droits français et européen. 

Fameuse cacophonie

La consigne pour réemploi du verre n'est pas la consigne pour recyclage que voulait instaurer Brune Poirson pour les bouteilles en polyéthylène téréphtalate (PET) en 2019 dans ce qui est devenue la loi Antigaspillage pour une économie circulaire (Agec). Celle qui était alors secrétaire d'Etat à la transition écologique et solidaire avait déclenché une fameuse cacophonie. Les  deux sujets sont néanmoins très liés. La consigne du verre est donc bien partie pour ouvrir un deuxième acte dantesque. D’autant que les calendriers des lois Agec et Climat se télescopent : plusieurs décrets d’applications de la loi Agec sont très en retard car susceptibles d’interférer avec des dispositions de la loi Climat. Intervenant dans un contexte sanitaire et économique totalement inédit, cet embouteillage législatif s’inscrit sur fond de hautes tensions entre les 150 représentants de la CCC et le président de la République Emmanuel Macron. Les divergences s’étalent sur la place publique depuis plusieurs mois. D’autant que, présentées en juin 2020, les 146 propositions retenues sur les 150 élaborées par la CCC occupent un spectre très large pour faire face à « l'urgence écologique » : de l’énergie aux logements en passant par les transports ou encore la publicité.

Foire d’empoigne

Au début du mois de décembre, la réunion des groupes de travail pour la préparation d'un projet de loi programmé pour le début de l’année 2021 a encore fait monter d’un cran les crispations. En première ligne sur ce dossier sensible, Emmanuel Macron, tout à son « en même temps », veut à la fois adopter des mesures « sans filtre » mais voit des « Amish » ou des « activistes » chez ceux qui dénoncent déjà les impasses annoncées. Mais que vient faire la consigne des emballages en verre dans cette foire d’empoigne ?  

Découvrez la mesure de la Convention citoyenne pour le climat

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