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Loop en bêta-test

Arnaud Jadoul

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Loop en bêta-test

Tom Szaky, Pdg de TerraCycle et fondateur de la plate-forme Loop, lors du lancement à Paris..

Entourés d’une vingtaine d’entreprises partenaires, TerraCycle et Carrefour ont lancé à Paris la plate-forme d’e-commerce qui relance la consigne. -

C’est au Palais de Tokyo, à aris, devant quelque 400 personnes, dont plus d’une centaine de journalistes et la fine fleur du monde de l’emballage et du conditionnement, que Tom Szaky, le président-fondateur de TerraCycle, spécialisé dans le traitement des déchets difficilement recyclables, et Laurent Vallée, secrétaire général du groupe Carrefour, ont donné le coup d’envoi de l’expérience pilote Loop ("boucle" en anglais) en France. Imaginée il y a deux ans et annoncée lors du Forum de Davos (Suisse) fin janvier, la plate-forme d’e-commerce pensée pour réduire les déchets d’emballage est donc opérationnelle à Paris et sa proche banlieue. Dans une semaine, ce sera au tour de New York (Etats-Unis) de commencer le test, Londres (Royaume-Uni) devant rejoindre le mouvement à la fin de l’année, puis, en 2020, l’Allemagne et le Japon.

Payer pour le réemploi

Le principe est assez simple. Les consommateurs – 5000 clients sont espérés d’ici à la fin de l’année – se rendent sur le site maboutiqueloop.fr – et sur carrefour.fr en octobre prochain – pour commander sur Loop. Près d’une centaine de produits, des céréales Quaker Cruesli à des crayons de couleur Bic en passant par les colas Coca-Cola ou les couches Pampers Harmonie, sont proposés par une vingtaine d’entreprises représentant 26 marques. « Ce nombre est appelé à croître en même temps que le portefeuille de partenaires », précise Laure Cucuron, directrice générale de TerraCycle Europe, qui vise 500 références dans quelques mois. Une somme correspondant à la consigne est indiquée à côté du prix de chaque produit, de 0,10 euro pour les bouteilles de Coca-Cola à 49 euros pour la boîte destinée aux couches usagées. Les produits sont ensuite livrés directement à domicile dans le sac Loop, isotherme, en matériaux recyclés, « spécialement conçu pour éliminer le besoin d’emballages de protection jetables ». Une fois les produits consommés, les clients placent leurs emballages vides – plutôt en verre et en métal qu'en plastique – dans le sac et programment un retour, qui sera effectué via le transporteur partenaire, Colisweb. Ils peuvent alors opter pour le remplissage automatique et une nouvelle livraison ou pour le remboursement du montant de la consigne déposée initialement. Loop se chargera de nettoyer et stériliser les contenants afin qu’ils puissent être remis dans le circuit. S’ils ne sont plus réutilisables, ils seront recyclés.

« La production des déchets qui s’est accélérée depuis un demi-siècle est devenue l’une des crises majeures auxquelles nous devons faire face, commente Tom Szaky. Loop a été imaginé pour résoudre le problème à la source et proposer une alternative, parmi d'autres, aux emballages jetables. Pour la première fois, des marques de toutes tailles et le leader de la gestion des ressources Suez ont travaillé ensemble pour créer une solution durable, pratique et accessible à tous. » D’ajouter : « Pourquoi payer pour quelque chose qu’on ne veut pas posséder et pour un recyclage éventuel ? Avec Loop, le consommateur paie pour le réemploi. » Au passage, tous les partenaires opposent emballages réutilisables et emballages jetables, sans considérer le fait que les deux tiers des emballages ménagers sont recyclés en France.


L'offre disponible lors du lancement de la plate-forme, le 14 mai 2019.

Laboratoire

Cependant, la mise en œuvre du système pose quelques problèmes. D’ailleurs, Bertrand Swiderski, le directeur du développement durable de Carrefour, qualifie Loop de « laboratoire ». Et de nombreux partenaires reconnaissent qu’ils vont apprendre : « c’est un test et nous avons l’humilité de dire que nous n’avons pas toutes les réponses », déclare Benjamin Binot, le directeur général de Procter&Gamble (P&G) pour la France et le Benelux.

Les difficultés portent sur les produits sélectionnés par les marques pour les intégrer au catalogue Loop. Quels sont les formats les plus adaptés à des fréquences de consommation différentes ? Quels sont les emballages les plus pertinents en termes de process industriel, de supply chain et de durabilité ? Unilever a ainsi choisi de mettre au point un dentifrice en tablette (photo ci-dessous). P&G a retenu la lessive la plus concentrée et requérant la température la moins élevée « car, dans le lavage, c’est l’eau chaude qui a le plus fort impact environnemental ». Le groupe a également conçu une nouvelle brosse à dents, à tête amovible et clipsable – par un mécanisme breveté – et au manche en matériau composite et minéraux naturels. Par ailleurs, en association avec une entreprise italienne, il va tester la collecte de couches et produits d’hygiène féminine usagés. Lesieur a privilégié des formes basiques pour ses bouteilles d’huile de 50 cl et son pot de mayonnaise de 170 g. Coca-Cola a tenu compte de ses tarifs pour les cafés, hôtels et restaurants (CHR) pour fixer le prix de ses sodas. Mais combien de cycles supporteront ces produits ? Si TerraCycle évoque un minimum de dix utilisations, et espère plusieurs centaines, la plupart des entreprises ne savent pas répondre.

En outre, la question de la logistique interpelle. Si Coca-Cola possède une usine à Clamart (Hauts-de-Seine), très proche de Paris, avec une ligne dédiée à la consigne pour le circuit CHR, et peut donc assurer le lavage ainsi que le remplissage, Evian ne peut embouteiller son eau minérale qu’en Haute-Savoie et Lesieur conditionne son huile d’olive à Vitrolles (Bouches-du-Rhône). Certains sites de production se trouvent même en Allemagne, en Italie ou aux Pays-Bas, notamment. Sans compter les opérations de conditionnement réalisées parfois manuellement, compte tenu des volumes. Pour les emballages pris en charge par TerraCycle, ils seront nettoyés par Suez à Besançon (Doubs). Quant à la plate-forme de préparation de commandes et de distribution, elle est implantée près de Roubaix (Nord). Beaucoup de camions supplémentaires sur les routes en perspective, même si les partenaires affirment « optimiser le transport au maximum ».

Application au drive et au commerce physique

Des préoccupations écartées par TerraCycle et ses partenaires. Tout d’abord, d’après TerraCycle, pour des bouteilles, à partir de cinq cycles, le système est pertinent en termes d’impact carbone par rapport à l’e-commerce classique, avec des emballages « jetables », et le devient deux fois plus après 25 réemplois. Ensuite, tous mettent en avant que, pour sauver la planète, toutes les pistes valent d’être explorées. Bruno de Fougeroux, directeur général de Danone Waters France et Benelux, l’assure, « son groupe ne s’engagerait pas si c’était un gadget ; nous avançons avec des faits concrets et, dès que nous aurons bien appréhendé le modèle, nous le dupliquerons et l’étendrons dans le monde ». Bertrand Swiderski est même persuadé que, « quand nous aurons réglé les difficultés logistiques ainsi que les problèmes d’étiquetage obligatoire », le concept pourra être intégré au drive puis au commerce physique.

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