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ARNAUD JADOUL

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Un projet islandais de fabrication de caisses en polyéthylène amène la filière du polystyrène expansé à réagir. Le débat porte sur la valorisation des emballages et la logistique. Et oppose les qualités intrinsèques du polystyrène aux promesses du polyéthylène.

La guerre aux caisses marée en polystyrène expansé (PSE) est-elle déclarée ? Les projets de caisses en polyéthylène (PE) de l'islandais Green Line (lire 695, 694) sur la zone portuaire de Lorient (Morbihan) agitent, en tout cas, les industriels des fameuses caisses blanches et relancent un débat vieux d'une dizaine d'années. Un débat qui a déjà eu raison du carton paraffiné, trop cher, non isotherme et pas davantage recyclable.

Soutenue par l'Agence nationale pour la valorisation de la recherche (Anvar), la société de Reykjavik propose donc des caisses rotomoulées à double paroi isolante. « Elles sont emboîtables, réutilisables et totalement recyclables, puisque monomatériau, indique Yolande Le Formal, de Green Line France. En Islande, plus de 90 % du poisson est conditionné à bord des bateaux dans des conteneurs de 660 litres de ce type. » Plus que sur les qualités intrinsèques des caisses en polyéthylène, Yolande Le Formal appuie son discours sur la problématique du recyclage des caisses en PSE. « Elles ne peuvent être utilisées qu'une fois. Souillées, elles sont considérées comme des déchets industriels banals mais sont le plus souvent traitées comme des ordures ménagères. » C'est-à-dire incinérées ou mises en décharge. « Or, l'Union européenne privilégie le recyclage à l'incinération et, de toute façon, beaucoup d'incinérateurs en France sont condamnés, tant leur mise aux normes serait coûteuse », ajoute-t-elle.

Recyclage du PSE

Mais les industriels du PSE ne comptent pas se laisser mener en... bateau. Il est vrai que l'enjeu est d'importance : 98 % des caisses marée sont en PSE, ce qui représente, selon Eco PSE qui fédère les initiatives en matière de recyclage, un poids annuel approximatif de 7 000 tonnes en France. La profession est d'autant plus combative que les caisses marée constituent le dernier bastion du PSE dans la filière de la pêche, l'écrasante majorité des caisses de bord et de quai étant aujourd'hui en polyéthylène. Elle met en avant les qualités de protection et d'isothermie de ses produits, « qui peuvent être imprimés et colorés dans la masse », souligne Frédéric Dufour, directeur commercial de Sical (Rossmann) établi à Lumbres (Pas-de-Calais). Ainsi que son aptitude au recyclage. « Près du quart du PSE produit en France est recyclé », rappelle-t-il. Et de citer l'initiative d'Opale Valo Emballage à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais).

De fait, l'entreprise, créée en mai 2002, collecte et traite sur le port de pêche, six jours sur sept, les caisses marée en PSE. Soit, sur un gisement de 700 tonnes environ, « 375 tonnes en 2003, et sans doute 500 tonnes cette année », annonce Philippe Truffier, l'un des créateurs d'Opale Valo. La société propose aux mareyeurs un service à domicile très souple. Elle possède trois camions - bientôt quatre - équipés chacun d'une installation de broyage et de compactage. « Nous travaillons en flux tendus permanents, explique un responsable de J.P. Marée, le principal transformateur de saumon boulonnais. Opale Valo nous libère d'une grosse contrainte en suivant le rythme de notre activité. » Toutes les caisses sont ouvertes et contrôlées avant destruction. Comme elles sont ramassées rapidement après leur utilisation, elles sont assez peu imprégnées des odeurs et des exsudats et fournissent une matière de bonne qualité. « La seule réserve, confie Philippe Truffier, concerne les caisses de couleur, plus difficiles à traiter. » Recyclé en Chine, ce PSE revient en Europe où il est reconverti en calages, planches de surf, produits d'allègement des sols et bétons... Compte tenu du potentiel existant, Philippe Truffier projette la desserte des ports finistériens de Concarneau, Loctudy, Saint-Guénolé et Le Guilvinec. Il souhaite également travailler directement avec des grandes surfaces du Nord-Pas-de-Calais.

Lavage des bacs

Fort de cette réussite, Eco PSE estime que le PSE a fait ses preuves. Pas suffisamment toutefois pour Green Line. « Sinon, pourquoi les transformateurs souhaitent-ils une alternative à ce matériau ? », lance Yolande Le Formal, qui ajoute : « C'est parce que nos ambitions sur le marché français coïncident avec leurs besoins que nous allons ouvrir une usine à Lorient, qui sera opérationnelle au dernier trimestre 2004. »

Alors, PE ou PSE ? Le débat reste ouvert entre partisans de l'un et de l'autre. En revanche, le volet logistique de la solution Green Line laisse perplexe. « Qui lavera les caisses ? », demandent les mareyeurs. Autrement dit, qui prendra en charge le nettoyage ? Ils n'envisagent évidemment pas de devoir l'assumer eux-mêmes. « La plupart des concessions portuaires sont équipées d'une station de lavage, répond Yolande Le Formal, et nous mettrons en place un pool d'opérateurs. » Une explication qui se heurte à l'organisation du système : en France, les produits de la mer sont expédiés vers les plates-formes des distributeurs, les grossistes du marché de Rungis (Val-de-Marne), des transformateurs établis parfois hors des zones maritimes... Et c'est à eux qu'incombe pour le moment le traitement des caisses. « Il faudra prévoir des stations de lavage près des lieux de consommation, remarque Frédéric Dufour, et traiter des eaux qui ne contiennent pas que des matières organiques. » Sans compter la logistique proprement dite, très lourde à mettre en place, pour transporter ces caisses. Industriels et professionnels de la marée doutent de la pertinence économique de ce schéma.

Le projet islandais induit donc un changement radical de culture et d'habitudes. « Cela ne passera pas », pronostiquent certains mareyeurs boulonnais. « Mais, si le client, particulièrement la grande distribution, décide d'opter pour le polyéthylène, il est certain que nous n'aurons guère le choix et que nous devrons nous adapter », admet l'un d'entre eux.

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