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Comment les applications accueillent-elles CodeOnline Food, la base de données de GS1 ?

Pierre Monnier

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Comment les applications accueillent-elles CodeOnline Food, la base de données de GS1 ?

© Vincent Motron - Emballages Magazine

Lancée le 7 octobre, CodeOnline se veut une plate-forme d’informations fiables sur les produits alimentaires. En collectant 35 informations consommateurs sur chaque article, l’initiative « va dans le bon sens » mais laisse certaines applications sur leur faim. –

C’est l’un des enjeux les plus importants de l’industrie agroalimentaire : redonner de la confiance. Pour cela, les 18 000 fabricants que compte la France doivent se plier à la demande croissante des consommateurs pour davantage d'informations a priori transparentes sur les produits. Parallèlement, les acheteurs sont de plus en plus informés lors de leur achat. La raison ? Les applications mobiles qui se multiplient depuis quelques années. À coup de scan des codes-barres, les utilisateurs peuvent disséquer les produits alimentaires : valeur nutritionnelle, liste d’ingrédients, allergènes, additifs. Rien n’échappe aux start-up telle que Yuka, MyLabel, ScanUp. À l’affût de la moindre donnée, elles se sont inspirées du précurseur dans le domaine, Stéphane Gigandet, qui a fondé dès 2012 Open Food Facts. L’intérêt pour les consommateurs est tel que certains fabricants et distributeurs alimentent eux-mêmes la base de données ouverte, construite sur le collaboratif. Mais l’essor fulgurant des solutions d’analyse des produits a mené à une multiplication des flux d’informations. Un contexte qui dessine aujourd’hui un besoin de concentration des données.

Une information fiable

« Jusqu’à présent, il n’y avait pas de base de données alimentée en direct par les marques à destination des applications. » Pour Caroline Péchery, la cofondatrice de ScanUp, la plate-forme CodeOnline Food de GS1 est plutôt bien accueillie. Lancée le 7 octobre, cette base de données sera accessible en temps réel et leur permettra de disposer d’une information fiable sur les produits alimentaires. Pour s’en assurer, l’organisme de standardisation recensera les données fournies directement par les marques. Un lot de 35 informations avec un intérêt pour le consommateur sera demandé aux fabricants. Il s’agit principalement de données légales obligatoires devant apparaître sur les emballages des articles.

CodeOnline devrait donc faciliter les démarches pour les utilisateurs – parmi lesquels les applications d’aide à l’achat sont directement visées. « Chaque acteur devait fiabiliser sa propre base en se rapprochant des distributeurs, ou directement auprès des marques, remarque Caroline Péchery. La gestion des différents flux d’informations demande beaucoup de travail. » De manière générale, la ScanUp est « favorable à toutes les initiatives qui visent à simplifier le flux des données. Cela permet d’économiser beaucoup de temps et de fiabiliser les informations. »

Transmettre gratuitement et d'un simple clic

À ses débuts, Yuka avait recours à la base de données ouverte Open Food Facts. En janvier 2018, la société a décidé de constituer sa propre base afin de pouvoir disposer de plusieurs sources différentes. Ainsi, les informations sur les produits sont principalement fournies par les utilisateurs de l’application, notamment par l’envoi de photos des emballages. Mais depuis cet été, la start-up s’est associée à Alkemics pour « créer un nouveau cercle vertueux entre les producteurs et les consommateurs ».

La plate-forme sécurisée de partage de données entre marques et distributeurs a lancé en juillet le programme « Transparence conso ». Il permet à tous les industriels de transmettre « gratuitement et d’un simple clic » l’ensemble de leur catalogue et les informations publiques inscrites sur les produits à toutes les applications partenaires du programme. « Notre objectif à court terme, c’est que les 11 500 marques présentes sur notre plate-forme soient connectées à ces applications afin de fluidifier leurs échanges », détaille le cofondateur d’Alkemics Antoine Durieux.

Mise à jour en temps réel

Selon Ophélie Bierschwale, en charge de la relation avec les marques chez Yuka : « Les fabricants disposent via Alkemics d’un canal Yuka pour nous transmettre les informations de leurs produits telles que la valeur nutritionnelle ou les ingrédients. » Aujourd’hui, trois personnes travaillent à la vérification des données au sein de la société. Concernant CodeOnline Food, « le fait que ce système soit payant à travers une adhésion à GS1 n’est pas pour le mieux », souligne Ophélia Bierschwale. Si l’initiative « va dans le bon sens », l’information payante n’est « pas dans les principes de Yuka », précise-t-elle. De plus, l’application n’est pas adhérente de GS1 à ce jour et ne peut donc pas accéder à la mise à jour en temps réel de ce nouveau service. Une copie de la base de données de l'organisme de la standardisation sera mise à disposition chaque mois sur Internet.

Caroline Péchery estime que ScanUp sera relié à CodeOnline Food d’ici à la fin du mois. Le temps de créer le pont informatique pour recevoir ces nouvelles données. Une adhésion rapide dont le coût n’a pas été un frein. « Certes, il ne s’agit pas d’open data à proprement parler, mais le coût pour devenir membre de GS1 ne se répercute pas de façon démentielle », assure la dirigeante. Pour les plus petites structures, l’adhésion à l’organisme est de 85 euros par an.

Proposer les données réglementaires obligatoires

Mais quelques incertitudes ne sont pas encore levées quelques jours après le lancement de CodeOnline Food. Notamment la crainte que l’utilisation de la base de données GS1 ne soit pas compatible avec d’autres sources. « S’il n’est pas possible d’utiliser en parallèle les API (interface de programmation applicative) de CodeOnline Food et d’Open Food Facts, je crains que l’on ne doive choisir Open Food Facts », s'interroge Christophe Hurbin, le président de MyLabel. Contacté par Emballages Magazine, GS1 a tenu à rassurer les utilisateurs : « CodeOnline Food est construit sur un modèle ouvert et collaboratif. Il n’y a aucune contre-indication à se servir dans une autre base de données », assure l’organisme mondial de standardisation. « Nous proposons les données réglementaires obligatoires. CodeOnline Food collecte 77 données brutes et statiques sur un produit, mais seulement 35 portent sur l’information du consommateur. Si demain l’État français estime que certaines données optionnelles deviennent obligatoires, elles seront rajoutées à CodeOnline Food. »

La diversité des sources est un point crucial pour les applications puisqu’elles s’attachent de plus en plus à l’environnement d’un produit, au-delà de sa valeur nutritionnelle et sa composition. Chez MyLabel, les produits sont analysés en fonction des attentes personnelles de chaque utilisateur. Les 35 informations proposées par CodeOnline Food sont donc insuffisantes pour définir les contours social et éthique des fabricants. Pour Christophe Hurbin : « Il faut que certaines données pivots deviennent ouvertes et publiques. C’est le sens de l’histoire. » C’est le cas notamment du taux de fruits et légumes et du taux de fibres, réclamés par plusieurs applications. Ces éléments permettent de définir de manière optimale le Nutri-Score d’un produit, mais ne sont pas systématiquement inscrits sur les packagings des produits. « La base Open Food Facts est beaucoup plus riche et plus complète », avoue Christophe Hurbin.

Inciter les producteurs à partager

Pensé comme un outil pleinement ouvert, Open Food Facts réunit autant d’informations que possible sur les aliments. « Nous intégrons toutes les données que les marques souhaitent nous communiquer. Quand Carrefour a décidé de nous donner les consignes de tri de ses produits, nous avons créé un champ pour l’indiquer sur notre base », se rappelle Stéphane Gigandet, le fondateur et président d’Open Food Facts. Ainsi, la base ne s’arrête pas à la collecte et la mise à disposition des informations, mais calcule elle-même pour chaque produit : son Nutri-Score (pour la qualité nutritionnelle) et son groupe Nova (indice de transformation). Open Food Facts permet également de définir si un aliment est végétarien ou non. « Je trouve dommage de multiplier les bases de données, reconnaît Stéphane Gigandet. L’Ania et GS1 devrait plutôt inciter les producteurs à nous fournir leurs données. Il y a tout un travail que nous avons déjà fait. Il serait bête de devoir le refaire. »

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