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Enquête

Trentesaux : vie et mort d'un grand nom de l'emballage souple

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Malgré un plan de restructuration sévère en 1998, Lawson Mardon Trentesaux (Alcan) est désormais voué à la disparition. Une situation que d'aucuns pressentaient à l'époque, et que le marché n'a pas permis de démentir. Les derniers salariés auront quitté le site en juin prochain. Histoire d'un grand nom de l'emballage souple.

L e ton est donné : « TTT en deuil ». En ce 13 février 2002, le tableau d'accueil de Lawson Mardon Trentesaux (Alcan) - encore connu sous le sigle TTT - est barré d'une grande banderole noire. Et pour cause... C'est un vénérable centenaire et un grand nom de l'emballage qui va disparaître du paysage industriel nordiste. Etabli à Tourcoing (Nord) depuis 1864, spécialisé dans les emballages souples aluminisés, Lawson Mardon Trentesaux fermera, en effet, définitivement ses portes à l'issue d'un plan social dont la procédure s'est avéré tendue. Dévoilée fin décembre (Lire 601), l'annonce d'un projet de fermeture du site a été confirmée un mois plus tard par la direction basée à Sarrebourg (Moselle). C'est d'ailleurs l'usine mosellane Lawson Mardon Morin, qui est appelée à récupérer l'essentiel de l'activité de Trentesaux, notamment dans l'emballage de produits frais. Les équipements de production seront transférés sur place pour un investissement chiffré, de source syndicale, à 1,5 million d'euros. Même s'ils s'appuient sur une expertise du cabinet Secafi-Alpha, une société très souvent mandatée par les syndicats, pour défendre la viabilité de leur site, les salariés pressentaient donc depuis trois ans qu'un sort funeste était réservé à leur unité. Dès 1998, un plan social draconien avait été adopté par la direction, au nom de fortes surcapacités sur le marché et dans le groupe lui-même, entraînant la suppression de 60% des effectifs. Effectifs qui avaient déjà bien fondus avec, en 1998, 221 employés alors qu'ils étaient 750 dans les années 70. Et le personnel de Trentesaux a encore été réduit à 92 personnes. La direction affichait pourtant officiellement ses espoirs de retour à la rentabilité, grâce à un renforcement des volumes à forte valeur ajoutée au détriment des films. Mais la substitution n'a été que très partielle, les films représentant encore 18,7 millions de mètres carrés contre 20 millions en 1999, les autres supports passant à 44,3 millions de mètres carrés, contre 31 millions en 1999. « Dans un contexte où le marché global croît annuellement de 2%, où la surcapacité reste de 20% et où les prix de vente sont en diminution annuelle de 2% et où nos marges brutes diminuent également de 2% par an, l'amélioration du mix produit n'a pas été suffisante pour redresser les résultats », explique la direction dans le document d'information économique présenté aux salariés.

Surcapacité

L'entreprise a, en outre, souffert d'une perte de volume, entraînant a contrario de frais de structure lourds liés à un site de grande taille, mais ne disposant plus de la masse critique. Elle devenait la plus petite unité de Lawson Mardon Packaging. Et donc la plus menacée face aux contraintes toujours plus fortes de la clientèle dont les exigences se sont fortement accrues. « Particulièrement chez nos clients importants qui sont à 80% des groupes multinationaux », relève un document de la direction. « Nestlé ou Danone sont en grande partie responsables du plan social de 1998 et de la fermeture aujourd'hui, en nous demandant des baisses de prix astronomiques de 25% », dénonce clairement Philippe Vérein, secrétaire du Comité d'entreprise. Depuis le plan social de 1998, qui a lui même plombé les comptes de l'entreprise, ses pertes ont continué à s'accumuler. L'entreprise, qui avait déjà perdu 11 millions de francs en 1997, n'est pas sortie du rouge depuis avec 50 millions de pertes nettes en 1998, 5 millions en 1999 et près de 6 millions l'année suivante.

Fermeture

Résultat : « La direction avait en 1998 espéré trouver une solution viable en restructurant l'entreprise en profondeur. Malheureusement, pour des raisons de marché, les prévisions d'alors ne se sont pas avérées et nos marges se sont encore dégradées. Aucune amélioration n'étant discernable à court et moyen terme, la direction a donc soumis à une délégation unique du personnel un projet de fermeture accompagné de plus de 100 propositions de mutations dans les autres sociétés française et européenne du groupe ». Les syndicats contestent cette analyse, mettant en avant l'absence d'investissements sur le site depuis 1998, le groupe concentrant au contraire ses efforts sur Sarrebourg. Le Pdg du pôle, Bas Ouwehand, a d'ailleurs admis lors d'une réunion du Comité d'entreprise que le seul scénario possible est aujourd'hui d'investir dans les sites les plus performants pour les maintenir comme les plus compétitifs. Or Trentesaux avait fait l'objet d'une annonce totalement opposée en 1996, avec le projet de doubler les capacités de l'usine, au prix d'un programme de 34 millions d'euros. En réalité, une infime partie de cet investissement aura été réalisé sous la forme d'une imprimeuse hélio et d'un équipement de traitement des rejets polluants. Une situation que déplorent les représentants du personnel qui soulignent que l'usine nordiste reste performante sur le plan industriel. En temps de calage des machines notamment... Mais la dernière restructuration, perturbée par le projet de fusion d'Alusuisse avec Alcan, n'a pas permis le redécollage de Trentesaux. Bien au contraire. Au nom de la spécialisation des usines, plusieurs productions de LMT ont été transférées vers les usines espagnole LM Suner et italienne LM Seleprint. Cette dernière unité devrait à nouveau bénéficier de délocalisations de fabrications, dans le domaine des emballages de barres chocolatées, tandis que Morin récupérera les emballages de produits frais. En grève du 11 au 14 février, les salariés entendaient obtenir de leur direction un plan social favorable et ont rejeté - jusqu'au 14 - les propositions de la direction. Soit une prime additionnelle de 15 400 euros par emploi en plus des indemnités légales, pour les personnes refusant les mutations internes, soit vraisemblablement la quasi-totalité des effectifs, même si 55 postes sont ouverts chez LM Morin.

Les salariés, s'ils ont négocié âprement les conditions de la fermeture, y semblent cependant résignés.Contrairement à d'autres salariés d'entreprises voisines, comme Selnor, ex filiale de Moulinex-Brandt, ceux de LMT ne cherchent aucun soutien politique. Philippe Vérein : « Ce n'est pas eux qui prennent les décisions. Que peuvent-ils apporter ? »

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