Nous suivre Emballages Magazine : l'actualité de l'emballage et du conditionnement

Tetra Pak croit toujours au carton et pousse les feux dans le plastique

Gilles Solard

Sujets relatifs :

, ,
Pour ses 70 ans, Emballages Magazine propose une série d'enquêtes sur des entreprises, des hommes ou des technologies qui ont fait l'histoire de l'emballage. Après Mulliez-Richebié et l'exposition sur les étiquettes de la bibliothèque Forney, nous vous proposons de remonter le temps avec la célébration du cinquantenaire de Tetra Pak qui s'est tenu à Lund en septembre.

La métaphore est météorologique : « temps orageux ». Et c'est la seule phrase que Nick Schreiber, patron de Tetra Pak (Tetra Laval), se permettra de prononcer au sujet de Sidel devant la centaine de journalistes du monde entier venus participer à la célébration du cinquantenaire du géant de l'emballage. Pas moins de quatre questions ont pourtant été posées sur le français et l'avenir du polyéthylène téréphtalate (PET) mais sans réponse... Tetra Pak doit, en effet, attendre encore quelques semaines pour que la Commission européenne donne son avis sur la légitimité du rachat du numéro un mondial des machines à souffler les bouteilles en polyéthylène téréphtalate (PET).

Une phrase qui en dit long en tout cas sur l'ampleur du revers que constitue le blocage de ce rachat par Bruxelles, contrariant aujourd'hui une bonne partie des projets de diversification de Tetra Pak dans les plastiques. Ce « temps orageux », Nick Schreiber le rapproche même de la fondation de l'entreprise par Ruben Rausing, en 1952. Des temps difficiles, puisqu'il aura fallu plus de vingt ans pour que Tetra Pak commence à gagner de l'argent ! Vingt années d'efforts acharnés pour modifier les habitudes profondément ancrées de la bouteille en verre et pour faire passer, à partir de 1961, une idée que Tetra Pak met au même niveau que l'invention de la pénicilline par Pasteur : la mise au point du mode remplissage aseptique, sans germes, associé à la stérilisation en douceur du lait.

1932

Une émergence douloureuse, tant les emballages étaient fuyards au démarrage, et qui explique pourquoi Tetra Pak demeure une entreprise familiale à la troisième génération de Rausing à la tête de l'entreprise : jamais Tetra Pak n'aurait pu survivre si elle avait eu une vision à court terme. Une philosophie restée intacte et qui continue d'expliquer le comportement de cette entreprise de taille mondiale lorsqu'elle traverse une crise locale : « nous sommes restés en Argentine, alors que la plupart de nos confrères en sont partis », commente Nick Schreiber.

Si Tetra Pak a 50 ans, l'idée qui a conduit à la création de l'entreprise remonte, en réalité, au-delà. Son fondateur Ruben Anderson, qui prendra le nom de son village natal, Rausing, durant son service militaire, a un long passé dans l'emballage. Diplômé de l'Ecole des hautes études commerciales de Stockholm, il devient copropriétaire d'une petite entreprise d'emballage à Malmö, baptisée Akerlund & Rausing (A&R) à la fin des années 1920. Très tôt, il s'intéresse au conditionnement du lait. Dès 1932, il y a tout juste 70 ans, un collaborateur est chargé de rapporter des Etats-Unis des échantillons de lait. C'est le point de départ d'une réflexion qui allait aboutir à la fameuse forme géométrique du tétraèdre qui sera formé, rempli et soudé en continu à partir d'un rouleau de papier selon le principe du form fill seal (FFS)

Mondial

Si le prototype de la machine est prêt en 1946, il faudra néanmoins attendre le 18 mai 1951 pour que Ruben Rausing présente cette innovation à la presse. Le premier client de Tetra Pak fut la société laitière de Lund qui reçoit sa machine de conditionnement avec les moyens de l'époque. Dans une carriole tirée par deux chevaux. Le berlingot s'impose difficilement mais la Suède finit tant bien que mal à devenir le marché de référence. Dès le départ pourtant, Ruben Rausing avait décidé que son champ d'action serait mondial. Un conseil d'administration datant de janvier 1951 décide, en effet, que la marque Tetra Pak serait déposée dans 57 pays !

Une vision de long terme qui s'est avérée payante. En 50 ans, l'entreprise suédoise basée à Lund et qui a réalisé 7,6 milliards d'euros de chiffre d'affaires dans le monde, s'est hissée au rang de numéro quatre mondial de l'emballage. Avec de fortes velléités de prendre la tête. Le lait est pourtant de nombreuses années durant l'unique marché de Tetra Pak. Le service recherche-développement était alors exclusivement tourné vers la question de l'allongement de la durée de vie du produit grâce à l'emballage. C'est ainsi durant l'été 1961, et après de nombreux essais, que le lait aseptique voit le jour officiellement. « C'est l'innovation alimentaire la plus significative des 50 dernières années », estimera le prestigieux Institute of Food Technologist. Malgré son prix plus élevé, l'idée de la vente en rayon ambiant fait son chemin.

Echec du Rigello

Plus grand-chose ne s'oppose désormais à la montée en puissance de Tetra Pak. Celui-ci commence à s'intéresser à tous les emballages. Pas toujours avec succès. Ainsi, Tetra Cup, un emballage en forme de gobelet destiné aux yaourts, aux glaces et aux boissons en portion individuelle. Cet essai pour adapter le polystyrène expansé aux produits alimentaires liquides ne connaîtra pas de suite. L'échec du Rigello est encore plus caractéristique des ambitions de Tetra Pak d'alors. Dès les années 1960, les boissons gazeuses et la bière font rêver le fabricant d'emballage. Pour ne pas mélanger les marchés, une nouvelle société est créée en 1966, Rigello, au même titre qu'avait été séparé A&R de Tetra Pak dans les années 1950. Présentée à la presse en mai 1968, une nouvelle bouteille révolutionnaire en plastique - chlorure de polyvinyle (PVC) - commence à gagner du terrain. Mais les débats sur la dangerosité du matériau et la durée de conservation de la bière auront raison du nouveau venu.

Mais, si Rigello est enterré en novembre 1982, la gamme des emballages ne cesse de s'étoffer. Au berlingot du départ, se rajoutent le Tetra Brik Aseptic et le Tetra Rex dans les années 1960, le Tetra Top dans les années 1980, un emballage en carton muni d'un couvercle en plastique, et Tetra Prisma dans les années 1990. En 1991, au moment du rachat d'Alfa Laval, les temps austères ne sont plus qu'un souvenir. Le géant suédois n'a plus grand-chose à voir avec l'entreprise des débuts à Malmö. A Lund, on estime que 3 000 emballages Tetra Pak sont fabriqués toutes les secondes dans le monde. Tous les ans, 94 milliards d'emballages de la firme sont nécessaires au conditionnement de quelque 56 milliards de litres de lait, de jus de fruits et autres boissons. Tetra Pak dispose aujourd'hui de 62 sites de production dans le monde.

Produits secs

Mais le lait n'est plus une priorité même s'il reste un marché important. Un chiffre : « 50 % de l'activité est aujourd'hui réalisée dans les produits laitiers liquides », indique Sam Strömersten, président de Tetra Pak Processing System. En revanche, les développements de nouveaux produits sont très nombreux. « Les systèmes d'ouverture sont un top priorité de nos développements », indique Nick Schreiber, qui évoque également les solutions économiques comme Tetra Fino Aseptic, les solutions compétitives pour les produits frais, les nouvelles plates-formes de machines et... les plastiques.

Les liquides alimentaires constituent aujourd'hui une solide base de développement : le soja, en croissance de 20 %, représente déjà 1,35 milliard de litres par an. Les produits dits « nutritionnels » progressent de 33 % par an. Et pas moins de 4,4 trillions de litres de liquides alimentaires ne sont pas emballés, compte Tetra Pak ! Mais aujourd'hui, le géant suédois a l'oeil rivé sur l'alimentaire non liquide. « Les plats préparés sont un potentiel énorme pour le futur », s'exclame Nick Schreiber qui veut réduire de 50 % les temps de développement des emballages.

Les produits secs sont aussi une opportunité de développement. Le nouvel emballage Tetra Recart (lire Ei 68), adapté à des produits comme des soupes, des légumes ou du petfood, constitue « une alternative à la boîte métallique du xxie siécle », déclare le Pdg de l'entreprise suédoise. Le premier test a été lancé avec Nestlé Purina en mai 2001. Tetra Pak devrait d'ailleurs investir une dizaine de millions d'euros dans la construction d'une usine de fabrication dédiée à cet emballage à Lund, le siège mondial de l'entreprise. Un signe ?

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Emballages Magazine


Nous vous recommandons

Perle du Nord se convertit au carton

Economie circulaire

Perle du Nord se convertit au carton

Avec Saica Pack, la coopérative des Hauts-de-France a conçu une nouvelle barquette pour les jeunes pousses d’endives. - Dans le secteur des fruits et légumes, la course à la suppression des emballages plastique[…]

Sappi et Syntegon alliés dans le conditionnement form-fill-seal (FFS)

Economie circulaire

Sappi et Syntegon alliés dans le conditionnement form-fill-seal (FFS)

Tetra Pak incorpore du plastique recyclé chimiquement

Economie circulaire

Tetra Pak incorpore du plastique recyclé chimiquement

Vers une harmonisation de l’information nutritionnelle

Profession

Vers une harmonisation de l’information nutritionnelle

Plus d'articles