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Dossier

Quand responsabilité rime avec sécurité

CYRIENNE CLERC
Pas facile d'innover dans l'univers de la chimie, sur un marché dominé par les obligations réglementaires. D'autant que le principe de responsabilité du producteur n'incite pas les distributeurs à intervenir sur le conditionnement.

Dans le monde compliqué de l'emballage industriel, le secteur de la chimie occupe une place vraiment à part. Pour une raison majeure : les chimistes produisent des matières dangereuses, le plus souvent, incompatibles entre elles. Les risques d'explosion, de corrosion, de pollution et autres nuisances sont réels et permanents. La catastrophe survenue sur le site agrochimique AZF de Toulouse (Haute-Garonne) en est un récent et cruel rappel.

Dans ce contexte, ce sont naturellement les fonctions de protection et d'information de l'emballage qui priment. Et, dans une moindre mesure, les fonctions de service. Dans la mesure où la sécurité - certifiée par une homologation - l'emporte, il n'est pas toujours simple d'imposer de nouvelles pratiques. Sans compter que l'univers de la chimie se caractérise par une très grande variété de substances qui complique le jeu de l'innovation.

Dans le domaine très réglementé des emballages de produits chimiques, il faut d'abord trouver un responsable. Et tous vous le montreront du doigt : le responsable du contenu, à savoir le producteur de produits chimiques, est aussi responsable du contenant. Or, étant donné les risques inhérents aux produits chimiques, le jeu de la défausse fait rage dans le secteur. « La réglementation définit comme responsable le conditionneur qui doit s'assurer qu'il met en oeuvre un emballage conforme à son utilisation. Pour résumer, nous leur fournissons des emballages agréés, à eux de savoir les utiliser correctement », explique Francis Claria, directeur commercial de Sotralentz, fabricant de fûts, bidons et conteneurs.

Quant aux distributeurs, intermédiaires entre les chimistes et les petits clients, ils ont aussi retenu la leçon. « Reconditionner un produit représente une part de responsabilité énorme car, en réalisant cette opération, on devient producteur et fabricant et donc responsable », explique Renaud Ballu, Pdg de Ballu Chimie. Ainsi, à part les distributeurs de produits chimiques de commodités comme Univar ou Brenntag, qui reçoivent de gros volumes et les reconditionnent, les distributeurs de spécialités chimiques se sont fixés une règle d'or : « manipuler au minimum l'emballage et laisser le produit dans son conditionnement d'origine ». Simple. Une amine, un colorant ou un catalyseur de chez Dow ou Rhodia restera ainsi dans son fût, étiqueté par le producteur, avec son nom, et revendu tel quel.

Si les problèmes sont rares avec les chimistes européens ou américains, les distributeurs qui importent des produits « exotiques » restent vigilants. « Au début des années 80, les Chinois ne connaissaient pratiquement que les sacs. Désormais, nous réclamons des emballages conformes, sur palettes filmées et sous feuillards », explique Renaud Ballu. Quitte à aller auditer le produit, mais aussi l'emballage, au fin fond de la Chine. Et, en toute logique, en cas d'emballage défectueux, contenant et contenu sont mis en quarantaine et font l'objet d'une réclamation auprès du producteur.

Compatibilité chimique

Si les notions de risque et de responsabilité sont primordiales, le choix de l'emballage est d'autant plus déterminant. Les chimistes et les entreprises clientes doivent ainsi veiller à conditionner correctement les quelque 300 000 produits chimiques qui existent sur le marché.

Une partie des produits chimiques non dangereux, pour la plupart des produits transformés, peut être simplement conditionnée en sacs. En revanche, pour les produits dangereux, l'industriel se tournera vers le plastique ou le métal. Comment s'opère le choix entre ces deux matériaux ? En premier lieu, il faut tenir compte des contraintes en matière de compatibilité chimique, de toxicité du produit, de résistance de l'emballage et d'utilisation. Ainsi, s'il existe un risque important lors de l'empilage, le chimiste préférera les fûts métalliques, plus résistants au gerbage. Ils seront également choisis lorsqu'il s'agit de le remplir à chaud (au-dessus de 100 °C), comme c'est le cas pour certains produits pâteux qui deviennent liquides à forte température. Quant au plastique, il est, pour des raisons de compatibilité chimique, le plus souvent utilisé pour les acides et pour tous les produits corrosifs.

Outre les contraintes de sécurité, chaque marché a ses habitudes. « Les marchés des produits pétroliers ou lubrifiants sont très attachés au métal », souligne Francis Claria. Et donc chacun dispose de ses chaînes de conditionnement conçues pour un type de matériau.

Le plastique gagne les GRV

Selon des avis concordants, les fûts métalliques en 220 ou 225 litres restent environ dix fois plus utilisés que les fûts en plastique. Pour les bidons entre 20 et 35 litres, le plastique devient, en revanche, majoritaire. Ce matériau a également tendance à gagner des parts de marché dans le domaine des grands récipients vrac (GRV) en raison du prix supérieur du GRV en acier qui est d'environ 1 500 euros. La société Sotralentz estime le marché français du plastique à environ 500 000 GRV de 1 000 litres, soit une contenance globale de 500 millions de litres, quelque 900 000 fûts de 220 ou 225 litres, soit 200 millions de litres, et à 12 millions de bidons destinés à la chimie industrielle, soit 240 millions de litres.

« La plupart des emballages en plastique sont en polyéthylène haute densité (PEhd), car le polypropylène est un produit fragile aux chocs. Ce dernier est plutôt utilisé pour les petits bidons et la bouchonnerie », explique Jean-Jacques Couchoud, délégué emballages pour les polymères chez Atofina (Total). Car il ne faut pas oublier que, à l'instar d'Atofina, les chimistes sont, certes, des clients, mais aussi souvent des fournisseurs de matières plastiques pour emballages. « Le choix du grade de PEhd adéquat, confie Jean-Jacques Couchoud, sera en fait un compromis entre la rigidité et la résistance à la fissuration en contact avec les produits chimiques ». D'où une vigilance accrue du producteur et du conditionneur. Et ces différentes contraintes expliquent, en partie, les difficultés des fabricants.

Quand c'est une réglementation relevant du transport terrestre, maritime ou aérien qui détermine le choix d'un conditionnement, le choix se résume parfois à une seule solution ou à une série d'options aux contraintes draconiennes. Pas facile de se différencier, d'innover et de maintenir ses prix quand la réglementation impose les choix.

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