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Quand le pack se fait son film

Tiziano Polito

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Et si l'emballage devait beaucoup au cinéma ! C'est de cet univers, en effet, que proviennent les outils de traitement de l'image qui ont été intégrés dans les logiciels de conception assistée par ordinateur (CAO) et qui sont utilisés pour créer la plupart des objets manufacturés dont les emballages font partie. Quelques noms ? Maya (Alias Systems), Mental Ray (Mental Image), Softimage (Avid Technology) : tous ces logiciels ont fait leurs preuves dans l'industrie du film, pour colorer et animer un superhéros qui saute d'un toit à l'autre ou recréer un décor fantastique dans la trilogie du Seigneur des Anneaux. Des centaines d'algorithmes qui président à leur fonctionnement font maintenant partie intégrante des PhotoWorks, 3D Studio Max et autres outils de visualisation qui sont proposés avec les principaux logiciels du marché : SolidWorks, Solid Edge, Pro/Engineer. La qualité de la représentation visuelle a toujours constitué un objectif majeur pour les éditeurs des logiciels de CAO, notamment ceux à vocation mécanique. Montrer à un client le plan d'une barquette en dessin filaire sur un écran à fond noir est une chose ; montrer cette même barquette avec les effets de transparence qui caractérisent le plastique qui la constitue en est une autre. « Il est vrai qu'auparavant les textures et les couleurs utilisées sur nos logiciels étaient plutôt simplistes », reconnaît Christophe Demuynck, ingénieur applications chez Cadware, un revendeur de SolidWorks. La donne a radicalement changé dès lors qu'il a été possible d'intégrer et de gérer la fonction « lumière » sur ces images, en opérant sur des paramètres tels que la réflexion, la réfraction, la transparence. Une évolution qui a été possible justement en s'inspirant des technologies du cinéma. Les prismes aux surfaces ternes ont ainsi laissé la place à des objets à l'apparence quasi-réelle, à des images au rendu photographique. Des images qui aident avant tout à crédibiliser un projet : « les clients ont souvent du mal à se projeter dans l'avenir. La visualisation 3D nous permet de les rassurer », explique Serge Hibley, responsable design industriel chez Graphic Identité, une agence spécialisée dans le design.

Effet de surface

Même constat chez Sincoplas, producteur d'emballages en plastique pour la cosmétique et les spiritueux : « le donneur d'ordre veut toucher son produit avec les yeux. Les solutions actuelles nous permettent non seulement de lui montrer un volume mais aussi un effet de surface afin qu'il comprenne mieux s'il aura affaire à un toucher satiné, lisse ou dépoli. Ce genre de détail est essentiel lorsque l'on travaille dans l'industrie du luxe », note Patrice Mortier, directeur d'usine. La visualisation 3D aura surtout permis de raccourcir les délais de conception pour passer plus rapidement au prototypage, étape préliminaire à la production en série. De plus - et là réside l'une de ses principales qualités - elle ne s'est jamais départie de la dimension technique puisqu'il suffit de quelques clics pour passer de l'image aux plans et, de là, aux fichiers qui pilotent les machines à commandes numériques qui réalisent les moules servant ensuite à fabriquer les produits en grande série. L'amélioration des rendus Òa aussi donné de nouvelles vocations à la CAO, qui devient, au fur et à mesure, un outil de décision dans des services où elle était jusque-là absente, comme le marketing. A partir du moment où l'emballage a été modélisé, tout est possible... Rien de plus simple, en effet, que de dupliquer une barquette à l'écran et lui coller une étiquette différente pour apprécier un effet de gamme : « La plupart des industriels de l'alimentaire ne produisent pas une, mais plusieurs références de salades ou de haricots. Ils aiment voir ensuite comment ces différents produits se présentent lorsqu'on les met l'un à côté de l'autre », observe Serge Hibley. Grâce aux réseaux à haut débit et aux techniques de compression des fichiers, ces mêmes visuels peuvent aussi circuler plus vite entre les services de l'entreprise et d'une entreprise à l'autre, ce qui concourt à accélérer les processus de décision. Pour ouvrir le fichier et regarder le visuel en 3D éventuellement en tournant l'objet représenté de droite à gauche ou de haut en bas avec la souris, le destinataire n'a pas besoin d'être équipé lui-même en CAO. Il lui suffira de télécharger gratuitement une « visionneuse » sur Internet. Mais ce n'est pas tout. Justement parce qu'il s'agit d'un outil de simulation, la CAO permet d'aller beaucoup plus loin, jusqu'à mettre ces mêmes produits sur une étagère de supermarché ou dans le réfrigérateur du consommateur afin de les apprécier « en situation ». La plupart des agences de création - mais également beaucoup de marques - recréent ces scènes à partir de visuels originaux. « Le plus simple c'est de reproduire le linéaire en réalisant des photos à haute plage dynamique (HDRI) à l'intérieur d'un véritable supermarché. La technique permet de mémoriser de nombreux niveaux d'intensité lumineuse ce qui donne d'excellents résultats en termes de rendu », explique Christophe Demuynck. Comme sur un plateau de cinéma, le dessinateur règle ensuite ses projecteurs pour parvenir à l'éclairage le plus proche de la réalité, en cherchant par exemple à reproduire celui produit des lampes au néon qui caractérisent les grandes surfaces. Cette quête de réalisme atteint parfois des sommets. « La couleur d'un liquide vaisselle rangé sur une étagère de supermarché change si l'on aligne 2, 3, 4, ou 5 flacons sur la profondeur. Nous travaillons sur des solutions qui permettent de visualiser ces différences », indique Christophe Dauga responsable de la société ColorViz qui développe des logiciels de gestion de la couleur pour l'industrie des plastiques. Jusqu'où ira-t-on ? Difficile à dire. L'une des prochaines étapes sera sans doute constituée par la « véritable » représentation 3D des objets. Les tentatives allant dans ce sens ne manquent pas. En 2002, l'américain Actuality Systems sortait Hélios, un afficheur couleur consistant en un globe en verre de 250 mm fonctionnant à partir d'une technologie combinant des mini-vidéoprojecteurs avec une carte graphique ultra-puissante. L'intérêt ? En tournant autour de la sphère, il était possible d'observer la maquette sous tous ses angles. Faute d'un coût prohibitif, de près de 65 000 dollars, la technologie ne s'est jamais développée à grande échelle, ses applications restant confinées à l'industrie médicale et pétrolière. Un moyen terme - beaucoup plus réaliste et sans doute moins coûteux - pourra être trouvé en recourant à des médias entre l'oeil humain et l'écran d'ordinateur comme les lunettes 3D. Les mêmes qui étaient distribuées il y a 30 ans dans les salles de cinéma avant la projection des Dents de la mer et qui donnaient l'illusion de voir le requin sortir de l'écran.

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