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Enquête

Posson prend un nouveau départ dans « une usine idéale »

Gilles Solard

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Spécialisé dans la fabrication d'emballages en carton ondulé, Posson va inaugurer un site flambant neuf à Sablé-sur-Sarthe (Sarthe) le 14 avril prochain. Le résultat d'une réflexion approfondie sur « une usine idéale » où l'architecture reflète le métier et le mode de management de l'entreprise. Récit de dix ans de travail qui ont vu Posson sortir de l'impasse...

E xiste-il une usine idéale ? « Nous avons consacré plusieurs réunions de direction à plancher sur cette question », explique Sylvie Casenave-Péré, présidente directrice générale de Posson. Pour mieux comprendre cette interrogation qui peut surprendre, il faut remonter dans le temps. En 1994, l'entreprise familiale doit déposer son bilan. Exsangue, le transformateur d'emballages en carton ondulé est éclaté sur trois sites dans trois départements, à Sablé-sur-Sarthe (Sarthe), Saint-Denis-d'Anjou (Mayenne) et Saint-Macaire-en-Mauges (Maine-et-Loire). Trois sites de moins de cinquante personnes, dans un état de « délabrement avancé » et dirigés par un « management inexistant ». Pour sortir de l'ornière, les dirigeants de l'époque comptent sur le maintien de l'activité avec un plan de développement à deux chiffres. « Un plan d'apurement impossible à tenir », affirme Sylvie Casenave-Péré qui, recrutée comme administrateur judiciaire, réalise un audit.

Fille d'un marchand de journaux se destinant au journalisme, Sylvie Casenave-Péré ne connaît alors rien à l'industrie. Mais elle est diplômée de l'Ecole de commerce de Nantes (Loire-Atlantique) et dispose déjà d'une expérience de management. Dans les années 1980, elle avait monté un négoce de matériaux au Mans (Sarthe) avant de devenir, presque par hasard, administrateur judiciaire. « Pour sauver les entreprises », précise-t-elle aujourd'hui. Elle s'appuie alors sur l'actionnaire de référence, le suisse Heinz Laesser. Ce fabricant de colles est entré dans le capital de l'entreprise en co-entreprise avec Asie Trade, une société spécialisée dans les machines de contrecollage. Ils cherchent alors à développer une nouvelle technologie pour Moulinex qui avait besoin d'emballages de grandes dimensions réalisés en microcannelure et imprimés en offset.

Passionnée par le dossier parce qu'il y avait « des familles en jeu », Sylvie Casenave-Péré est mandatée par le conseil d'administration pour redresser l'entreprise. Saisissant le tribunal pour casser le plan d'apurement proposé, elle en prend l'exact contre-pied. Elle propose ainsi de fermer deux sites pour tout réunir sur un site unique, de ramener les effectifs de 115 à 75 personnes et de céder des machines pour disposer de trésorerie. « Il fallait créer un électrochoc », explique celle qui prend comme première décision opérationnelle de débarquer l'encadrement, à quelques exceptions près, avant de mettre en place une cellule de reclassement du personnel pour chaque site fermé. Et ce qu'elle découvre sur le terrain se révèle consternant. « Nous avons dû jeter 24 semi-remorques de produits à la poubelle », s'exclame-t-elle. Des produits qui ne correspondaient apparemment à aucune commande mais qui faisaient mentir la réalité de la situation de l'époque !

Politique de certification

Après avoir déménagé l'ensemble des machines à Saint-Denis-d'Anjou en 1996, Posson s'engage de façon très volontariste dans une politique de certification pour « adopter un langage commun » : l'Iso 9002 est obtenu en 1997 et l'Iso 14001 est une démarche amorcée dès 1998, à peine la norme sortie. Résultat : l'entreprise est sans doute la première PME française dont l'organisation industrielle est bâtie autour du management environnemental... « Nous avons créé une culture d'entreprise autour de la gestion de la matière avec des opérateurs motivés et informés. C'est beaucoup mieux que de courir après des volumes ou des prix », explique Sylvie Casenave-Péré. Une démarche pas anodine puisque l'Iso 14001 a, par exemple, abouti à une réduction de moitié de la gâche de produits.

Le site de Saint-Denis-d'Anjou est cependant devenu trop petit. Un temps envisagé, l'agrandissement ne semble pas réalisable. Il fallait donc une nouvelle fois déménager. Posson décide finalement de revenir à Sablé-sur-Sarthe (Sarthe) et de s'implanter à l'extérieur de la ville sur une zone industrielle quasiment vierge près d'un accès à l'autoroute. Outre l'intérêt logistique du noeud autoroutier, l'entreprise se trouve désormais située au centre d'un double bassin d'emploi, celui de Sablé et de La Flèche.

Mais, quitte à partir d'une page blanche, « il fallait que l'entreprise soit belle », souligne Sylvie Casenave-Péré. Un concours d'architecture, remporté par l'agence parisienne Franc, est lancé auprès de trois cabinets pour proposer des solutions répondant au cahier des charges de l'usine idéale.

Qualité de vie

Dans ce cahier des charges, certains desiderata n'ont rien à voir avec l'activité proprement dite mais plutôt avec la qualité de la vie. Il fallait ainsi disposer d'une vue sur la campagne depuis l'intérieur du bâtiment. Ou bien créer une salle de repas pourvue d'une terrasse exposée au sud. Mais, surtout, il fallait que le bâtiment reflète le métier de transformateur de carton. C'est pourquoi, vu de la route, le toit du bâtiment ressemble à une vaguelette. Une ondulation symbolisant la cannelure du carton, matériau de base de Posson.

Mais il faut entrer dans le bâtiment pour saisir que ce motif architectural n'a pas qu'une simple fonction esthétique. Et, pour entrer, il faut traverser un pont en teck surmontant un bassin. Un bassin qui permettra à terme de récupérer les eaux pluviales qui viendront alimenter des plantes aquatiques...

A l'intérieur, tout est fait pour lutter contre la sensation d'enfermement et le cloisonnement. Un large hall blanc, baigné de lumière zénithale, est habité par un magnifique olivier. Une ambiance feutrée où l'on perçoit à peine le bruit de fond des machines de production.

« L'architecture doit refléter le management de l'entreprise. L'univers n'est pas fragmenté pour ne pas exclure et donner à chacun la possibilité de grandir », analyse Sylvie Casenave-Péré qui ne dispose d'ailleurs d'aucun bureau sur le site mais occupe la salle de réunion. Résidant à Caen (Calvados), elle ne passe jamais plus de trois jours sur place pour ne pas mettre le personnel perpétuellement sous pression. Cette architecture gomme ainsi toute notion de distance hiérarchique. Tous les bureaux sont volontairement sur le même niveau. Et s'il existe un étage, c'est pour abriter l'atelier de prototypage, qui nécessite une certaine confidentialité, ainsi que la « salle des fêtes » : un vaste espace ouvert surplombant l'usine composé d'une centaine de chaises où la Pdg fait un point tous les deux à trois mois devant l'ensemble du personnel. De même de l'extérieur, il est difficile de différentier les bureaux des ateliers de production. Dans les bureaux proprement dits, l'espace est totalement ouvert et si le directeur commercial, Roland Pineau, ou le directeur d'usine, Philippe Prunier, disposent d'un espace propre, celui-ci n'a pas de porte. Une absence de différentiation qui se remarque jusque dans le mobilier. De la salle de repas aux bureaux des concepteurs ou à la salle de réunion, celui-ci a été acheté chez Ikea.

Une simple porte sépare les bureaux des ateliers de production. Un espace de 6 000 mètres carrés sans aucun poteau pour gêner la vue, grâce à une charpente en bois lamellé-collé. Un espace clair puisqu'il est ouvert sur la campagne. Il suffit de lever la tête pour voir qu'il est entièrement « sprinklé ».

Mais c'est surtout un espace où le bruit n'est pas gênant. L'architecte a, en effet, travaillé sur l'acoustique du bâtiment. Le plafond est microperforé pour absorber le bruit des machines sur la voûte ondulée du toit ! Le personnel est, en outre, équipé d'oreillettes qui ont été moulées sur l'oreille de chaque opérateur. Un matériel qui a un coût (130 euros la paire !) mais qui permet de laisser passer les fréquences de la parole. Du coup, quasiment tout le personnel porte ses oreillettes de protection. Fait plutôt rare chez un transformateur de carton...

Voici donc quelques exemples qui distinguent radicalement ce site industriel d'un autre. On pourrait y ajouter une liste d'équipements qu'on ne voit pas souvent dans une entreprise : une salle de repos digne de ce nom pour les chauffeurs internationaux, des toilettes pour handicapés équipées de capteurs, une vraie salle d'infirmerie ou encore des vêtements de travail bien adaptés...

Inauguré le 14 avril prochain, le site vaut sans aucun doute le détour. Cette inauguration marquera un tournant. Sylvie Casenave-Péré de conclure :

« Je vais maintenant pouvoir m'occuper de développement ».

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