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Enquête

Les sacs pour petfood cèdent aux sirènes du plastique

Gilles Solard
Il suffit de regarder un linéaire de petfood pour s'en rendre compte : le sac en papier ne domine plus, tandis que les sacs en plastique progressent toujours très rapidement. Sacs en plastique qui pourraient même avoir franchi la barre des 50 % du marché. Les papetiers doivent absolument réagir. Tour d'horizon.

Mais comment le plastique s'y est-il pris pour occuper, en si peu de temps, une telle place dans les linéaires d'alimentation pour chiens et chats ? Qu'on en juge : en moins de cinq ans, de 1999 à aujourd'hui, le marché du sac pour le petfood est passé du tout papier au presque tout plastique. En regardant de plus près, on peut observer que le papier s'est fait déloger des petits conditionnements et que les grands formats sont aujourd'hui en train de prendre le même chemin. Seuls les premiers prix restent fidèles au papier. Bref, le plastique s'est ouvert un champ sans doute insoupçonné il y a quelques années.

Le premier à faire le pas en France et en Europe est Masterfood (Mars) début 1999. « Les produits évoluaient vers le haut de gamme avec des besoins de barrière plus important. Par ailleurs, les études de marché réalisées auprès des consommateurs montraient que le plastique était associé à la notion de fraîcheur. Le produit peut, en effet, se garder plus longtemps », explique Michel Colas, ingénieur développement emballage. Masterfood délaisse alors les papetiers au profit de grands extrudeurs, imprimeurs et transformateurs européens de sacs en plastique.

Mutation

C'est à cette époque qu'Autobar développe le Free Standing Bag (FSB) surnommé le « square » par les professionnels parce que, doté d'un fond plat et d'arêtes soudées, le sac tient debout. Pour les grands formats de sacs au-dessus de 1,5 kg, cette solution de sacs préformés est d'ailleurs la seule solution existante. Le fabricant de machines de conditionnement spécialisé dans le petfood, Cetec, est ainsi mis à contribution pour mettre au point une gamme de machines adaptée à ce nouveau matériau. Depuis, le plastique ne cesse de marquer des points. Chez Masterfood, l'ensemble des gammes est passé au plastique au tournant du xxie siècle. Après les grandes marques, les marques de distributeurs y sont venues à leur tour. Dernier en date, Whiskas vient de passer au tout plastique.

Les raisons de cette mutation sont multiples. Le plastique apportait alors la nouveauté sur un marché dynamique et demandeur d'innovations. Il apportait aussi une étanchéité que ne pouvait simplement pas garantir la porosité du papier. Ainsi que la praticité, grâce à des poignées de transport ou des systèmes d'ouverture et de refermeture. Il permettait, en outre, une impression brillante, rendant le contenu de l'emballage plus appétissant. Or, dans le petfood, c'est l'unique vecteur de la vente... Et les caractéristiques barrière des complexes, grâce notamment à la métallisation, permettaient une conservation plus longue malgré des produits toujours plus riches et plus gras.

Nouvelle donne

Pour rester sur ce marché, les papetiers doivent donc totalement changer leur fusil d'épaule. C'est, en tout cas, ce que suggère l'évolution du groupe Gascogne. Le numéro quatre européen du sac a réalisé, en quelques années, une véritable mue pour s'adapter à cette nouvelle donne. Depuis le changement de dénomination de Gascogne SA en Groupe Gascogne, l'entreprise s'est largement ouverte à l'international et diversifiée dans l'emballage souple : rachat de la sacherie grecque Aigis en janvier 2002 ou du fabricant d'auto-adhésif suisse Sopal-Panoval en septembre 2002. Au point de faire de la branche emballage souple la plus forte et la plus rentable du groupe. Avec un chiffre d'affaires de 268 millions d'euros en 2003, celle-ci pèse désormais 43 % du chiffre d'affaires total. Et le sac n'est plus qu'une activité de la branche, à côté du « fabricant de complexes multicouches d'emballage et de protection, de supports techniques et de complexes adhésifs ».

Complexes

Cette évolution vers le plastique et les complexes n'est pas un hasard. Dans le petfood, elle est même devenue une nécessité pour une entreprise dont « la profitabilité et la rentabilité sont parmi les meilleures en Europe », souligne Georges Loupit, Pdg de Gascogne Emballage à Mimizan (Landes). Il faut, en effet, savoir que le sac pour les matériaux de construction représente 40 % du volume des sacs fabriqués pour seulement 25 % du chiffre d'affaires, alors que, inversement, le sac pour le petfood représente 25 % du volume total mais 40 % du chiffre d'affaires... En quinze ans, le papetier s'est bâti une réputation et a conquis des parts de marché dans le sac pour l'alimentation animale grâce à l'impression UV, saluée par un Oscar de l'emballage en 1989. Le papetier était devenu un grand fournisseur du marché du petfood.

Gascogne dispose de cinq sacheries en Europe, produisant 450 à 500 millions de sacs. Mais avec une production de 210 millions de sacs, Gascogne Emballage est la plus grande sacherie d'Europe, exportant 35 % de sa production. C'est là que le numéro un européen du sac pour petfood a lancé Hybris, un sac hybride (d'où son nom) composé à la fois de film polyester, métallisé ou non, et d'un pli en papier.

Apparu discrètement pour la première fois au Salon de l'emballage 2002, il aura fallu une longue gestation pour que ce projet ne se transforme en réalité commerciale. Il aura fallu également réaliser des investissements dans une complexeuse et maîtriser l'impression flexographique sur polyester avec des encres à l'eau. Un véritable tour de force, d'autant que le nouveau sac ne nécessite pas d'investissement dans de nouvelles lignes de conditionnement.

Le résultat ne s'est pas fait attendre. Royal Canin, leader européen du petfood, vient d'adopter Hybris pour ses sacs de 10 kg alors qu'il était passé au plastique pour les conditionnements inférieurs. « Nous ne voulons pas mettre tous nos oeufs dans le même panier », explique Pierre-Yves Chaillon, responsable développement emballage chez Royal Canin. Gascogne Emballage a donc prouvé qu'il pouvait s'adapter au marché au lieu de camper sur son métier de papetier. Une attitude qui lui donne aujourd'hui des ailes : « Nous voulons être capables de livrer un linéaire complet de petfood », indique Dominique Durand, directeur général de la branche emballage souple du groupe Gascogne. Le rachat d'un transformateur est donc à l'ordre du jour.

Remplissage

Le groupe Gascogne n'est pas le seul à réfléchir à cette évolution. En France, Smurfit Lembacel s'est aussi équipé d'une machine de contrecollage en 2003, au même titre que Gascogne Emballage. En Allemagne, le fabricant de sacs en papier Reuther a, lui, complètement basculé vers le sac en plastique. Et Frantschach, numéro un européen du sac en papier, a lancé en 2003 la gamme de sacs en plastique Click and Close. L'autrichien dispose d'une unité de production dédiée à la fabrication de sacs pour le petfood en Italie, Novasac. Mais, contrairement à Gascogne qui a réalisé le développement d'Hybris au sein de son usine phare, c'est à Lindlar en Allemagne que Frantschach a lancé son sac en plastique. « Nous ne sommes pas pionnier, mais ce sac est le résultat de six mois de développement », explique Stéphane Soudais, responsable du produit. Le polyéthylène extrudé mis spécialement au point permet notamment de réduire la température de soudure de 30 °C pour donner un meilleur aspect à la soudure. Frantschach a investi 1,7 million d'euros dans une première ligne de production. Un nouvel investissement de 2,5 millions d'euros est prévu pour l'été 2004. Le Click and Close nécessite toutefois un investissement dans une machine spéciale de remplissage qui coûte 300 000 à 500 000 euros.

Innovation

Le plastique est-il alors en passe d'éliminer totalement le papier d'un marché de 250 millions de sacs en Europe et de 130 millions d'euros de chiffre d'affaires ? Sa force principale, c'est l'innovation. Masterfood et Autobar viennent ainsi de mettre au point une poignée pour le sac Pedigree Chien de 10 kg brevetée par Mars. Elle permettra de porter le sac comme une valise. C'est donc aussi par l'innovation que le papier peut résister. Après avoir connu des difficultés précisément liées à cette transition vers le plastique, Roland Emballages revient sur le devant de la scène en mettant au point l'ouverture facile Sliderol sur les sacs en papier. Ce système breveté sera, pour la première fois, utilisé par Intermarché pour un sac de 10 kg de Canaillou.

Mais le papier garde un atout de poids : il reste moins cher. Raison pour laquelle Carrefour est revenu vers un emballage en papier pour la marque Multicrock. « La filière papier est économique et compétitive », relève Gilles Pelard, directeur commercial de Gascogne Emballage. Et l'avenir ne se trouve pas nécessairement dans le tout plastique. « Le sac grand format du futur sera intermédiaire entre l'Hybris et le tout plastique, car le papier apporte une qualité essentielle : la rigidité », estime Pierre-Yves Chaillon, dont l'intention est de généraliser l'atmosphère modifiée dans les grands conditionnements d'ici à 2005-2006. Dans l'immédiat, le papier a donc effectivement cédé ses marchés dans les petits conditionnements. Mais il lui reste encore de solides cartes à jouer dans les conditionnements supérieurs à 10 kg. C'est là que les marchés de demain se dessinent. Et c'est aujourd'hui que la partie se joue...

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