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Les entreprises s'européanisent par la recomposition du capital

ARNAUD JADOUL

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Un rapport du Commissariat général du Plan se penche sur la mondialisation et la recomposition du capital des entreprises européennes. Une tendance de fond qui touche toutes les industries et qui réclame encore une levée des barrières institutionnelles pour consolider leur européanisation.

Un peu plus du quart du capital des entreprises françaises est détenu aujourd'hui par des investisseurs étrangers, et ce taux est parmi les plus élevés d'Europe. Mais le phénomène peut être observé dans la plupart des autres pays européens. En même temps, alors que le marché européen est devenu l'espace de référence pour les entreprises françaises, les plus grandes d'entre elles ont fortement investi aux Etats-Unis et en Asie, en finançant de plus en plus leur expansion par l'appel à des capitaux étrangers. L'industrie de l'emballage n'échappe évidemment pas à cette tendance de fond.

Etat des lieux

Au sein du Commissariat général du Plan, un groupe de travail, présidé par Michel Dietsch, professeur de sciences économiques à l'université de Strasbourg-III, a cherché à dresser un état des lieux de cette recomposition du capital des sociétés en Europe, examiné dans quelle mesure cette restructuration du capital s'opère sur des bases européennes, et évalué les potentialités du pôle européen dans la mondialisation ainsi que les obstacles à sa consolidation. Trois interrogations ont sous-tendu ces travaux : faut-il s'inquiéter de l'importance prise par les capitaux étrangers dans les entreprises françaises ? Dans quelle mesure l'émergence de groupes européens offre-t-elle une alternative à cette pénétration étrangère ? Quelles sont les dispositions susceptibles de consolider ce pôle européen ? Sous le titre « Mondialisation et recomposition du capital des entreprises européennes », le rapport qui en est issu vient d'être publié. Il apporte quelques éclairages et réponses à ces questions.

L'internationalisation des entreprises françaises est liée d'abord à leurs ambitions mondiales. Le taux de détention du capital des entreprises françaises par les non-résidents atteignait à la fin 2002 près de 29 % du capital. Cette pénétration étrangère en France résulte de la croissance simultanée des investissements directs et des investissements en portefeuille. Si les premiers restent prépondérants, la part des seconds a atteint 44 % en 2002. Mais leurs logiques et leurs conséquences économiques sont différentes. Les investissements directs résultent de décisions stratégiques, alors que les investissements en portefeuille soumettent un financement à une exigence de rentabilité. Les premiers déterminent la localisation des centres de décision. Les seconds participent d'une logique de diversification.

La France, pays « carrefour »

La pénétration étrangère dans le capital des sociétés hexagonales n'implique donc pas forcément un contrôle étranger sur les activités économiques. Cette pénétration est aussi le résultat de la politique d'ouverture de la France et de l'expansion du marché boursier. Elle a pour pendant la forte présence des entreprises françaises à l'étranger. Car la France est, depuis les années 1980, un pays « carrefour » pour les investissements directs internationaux : les flux sortants et entrants y sont importants. De plus, la position continue d'exportateur net de capitaux a entraîné un déséquilibre important entre l'emploi contrôlé par les sociétés françaises à l'étranger et l'emploi dans les implantations étrangères en France. Environ 3,8 millions de salariés en 2002 étaient employés dans les filiales étrangères des groupes français, tandis que l'emploi total sous contrôle étranger en France est évalué à moins de 2 millions de salariés.

Par ailleurs, la taille d'un pays est l'un des premiers facteurs dans l'explication du phénomène. Plus un pays est petit, plus il est pénétré. Du fait des capitaux exigés, un petit pays éprouve des difficultés à investir efficacement dans un grand. Tandis qu'une faible part de l'épargne nationale d'un grand pays permet à celui-ci de contrôler une part importante des sociétés d'un petit pays. Et, dans ce domaine, la France est de taille moyenne.

La pénétration étrangère n'en a pas moins des conséquences positives pour l'économie. Tout d'abord, les investisseurs institutionnels étrangers apportent un financement conséquent à l'économie nationale. Ensuite, leur exigence de rendement tend à accroître la rentabilité, à provoquer des gains de productivité et une gestion plus réactive de l'emploi. Elle incite aussi à renforcer la spécialisation sectorielle des groupes et celle fonctionnelle des usines. Ainsi, les performances des filiales en France des groupes étrangers sont souvent supérieures à celles des sociétés à capitaux domestiques. Cela s'explique par leur implantation dans des activités à forte valeur ajoutée, par le transfert des innovations de la maison mère, par leur appartenance à un réseau international. Enfin, les investissements étrangers en France contribuent à la diffusion de nouvelles expertises de gestion et à l'apport de technologies.

Européanisation des entreprises

Autre grand constat : la taille des opérations d'investissement rend désormais le marché domestique trop étroit. Ainsi, les entreprises tricolores ont élargi leurs bases européennes et, symétriquement, de nombreuses entreprises européennes ont accru leur présence en France. Si quelques groupes vraiment européens se sont formés, comme STMicroelectronics, Aventis ou EADS, la nationalité d'origine reste prégnante. L'européanisation s'est faite plutôt par des implantations croisées. Mieux : une analyse originale des opérations de fusion-acquisition européennes durant la période 1990-2001 met en lumière la tendance à l'européanisation des entreprises... européennes ! La consolidation de l'appareil productif a trouvé ses limites au niveau national : la part des opérations de fusions et acquisitions entre opérateurs d'un même pays se réduit et ne représente plus désormais que la moitié des affaires significatives. Une entreprise qui n'est pas rachetée par un investisseur du même pays a 70 % de chances d'être acquise par un groupe européen et 30 % par un non-européen.

Coeurs de métier

Cependant, européanisation et mondialisation progressent de pair, l'échelle européenne elle-même ne suffisant plus dans de nombreux cas. Au cours des années 1990, les acquisitions des entreprises européennes se sont faites pour plus de la moitié hors d'Europe et en particulier en Amérique du Nord pour les plus importantes, ce qui témoigne du lien entre les progrès de la mondialisation et la croissance des montants financiers exigés.

De leur côté, les petites acquisitions européennes comprennent un grand nombre d'opérations en Europe de l'Est, ce qui à terme renforcera l'européanisation, ainsi que de nombreuses opérations espagnoles en Amérique du Sud, attestant des influences culturelles et linguistiques. Enfin, la diversification géographique des investissements à l'étranger s'explique en partie par les stratégies de recentrage sur les coeurs de métiers des entreprises. Globalement, 69 % des montants investis par les acquéreurs européens sont destinés à acquérir des sociétés appartenant au même secteur d'activité. Une stratégie plus fréquente à l'international que sur le marché domestique.

Barrières institutionnelles

Il reste à lever des barrières institutionnelles pour consolider le pôle européen. La proximité géographique a longtemps suffi à assurer l'expansion des groupes en Europe. Mais, sous l'effet des technologies de l'information et de la levée de certaines barrières réglementaires, ce paramètre tend aujourd'hui à s'affaiblir. D'autant que, en matière d'investissements directs ou de portefeuille, à la distance géographique s'ajoute l'existence de barrières culturelles, de coûts de transaction et d'asymétries d'information, de sorte que la préférence nationale reste encore forte. Ce sont désormais les barrières institutionnelles, notamment juridiques et fiscales, qui restreignent le plus les potentialités offertes par la taille de l'espace européen au renforcement de ces groupes. Les mesures à prendre ici relèvent plus de la régulation des institutions que d'un quelconque Meccano industriel visant à créer des champions européens. Un modèle d'entreprise européen ne peut en effet se bâtir qu'au travers d'arbitrages complexes, entre le degré de protection des actionnaires et la présence de gros investisseurs, entre la sécurité de l'emploi et les normes actionnariales, ou encore la valeur actionnariale et l'intensité de la concurrence sur les marchés... A cet égard, la montée en puissance des investisseurs institutionnels et l'accroissement du contrôle exercé par le marché des actions ont favorisé l'émergence de normes de valeur actionnariale en Europe et ont joué un rôle plutôt positif qui n'implique pas nécessairement un alignement sur le modèle anglo-saxon de gouvernance. Mais il faut aussi une certaine convergence des modèles d'entreprise. Actuellement, la coexistence actuelle de systèmes de gouvernance différenciés en Europe s'explique, au plan juridique, par la protection des investisseurs : les entreprises au capital diffus sont mieux représentées dans les pays qui les protègent bien, et, au plan politique, par la sécurité de l'emploi qui se heurte à celle des actionnaires : la concentration du capital est d'autant plus importante que la sécurité de l'emploi est privilégiée. Cela montre bien que l'idée d'une convergence complète est illusoire et éclaire les obstacles à franchir pour parvenir à opposer un modèle européen au modèle anglo-saxon.

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