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Le centenaire Roland Emballages pousse le curseur de l'innovation

OLIVIER DUCUING

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Pour ses 70 ans, Emballages Magazine propose une série d'enquêtes sur des entreprises, des hommes ou des technologies qui ont fait l'histoire de l'emballage. Cette semaine, nous allons chez Roland Emballages. Ce spécialiste centenaire de l'emballage souple mise aujourd'hui sur un sac en papier avec fermeture à curseur pour marquer sa différence dans le petfood.

L e temps s'écoule à un rythme différent à Cattenières (Nord). Ce village rural de 700 âmes, proche de Cambrai, offre le paysage paisible de la commune traditionnelle un tantinet désuète de la troisième République. Au détour d'un pont ferroviaire, une vaste cour bordée d'une grille en fer forgé surprend. Nous sommes chez Roland Emballages, une entreprise qui fêtera son centenaire dans quelques mois. Mais l'architecture élégante et feutrée de l'entreprise, mêlant bois et verre dans son aménagement intérieur, se veut une vitrine résolument moderne, symbole d'innovation et de dynamisme. Créée au début du siècle précédent à Caudry, non loin de Cambrai, par Ida Roland, la société est à l'origine un modeste atelier artisanal d'emballages, qui produit des sacs, des billets de loterie, de vieux chapeaux de gendarme. 1927 marque les véritables débuts industriels de l'entreprise, qui déménage à Cattenières, près de la gare. La petite sacherie se lance alors dans une fabrication mécanisée de sacs, notamment pour les épiciers. L'entreprise familiale passe à la vitesse supérieure en 1936 avec rien moins qu'une première mondiale : l'adaptation par Maxime Roland, le fils d'Ida, du procédé d'impression héliogravure à l'emballage. Roland Emballages vit ensuite un tournant majeur en 1949 : après un voyage aux Etats-Unis, le patron introduit la fabrication de sacs SOS (self opening square bags), dits sacs américains. Roland Emballages est alors le premier en Europe à lancer ces sacs en papier qui tiennent debout tout seuls, et qui entraîneront un essor important : le SOS est synonyme d'une capacité nouvelle pour les industriels de l'automatisation du remplissage grâce au fond rectangulaire des sacs américain. Le logo de l'entreprise porte encore la marque de ce produit phare, puisqu'il représente un sac écorné. Même si la société réalise aussi une part importante de son chiffre d'affaires dans un domaine très différent, celui des bobines - dédiées par exemple au conditionnement du café ou des lessives - le sac SOS reste une valeur sûre, encore dans l'air du temps grâce à son association par le consommateur au retour à l'authentique.

Dix ans d'investissements

C'est en 1988 que l'entreprise connaît un problème de succession, alors que le directeur général devait prendre sa retraite à brève échéance. Cette situation amène Marc Krzemianowski, alors lié à la famille Roland, à prendre la direction de l'entreprise. Il prend alors la minorité de blocage à travers une holding. L'arrivée du fougueux patron, jusqu'alors directeur des ventes, s'accompagne d'un changement net de management : création d'un comité de direction élargi associant au Pdg, le directeur commercial, les ressources humaines, le contrôleur de gestion et le directeur technique, actions de communication interne, et renouvellement des équipements. Les années suivantes s'illustrent par une politique d'investissements lourds, et par l'arrivée au tour de table de l'entreprise de plusieurs capitaux-risqueurs minoritaires, Participex d'abord, pour acquérir le solde des actions familiales, puis Finorpa (Charbonnages de France).

« Depuis 1990, nous avons investi plus de 15 millions d'euros, soit dix fois le rythme antérieur », raconte le Pdg, par ailleurs vice-président Industrie de la chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Cambrai. Coup sur coup, la société acquiert une machine à sacs, des imprimeuses, contrecolleuses et débobineuses, sans compter un investissement pour l'environnement de 2,4 millions d'euros pour le traitement des composés organiques volatils (COV).

Impression hélio

Roland Emballages décroche dans la foulée plusieurs prix professionnels pour la qualité de son impression, avec en particulier deux prestiges Hélio en 2000.

Au terme de ce programme au pas de charge de modernisation de l'outil, un réaménagement du siège, avec la construction de 2000 mètres carrés de bâtiments, vient clore cette phase de développement en 1998, à peine perturbé par un plan de Robien introduisant la réduction du temps de travail à 33 heures hebdomadaires dès 1997. Toutefois, la perte d'un marché en juin dernier l'a à nouveau conduit à lancer, en septembre dernier, un programme de réduction d'effectifs qui devrait toucher une soixantaine de postes.

« Cette restructuration constitue un mal nécessaire, qui ne remet en rien en cause la pérennité de la société ni son caractère innovant », considère son Pdg.

Forte de son image haut de gamme dans l'emballage souple à petite et moyenne contenance de 1 à 10 kg, l'entreprise nordiste multiplie les références de prestige, tant dans les produits à base de papier que plastique, malgré des niveaux de prix plutôt au-dessus de la moyenne. La contrepartie d'une qualité reconnue et d'une maîtrise très grande de l'impression hélio, présentée comme le « core business » du groupe.

« Nous ne sommes pas les moins chers, mais si nous gardons des clients comme Nestlé, Kraftfood et bien d'autres, ce n'est pas par hasard », souligne Marc Krzemianowski, qui met en exergue la constance de son entreprise quand ses très grands concurrents changent d'actionnaires et de politique tous les deux ans. Autres grands clients de l'entreprise : Masterfood, Continentale Nutrition, Fichaux, Méo, Wrigley, Pedigree Pal ou encore Unilever.

Très présent dans le secteur du petfood et du café qui représentent les trois quarts de son volume de vente, Roland Emballages cherche encore à innover et à diversifier ses marchés. « Le souple a de l'avenir puisqu'il réduit le poids et le volume », observe le Pdg.

Fermeture à curseur

Mais autant donner un coup de pouce à l'avenir : la société travaille depuis deux ans à élaborer un sac en papier avec une fermeture à curseur baptisé SlideRol, en partenariat étroit avec la société Flexico. « On nous a souvent reproché, à nous industriels à base papier, de ne pas assez innover. Ce produit est une véritable nouveauté », se félicite le Pdg. Avant le nouveau sac à Zip, Roland Emballages avait déjà testé un système d'ouverture et fermeture faciles pour des produits de Continentale Nutrition pour Auchan, à travers une étiquette. Mais le nouveau produit, plus performant et à valeur ajoutée supérieure, devrait constituer un vrai relais de croissance et de rentabilité pour Roland Emballages, et un solide argument face à l'émergence parallèle et tangible des sachets en plastique. Même si ces derniers restent plus chers que les sacs à base de papier... L'entreprise espère pénétrer certains marchés comme le conditionnement du riz, des graines et des engrais, voire bien au-delà, tout en améliorant les marges de l'entreprise, plutôt modestes.

L'ambition de Marc Krzemianowski n'est pas mince. « Nous voulons avoir une politique de grand, tout en ayant l'écoute et la souplesse d'une PMI », dit-il.

Délais très courts

Exemple : Roland Emballages développe son activité de services pour pouvoir dépanner ses clients hors des frontières dans des délais très courts, renforce son effort de formation, innove. Toutefois, les exigences capitalistiques du métier sont lourdes alors que la rentabilité, elle, demeure faible. Pas question pour autant pour le Pdg d'envisager de concentrations, d'alliances ou d'acquisitions pour améliorer l'effet d'échelle ou renforcer sa puissance commerciale, en dépit des mutations du secteur vers le « big is beautiful ».

La société avait pourtant envisagé, ces dernières années, des croissances externes en Hongrie puis en Pologne, avant de renoncer en raison des coûts en moyens humains. Et, à l'inverse, Roland Emballages n'est pas prêt à s'adosser à un autre opérateur. « Le secteur se concentre beaucoup, nous avons nous-mêmes été sollicités, mais nous ne bougeons pas. Je veux un vrai projet industriel, et pas que l'on vampirise l'entreprise, ses machines, ses clients. S'il y a un partenariat un jour, ce sera pour pérenniser la société à Cattenières », expose Marc Krzemianowski. La sortie des capitaux-risqueurs à moyen terme ne devrait donc pas être l'occasion de rebattre les cartes du capital de l'entreprise, résolument indépendante.

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