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Enquête

L'emballage industriel prend le tournant de la logistique

Gilles Solard

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L'emballage industriel consiste à réaliser des caisses en bois pour expédier des biens d'équipement à l'export. Mais certains emballeurs ont cessé de se cantonner à cette stricte fonction pour s'occuper de l'ensemble des flux industriels d'une entreprise. La logistique industrielle est aujourd'hui une lame de fond qui va modifier l'image de la profession.

Il y cinq ans, Emballages Magazine donnait la parole à Jean-Claude Munch, alors directeur général de Sogei, qui concluait ainsi : « Ce qui a changé, c'est qu'il faut aller de plus en plus vite. Et qu'il faut se diversifier vers la gestion de stocks et la préparation de commandes pour le compte de tiers. Cela représente 15 % de notre chiffre d'affaires et vraisemblablement le double dans les années qui viennent. »

Jean-Claude Munch ne s'était pas trompé. La logistique industrielle représente aujourd'hui 30 % environ des 25 millions d'euros de chiffre d'affaires réalisés par l'entreprise. Ce qui n'était pas prévu alors, c'est que le conditionneur à façon Stock Express s'est, entre temps, désengagé de l'entreprise qu'il avait rachetée en 1992, faute de dégager des synergies. En 2000, Stock Express revend Sogei aux cadres, aujourd'hui majoritaires, et Jean-Claude Munch devient président. Une modification de forme qui n'aura cependant pas remis en cause l'évolution de fond, à savoir que Sogei a pris le tournant de la logistique industrielle.

Gestion

Trois ans après la reprise de Sogei par les cadres de l'entreprise, l'histoire semble se répéter. C'est, cette fois, au tour de la société Tailleur Industrie, alors filiale du logisticien Geodis, d'être revendue à ses cadres dirigeants. « Le fait de ne pas être adossé à un groupe de transport nous permet de proposer, en toute objectivité, les meilleures solutions économiques et de services à nos clients », explique Patrice Brunet, directeur général du développement de Tailleur Euro Packing. La société, qui compte 21 sites de production et 450 personnes, a réalisé un chiffre d'affaires de plus de 50 millions d'euros. Mais la voie de Tailleur semble déjà tracée depuis le rachat, en 2002, de Logispack, une société de logistique industrielle située dans la région bordelaise. Pour conserver les différentes marques de l'entreprise, Tailleur a créé, voici quelques semaines, la société holding Telis, « dans le but d'accompagner nos clients dans la logistique industrielle », souligne Patrice Brunet. Telis est, en effet, précisément sur le point de réaliser une acquisition majeure dans ce domaine, permettant au groupe de croître de moitié sa taille actuelle...

Ordinateurs

Aujourd'hui sur toutes les lèvres, le terme de logistique industrielle n'est pourtant pas récent. « Sofécome est un des premiers à faire de la logistique industrielle dans les années 1980 avec le fabricant d'ordinateurs Unisys en région parisienne », revendique Nicolas Nonon, 31 ans, Pdg depuis 2002 du groupe familial qui s'appelle désormais Soflog Sofembal. Depuis qu'UPS, racheteur de l'entreprise en 1994, décide de couper la branche logistique industrielle dont il estimait ne rien pouvoir faire. Sans l'appui du groupe de transport, l'entreprise, qui a fêté son cinquantenaire l'année dernière, se développe rapidement. Le chiffre d'affaires du groupe passera en effet de 32 millions d'euros en 1999 à 67 millions en 2003, soit un doublement en cinq ans. Une croissance nourrie par un triple rachat d'entreprises dans l'emballage industriel depuis 1998 à Lyon, en région parisienne et à Annecy. A chaque fois, Soflog Sofembal diversifie son acquisition dans la logistique industrielle. « Le métier risque de se concentrer », constate ainsi Nicolas Nonon.

Sogei, Tailleur Euro Packing, Soflog-Sofembal : les trois mousquetaires, qui doivent désormais compter sur leurs propres forces après s'être rapprochés d'un grand groupe, ont fait le même choix de diversification vers ce métier de l'emballage industriel. En revanche, le d'Artagnan Lhotellier Montrichard a pris la direction inverse. En 1999, Philippe Lhotellier, son Pdg, revend les trois quarts de l'entreprise familiale au logisticien Daher. Le dernier quart sera cédé entre 2003 et 2004.

Le groupe, qui ne réalise plus que le cinquième de son activité dans l'emballage industriel, est sans doute l'archétype du logisticien industriel. La société, fondée en 1941 à Montrichard (Loir-et-Cher), est une scierie. Celle-ci devient une caisserie après guerre pour fournir l'armée américaine qui s'est installée à Chateauroux (Indre). Philippe Lhotellier, qui quitte l'entreprise début 2002, l'avait intégré en 1963 pour développer des emballages étanches, légers et à ouverture manuelle. Le département conteneur qui est créé est ensuite dupliqué sur de nouveaux sites à Paris, Vitrolles, Toulouse, Bordeaux ou Strasbourg dans les années 1970 et 1980.

Magasinage

De conditionneur, Lhotellier prend, petit à petit, le chemin du magasinage de pièces détachées. Et, qui dit produit finis dit matières premières. Lhotellier se met à alimenter les chaînes de production des avionneurs, voire des sous-traitants de l'aéronautique. Aujourd'hui dotée d'agréments d'intervention sur avion, l'entreprise va jusqu'à recevoir des vides d'Airbus A330 et A 340 pour réaliser la totalité de l'aménagement commercial des appareils... Le groupe Daher Lhotellier réalise aujourd'hui 290 millions d'euros de chiffre d'affaires, dont 35 % dans la logistique industrielle.

La logistique industrielle est donc devenue une véritable lame de fond sur laquelle les emballeurs se sont laissés porter pour compenser une baisse tendancielle des grands marchés à l'export : les guerres coloniales sont terminées, le marché des contrats d'exportation d'usines clés en main s'est tari, la filière machine-outil n'a jamais été une réussite...

En revanche, les emballeurs qui ont senti le vent tourner ont profité de leur présence physique dans le flux de marchandises pour imposer des services associés au conditionnement de biens d'équipement.

Navires

Comme Lhotellier Montrichard dans l'aéronautique, Soflog-Sofembal a su s'imposer dans l'industrie navale. Au départ spécialiste du calage des navires, l'entreprise a percé sur les Chantiers de l'Atlantique où elle dispose de sites avancés fournisseurs et d'équipes spécialisées dans la fourniture de matériels sur le chantier.

Largement diversifiée dans l'industrie, elle n'hésite plus aujourd'hui à investir dans les moyens d'information. En 2000, la société met, par exemple, en place le logiciel Sofocle de gestion des flux d'information pour le compte de la société de traitement des eaux Degrémont. Un investissement de 800 000 euros pour interfacer le logiciel à l'ERP (Enterprise Resource Planning) Oracle de son client, permettant à Degrémont de gérer une affaire, de sa création à sa facturation.

Peinture

Le tournant dans la logistique industrielle s'effectue donc à coup d'investissements significatifs. Pour retenir son client Alstom Moteurs à Nancy (Meurthe-et-Moselle), Sogei a, lui, investi 2,8 millions d'euros : construction d'un bâtiment de 4 000 mètres carrés équipé d'un atelier de peinture et de moyens de levage et de manutention, réalisation d'une connexion informatique et recrutement du personnel. Le métier de la logistique industrielle est aujourd'hui bien éloigné de l'emballage industriel proprement dit, dont la base est la fabrication de caisses en bois destinées à l'export.

« L'emballage industiel est une porte d'entrée dans la logistique. Les outils étaient là. Avec les prestations de services, nous avons simplement poussé les frontières de ce métier », constate de son côté François-Georges Kuhn, directeur commercial de la société Atlantique Logistique Transport. Créateur en 2003, d'une commission logistique industrielle au Syndicat de l'emballage industriel, il voit tous les jours de nouveaux créneaux d'activité s'ouvrir aux emballeurs industriels : les arsenaux militaires, par exemple, qui seront privatisés fin mai. Ou même les hôpitaux qui doivent résoudre le problème épineux des 35 heures...

Logistique

« La logistique industrielle concerne aujourd'hui la totalité de la profession à différents niveaux », estime-t-il.

Au point d'ailleurs que le Syndicat de l'emballage industriel, un intitulé qui prête souvent à confusion, pourrait bien être rebaptisé pour mieux intégrer le terme logistique. Tout un programme...

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