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Décryptage

L'an 00 de la RFID

Gilles Solard
Depuis la création de ePC Global par EAN International et l'UCC, l'identification par radiofréquence (RFID) est passée de la protohistoire à l'histoire. Mais ce standard de fait mis au point outre-Atlantique va-t-il s'imposer dans le monde entier en supplantant le code à barres ?

L'an 00 de la radiofréquence ? Cela peut paraître exagéré puisque la technologie existe depuis des années et qu'elle a d'ores et déjà envahi notre monde. Les cartes de crédit, les accès d'autoroutes ou de métro, les clés de voitures ou les téléphones portables en sont équipés. Dans les bibliothèques, les hôpitaux ou les sites de production, un certain nombre d'objets sont d'ores et déjà tracés par des étiquettes électroniques surnommées tags... Mais, jusqu'à présent, les applications de l'identification par radiofréquence (RFID) étaient totalement propriétaires. Motorola, Philips ou Texas Instruments, pour ne citer que ceux-là, avaient ainsi chacun leur propre protocole de communication. Peu importe, ces étiquettes étaient destinées à des objets qui repassent en boucle fermée à un endroit fixe (bibliothèques, blanchisseries, voitures...). Et, dans les usines, la RFID était cantonnée aux process automatisés et à des conteneurs retournables.

Mais l'ePC est passé par là. Le 16 septembre dernier à Chicago, le premier symposium ePC marquait le lancement officiel de l'electronic Product Code (ePC) network. Lors de ce symposium, le géant américain Verisign, leader mondial des noms de domaine, appelé à attribuer un numéro unique pour chaque ePC, voulait montrer le potentiel de cette technologie. Il remettait ainsi aux visiteurs une petite palette en bois équipée d'une puce radio à laquelle Verisign avait associé une adresse électronique sur la toile. Chaque stand du symposium étant équipé d'un lecteur de puces radio, Verisign a pu connaître l'emplacement de chaque palette et reconstituer ainsi, en fin de journée, l'historique des déplacements... Le premier « Internet des objets » était né. Le rêve abouti de tout logisticien !

L'irruption de l'ePC dans le paysage de la traçabilité a fait l'effet d'un volcan qui emporte tout sur son passage. La cause ? Tout se passe comme si les Américains, jusqu'ici épargnés par la vache folle ou le sang contaminé, avaient brutalement découvert cette problématique. Et la nécessité de trouver rapidement un outil pour répondre à l'impératif de la traçabilité. La RFID existait bien, mais elle était aux mains de fondeurs de silicium dont les travaux de normalisation traînaient en longueur.

Standard américain

D'où l'idée de créer un centre de recherches au sein du mythique Massachusetts Institute of Technology (MIT) : l'Auto ID Center. Ticket d'entrée : 300 000 dollars. Plutôt que de normaliser en partant de la puce proprement dite dans une démarche dite « down up », l'Auto ID Center prend une attitude opposée (dite « top down ») en cherchant à créer un standard s'appuyant sur un cahier des charges simple : l'étiquette RFID doit comporter un numéro de 96 caractères identifiant de façon unique chaque produit, réaliser une lecture simultanée (anticollision) de 100 pièces à la seconde pour un taux de réussite de 100 % et à un prix de 0,05 dollar. Des conditions pour qu'à terme (mais quand ?), chaque boîte de petits pois devienne un objet unique...

Pour accélérer le processus de standardisation, l'Auto ID Center s'est rallié à l'EAN International et à l'UCC (Uniform Code Council) pour créer l'ePC Global, rapidement relayé par ePC Global France sous l'égide de Gencod. Ce passage de la RFID à l'ePC Global a ainsi fait évoluer la technologie du stade de la protohistoire à celui de l'histoire. Car l'ePC Global donne des ailes à la RFID : en octobre 2003, les 103 sponsors de l'Auto ID Center, dont 61 sociétés technologiques et 42 entreprises de l'industrie et de la distribution, représentaient 500 000 milliards d'items dans la supply chain et près de 10 % du commerce mondial. Jusqu'à présent le nombre de tags embarqués dans les objets se comptait en millions. Or, l'enjeu à l'échelle du globe est de coder, à terme, tous les produits de consommation, soit entre 50 000 et 100 000 milliards d'objets !

Bref la RFID a brutalement envahi l'espace. En 2003, un seul salon, Codexpo, consacrait une conférence sur le sujet. Un an plus tard, pas moins de trois salons - Traçabilité 2004, Salon du transport et de la logistique et Codexpo - ont réservé au sujet des espaces significatifs. Le thème de la radiofréquence est sur toutes les lèvres. L'ePC, les étagères intelligentes, les tunnels ou les portiques de détection envahissent le terrain, au point que le choc des fréquences rend pratiquement impraticables les démonstrations. Une vraie tour de Babel.

L'initiative américaine paraît d'autant plus crédible qu'elle est accompagnée d'une série d'annonces fracassantes sur la nécessité d'adopter rapidement la technologie selon les spécifications de l'ePC Global. Tour à tour Wal-Mart, Tesco, Metro déclarent vouloir imposer le tag sur les palettes et les colis pour leurs 100 premiers fournisseurs à courte échéance. En quelques mois, les initiatives se multiplient, les expériences pilotes fleurissent et les propositions commerciales fusent. A la SITL, le vice-président américain de Chep chargé de la communication, Deborah Spicer Tompkins, proposait ainsi en location en Europe une palette en bois équipée d'une étiquette UHF.

Coûts élevés

Impliqué dans la technologie jusqu'au cou en tant que prestataire de services de Wal-Mart à Davenport notamment, Chep a « tagué » pas moins de 250 000 palettes aux États-Unis. Une expérience douloureuse - plus de 30 étiquettes ont été testées - qui lui permet de ne plus mettre qu'un seul tag au lieu de deux par palette. Mais les entrepôts ont dû être équipés de portiques parce que la lecture depuis un chariot élévateur n'était techniquement pas possible. Et le coût du service est vendu entre 50 et 70 centimes par palette et par rotation... « La RFID n'est pas du plug-and-play, le prix est loin du 0,05 dollar annoncé et les standards ouverts sont impératifs », reconnaissait Deborah S. Tompkins, qui propose pourtant ce même service en Europe, alors même que la fréquence n'est pas disponible en France...

« Les Américains mettent l'Europe devant le fait accompli », analyse Pierre Bonnefoy, directeur technique d'Athelia, un intégrateur de solutions RFID. Sur le Vieux Continent, où la traçabilité est une problématique plus ancienne, l'ePC est, certes, salué comme une initiative créant une dynamique intéressante, mais elle fait grincer des dents. En dehors du Gencod, gestionnaire du code à barres qui s'est logiquement engouffré dans cette brèche, les entreprises font, en tout cas, preuve de beaucoup plus de philosophie. « On aimerait pouvoir tracer nos produits le plus rapidement possible. Mais nous ne sommes pas prêts et nous ne ferons pas d'annonces sur le sujet dans les mois qui viennent », rassurait ainsi Patrick Montchatre, directeur sécurité de Carrefour, l'une des quatre entreprises à adhérer à ePC Global France.

La grande distribution française n'est sans doute pas prête à payer les pots cassés. Car, après les effets d'annonce, vient aujourd'hui le temps de la concrétisation. Wal-Mart a bien engagé, en mai 2004, une expérimentation en grandeur réelle avec huit fournisseurs (Gillette, Hewlett Packard, Johnson & Johnson, Kimberly Clark, Kraft Foods, Nestlé Purina PetCare, Procter & Gamble et Unilever) pour livrer 21 produits tagués dans un (seul) centre de distribution texan. Bien loin des 100 000 produits typiquement vendus dans un hypermarché... Le « mandat » Wal-Mart exigeant, au 1er janvier 2005, la pose d'étiquettes RFID sur la palette à ses 100 premiers fournisseurs sera-t-il tenu ?

Les coûts de mise en place de la RFID sont notamment pointés du doigt. Selon AMR Research, l'installation de la RFID sur les palettes et les colis pourrait coûter la bagatelle de 2 milliards de dollars aux 100 premiers fournisseurs de la distribution, indique Kara Romanow, analyste américaine et auteur d'une étude sur la RFID. Un producteur de 50 millions de colis par an aurait ainsi à débourser entre 13 et 23 millions de dollars pour satisfaire les exigences d'un distributeur. Or, les étiquettes et les lecteurs coûteront « seulement » entre 5 et 10 millions de dollars, analyse le cabinet de Boston. Le reste - entre 8 et 13 millions de dollars - sera utilisé à l'intégration du système, à l'adaptation aux applications de la chaîne logistique et à l'augmentation des systèmes de stockage de l'information...

Outre le coût, les problèmes techniques se profilent. Une fréquence comme l'UHF, retenue par ePC Global pour des applications de logistique, est certes techniquement confortable d'utilisation aux Etats-Unis mais ce n'est pas le cas en Europe, notamment en France où les bandes de fréquence sont occupées par l'armée ou le GSM. Par ailleurs, l'interopérabilité entre les étiquettes des différents constructeurs n'est pas attendue par les professionnels avant des années, voire des dizaines d'années.

L'Europe se singularise

En Europe, les professionnels n'ont, en tout cas, pas attendu l'ePC pour se mettre au travail. Pour la start-up NBG ID, l'ePC n'est d'ailleurs pas une panacée. « En quoi un code article intéresse-t-il un transporteur qui a, en revanche, besoin d'informations qui ne se trouvent pas dans l'ePC. En outre, le monde de l'automobile n'a pas nécessairement les mêmes besoins que le monde médical », explique Bruno Fabre, créateur de l'entreprise. La profession du transport viendrait d'ailleurs de créer un groupe de travail dans la mouvance du Sernam pour mettre en place un standard propre.

Inversement, la société Spacode dit avoir créé un ePC mais avec une autre fréquence ! Son numéro unique a 72 caractères - et non 96 - et fonctionne au-dessous des 135 kHz, une fréquence basse non retenue par EAN International. Pierre Barrault, le créateur de l'entreprise avait déjà déposé un brevet d'identification du contenu du chariot d'une ménagère en 1989. Puis il s'est s'attaqué à l'identification d'objets dans un volume quel que soit leur nombre et leur position. Typiquement le cas d'une palette... « J'ai parlé dans le désert durant sept ans, jusqu'à l'annonce de Wal-Mart », explique celui qui ne démord pas de cette fréquence, qu'il juge être la seule, à l'heure actuelle, à supporter une anticollision à 100 %.

Ainsi, la RFID rappelle terriblement les débuts du... code à barres, où chacun avait son propre mode d'identification et qui a été long à se mettre en place. « Entre l'invention du code à barres et son implantation dans un hypermarché français, il s'est passé 17 ans », se souvient Maël Barrault, Pdg d'Influe, présent dans l'hypermarché de Chambourcy (Yvelines) en 1987. La technologie RFID est, de toute façon, devenue indispensable. La montée en puissance des flux tendus et les palettes hétérogènes a montré les limites du code à barres. Mais, de même que plusieurs codes à barres coexistent, la RFID sous de nombreuses formes a sans doute encore de beaux jours devant elle.

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