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Enquête

L'alimentarité des emballages issus du recyclage en question

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Dossier difficile que celui de l'alimentarité des emballages issus de papiers, de cartons ou de plastiques recyclés. L'Union européenne avance à pas comptés sur le sujet. Elle engrangera cette année les résultats de la grande recherche Fair qu'elle a lancée en 1999. Mais la réglementation ne devrait pas voir le jour avant la fin de l'année.

Pourquoi pas ? 2002 pourrait être l'année de la réglementation européenne sur l'aptitude au contact alimentaire des emballages issus de matières recyclées... Mais prudence : les serpents de mer ont la vie dure ! « L'Union européenne devrait finaliser son projet sur les barrières fonctionnelles des matériaux recyclés à la fin de l'année. A cette période, la majeure partie de la réglementation européenne sur le plastique sera terminée. Mais il n'est pas prévu qu'elle contienne de chapitre sur les matériaux recyclés », estime Alexandre Feigenbaum de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) de Reims (Marne). Voilà pour les plastiques... Quant au verre et aux métaux, ils sont considérés sans risque en raison des modes de production dont les températures de fusion très élevées détruisent micro-organismes et polluants et garantissent, a priori, l'aptitude au contact alimentaire. Pour les autres matériaux, il faudra attendre. Mais une chose est sûre : l'année 2002 marquera une avancée significative dans la connaissance technique de ce dossier.

En effet, les résultats du projet de recherche européen Fair Recyclability sur le papier et le plastique recyclés devraient être publiés à la fin du mois de mai. Cette grande étude a été lancée en janvier 1999 avec l'appui de Luigi Rossi, le grand spécialiste de l'emballage au sein de l'Union européenne. L'objectif est d'estimer scientifiquement l'aptitude des emballages alimentaires à être recyclés en d'autres emballages alimentaires. Qu'ils soient en polyéthylène téréphtalate (PET) ou à base de papier et carton...

En attendant, les chercheurs tirent leurs premières conclusions sur les trois chapitres de l'enquête : l'évaluation statistique des contaminants présents dans les bouteilles en PET envoyées vers la filière du recyclage, l'explication scientifique du comportement physico-chimique des contaminants dans le papier et la modélisation de la migration des contaminants du PET au travers de barrières fonctionnelles dans les emballages issus de matières recyclées.

L'institut Fraunhofer et, plus précisément, le Dr Roland Franz, ont piloté ce grand chantier depuis Freising en Allemagne. Suite à l'analyse de milliers de bouteilles en PET issues des circuits de récupération de plusieurs pays d'Europe, les premières conclusions sont satisfaisantes. Elles font état d'un taux de pollution très faible des matières analysées : quatre à cinq bouteilles sur dix mille seraient anormalement polluées.

Alexandre Feigenbaum et Patrice Dole, qui ont dirigé depuis l'Inra le volet sur la qualité des barrières fonctionnelles à apporter aux matériaux pour empêcher physiquement les migrations de polluants, sont également positifs.

Notion de seuil

Et la thèse de Pierre-Yves Pennarun, cofinancée par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) et Eco-Emballages, leur a permis d'établir les modèles mathématiques permettant de prévoir l'évolution de la migration de composants indésirables et de choisir ainsi les bonnes barrières fonctionnelles. En fonction du degré de pollution du matériau recyclé, de la durée de vie du produit conditionné et de la nature des matériaux, une couche de matériau vierge et une barrière fonctionnelle au carbone déposée sous plasma, comme le fait le procédé Amorphous Carbon Treatment on Internal Surface (Actis) de Sidel, ont servi à ces simulations.

Les deux logiciels que sont Multitemp, qui permet de prédire les phénomènes de diffusion entre couches au cours du process ou de toute opération conduisant à un gradient thermique dans l'épaisseur du matériau, et Multiwise, pour la simulation des migrations, sont déjà téléchargeables gratuitement sur le site de l'Inra pour évaluer ces questions.

Ce canevas scientifique balise donc bien le champ de la connaissance. Reste à définir le seuil de la migration...

Avec ces logiciels, les industriels disposent maintenant de l'outil qui leur permettra de cerner le processus de migration. Ils posséderont un graphique. Sur celui-ci, ils liront le temps de latence entre le temps « t0 » et le temps « t1 » où la migration est nulle. Ils sauront à quel moment commence la migration et ils pourront suivre son évolution sur la courbe du graphique.

Mais voilà ! Ce que les industriels ne connaissent pas encore, c'est le seuil autorisé. Les pouvoirs publics, en l'occurrence l'Union européenne, demanderont-ils une migration, donc une contamination zéro à l'issue de la durée de vie du produit conditionné ou toléreront-ils un microgramme, ou plus, de contaminant ? La question reste ouverte. Un groupe de travail à l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) planche actuellement sur cette notion de seuil.

Déterminer l'alimentarité

Mais la notion de seuil n'est pas la seule que les industriels attendent avec impatience. En effet, la réglementation européenne ne leur a toujours pas signifié comment déterminer l'alimentarité d'un matériau obtenu à partir de matière recyclée. Pour le moment, deux écoles s'opposent : celle du papier et celle du plastique.

La validation de l'alimentarité du papier et du carton recyclé se fait sur la base de l'analyse de la matière première, et du produit fini obtenu, traçabilité à l'appui des papiers récupérés. Et c'est toute la démarche que Matussière et Forest a mis en place pour sa gamme de papier à contact alimentaire Mafo.

Pour le plastique, la démonstration de l'alimentarité de la matière recyclée est fondée sur le process. C'est ainsi que le procédé Supercycle de Schmalbach-Lubeca a obtenu le feu vert du Conseil supérieur d'hygiène publique (CSHP) de France. La réglementation devra également choisir entre les deux méthodes - traçabilité ou process - ou bien annoncer clairement qu'elle laisse le libre choix aux industriels.

Comme le dossier est complexe, la réglementation avance lentement tandis que la recherche continue activement. Le projet Biosafepaper (Lire 601), lancé en décembre dernier, a quatre ans pour se prononcer sur la toxicité des fibres vierges et recyclées des papiers et des cartons. Elle est financée à 50 % par l'Europe, l'autre moitié étant apportée par des industriels. Les tests et les études sont répartis entre différents centres de recherche européens. Est-ce trop d'énergie dépensée pour un objectif somme toute limité ?

Bien au contraire ! Le recyclage des emballages est une figure induite par la réglementation. La directive 94/62 sur les emballages et les déchets d'emballages fixe les objectifs : 15 % des matériaux recyclés en 2001. A l'exception du plastique, ces objectifs sont revus à la hausse dans le projet de révision (Lire 600). Et si ce texte n'impose pas que les emballages soient recyclés en emballage, c'est le marché qui l'imposera.

« La quantité d'emballages récupérés va doubler d'ici à 2004-2005 », affirme Frédéric Desmaretz d'Eco-Emballages. L'exemple du plastique est éloquent. Près de trois milliards d'emballages ont été récupérés en 2001, soit 109 367 tonnes de plastique, principalement du polyéthylène téréphtalate (PET). Le gisement potentiel se situe entre 350 000 et 400 000 tonnes selon Valorplast. Pour l'instant, au-delà du Supercycle de Schmalbach-Lubeca, les emballages sont transformés en fibres textiles ou en biens durables divers. Mais ces débouchés, si la matière première secondaire afflue, risquent d'arriver à saturation. La solution du recyclage en boucle fermée, où l'emballage est recyclé en emballage, s'imposera donc.

Sachant que l'emballage alimentaire représente au moins 60 % du total des emballages mis sur le marché, la question de l'alimentarité de l'emballage recyclé en découle logiquement... Tellement logiquement que cette question peut s'avérer être une véritable bombe à retardement ! ArT

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