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Francis Olivier : « L'histoire de Sidel est incroyable »

Henri Saporta

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Sur le point de quitter la direction de Sidel, Francis Olivier a accepté de rencontrer Emballages Magazine. Après plusieurs mois de silence. Pour parler du parcours exceptionnel d'une entreprise devenue, en vingt ans, le leader mondial des machines à souffler les bouteilles en polyéthylène téréphtalate (PET). Et d'un veto européen « surprenant ».

Trois repères harmonieux pour résumer un parcours professionnel : 1972, 1982 et 2002. « Une belle trilogie » qui jalonne le parcours exceptionnel de la Société industrielle des emballages légers. Une société, créée en 1965 par Lesieur pour fabriquer les premières bouteilles d'huile en polychlorure de vinyle (PVC), plus connue sous le nom de Sidel. En 1972, Francis Olivier entre chez Sidel comme contrôleur de gestion ; en 1982, il en devient le patron effectif ; en 2002, il en sera parti. A 6O ans.

« Ma décision est prise. Je vais abandonner mon mandat à très court terme. Vingt ans à la tête d'une entreprise, c'est bien », affirme l'actuel Pdg du leader mondial des machines à souffler les bouteilles en polyéthylène téréphtalate (PET).

L'occasion de dresser un bilan... Après plusieurs mois de silence complet. Alors que les remous liés au veto de Bruxelles à la reprise par Tetra Laval et les attaques ad personam s'estompent.

Pour commencer, Francis Olivier affiche sa satisfaction première : « Je suis extrêmement fier de ce que l'on a réalisé. L'histoire de Sidel est incroyable. Peut-être qu'elle ne se reproduira plus jamais... » Et exprime un regret : « Je n'ai pas su organiser ma succession. Dès l'entrée en Bourse en 1993, j'aurais dû nommer un responsable opérationnel. Mais le fait est que la Bourse a acheté une histoire, la mienne. Et après, il est difficile de s'en défaire. »

Mais Francis Olivier est aujourd'hui serein : « Au mois de juillet dernier, j'ai fait entrer Jean-Marie Descarpentries comme administrateur parce que je savais qu'en cas de réussite de l'OPA de Tetra Laval, il constituerait un interlocuteur de poids. En revanche, en cas d'échec, son profil de grand industriel était idéal pour assurer la continuité. Jean-Marie Descarpentries est ensuite allé chercher Gérard Stricher pour prendre la direction de l'entreprise. Ce sont deux grands industriels de l'emballage. »

Mais se montre réaliste : « Sidel traverse une mauvaise passe, c'est clair. Nous affichons des pertes pour la première fois depuis 1979 ! » De tempérer : « Mais on n'est pas face à une société en danger. Le carnet de commandes est en hausse. Nous conservons notre avance technologique. Et il ne faudrait pas négliger le facteur conjoncturel : l'année 2001 a été dramatique. »

Faisant suite à une longue période d'incertitude déclenchée par l'ouverture de l'enquête de Phase II en juillet, le veto de la Commission de Bruxelles (Lire 595) n'a donc rien arrangé. Et Francis Olivier pèse ses mots : « Il est surprenant, au vu des éléments du dossier, que la Commission ait prohibé l'opération. »

Rapprochement logique

Francis Olivier regrette d'autant plus cette décision que « le rapprochement était tout à fait logique ». De raconter : « Tetra Pak et Sidel ont eu des contacts commerciaux très tôt. Dès 1995, nous avons essayé de leur vendre des machines. Sans succès ! Puis nous avons encore essayé en 1999. Sans plus de résultat. Tetra Pak avait entrepris de développer ses propres solutions. C'est une stratégie que je ne peux pas critiquer puisque je l'ai appliquée... Mais elle n'est pas facile à réussir quand on n'est pas dans le métier. »

Tout change quand le leader mondial des emballages en carton pour liquides alimentaires prend acte de l'échec de sa diversification dans le plastique. L'équipe mise en place par Göran Grosskopf, le patron de Tetra Laval, décide de lancer l'offre publique d'achat dont la possibilité était régulièrement évoquée du fait d'une rumeur persistante : « Sidel, qui a construit ses succès avec différents actionnaires, a bien accueilli l'offre de Tetra Laval. C'était un gage de pérennité. Dans la note de la COB, il est mentionné expressément que des multiples de sociétés comparables à Sidel auraient amené à un prix de 10 à 22 euros. Il est donc clair que le prix de 50 euros a pris en compte implicitement qu'Actis était un véritable actif de notre groupe. »

Actis ! Le mot est lâché. Qui démontre que Francis Olivier n'a rien perdu de son mordant. Et l'homme ne cède en rien sur ses convictions : « J'ai toujours dit qu'Actis constituait la seule solution barrière industrialisée à ce jour et je le maintiens. L'annonce du procédé en avril 1999 a suscité un enthousiasme invraisemblable. La liste d'attente était impressionnante, avec beaucoup de commandes. Dont, il est vrai, certaines verbales. Nous avons lancé en production 25 machines. Notre tort est d'avoir accepté trop de tests trop vite alors que nous n'étions pas tout à fait prêts. Je rappelle que nous avons réalisé quelque 250 essais. Puis la conjonction de la hausse du PET et de rumeurs sur le fait que le procédé ne marchait pas nous a fait beaucoup de mal. »

Bonne foi

Pour Francis Olivier, le constat est clair : « avril 1999 restera une date aussi importante que le lancement de la première machine pour soft drink aux Etats-Unis en 1981. Tout le reste n'est que péripéties. Nous avons toujours été de bonne foi. Je ne pense pas en avoir trop fait. C'est le rôle d'un patron de vendre son produit. » De constater : « Je suis très exposé parce que je ne pratique pas la langue de bois. C'est comme ça. »

Il va plus loin : « Le pari des années 1980 était invraisemblable. Les critères de la réussite étaient autrement plus flous qu'ils ne le sont aujourd'hui pour la bière. Nous n'avions pas de plan de conquête. Pour attaquer le marché américain, les commerciaux lisaient les étiquettes sur les bouteilles pour savoir à qui s'adresser... Sidel a toujours eu la conviction d'avoir la capacité à faire changer le marché grâce à ses innovations de rupture. Avec Actis, c'est plus long mais c'est la même chose. La bière est un marché évident mais le potentiel des petits contenants dans les soft drinks est tout aussi énorme. »

De rappeler : « Quand, dans les années 1990, j'avais prédit le passage du PVC au PET dans l'eau, personne ne m'avait cru. C'est pourtant bien arrivé. En quatre ans ! »

Si, sur le plan de la croissance externe, Francis Olivier se dit globalement satisfait, il se montre néanmoins plus réservé avec Gebo, le spécialiste du convoyage racheté en 1997 pour son carnet d'adresses dans la bière : « L'association de Gebo et Sidel n'a pas fonctionné pleinement. Nous aurions pu mieux faire. Mieux utiliser les compétences en ingénierie pour les lignes complètes. Mais la vraie complémentarité, elle est dans la bière et il y a encore des choses à faire. Gebo et les unités complètes de Sidel viennent d'ailleurs d'être regroupés dans la même division. »

A quelques semaines de son départ, celui qui « aurait pu être journaliste ou avocat » admet avoir été touché par les attaques mais, au-delà des polémiques, celui qui a conduit Sidel au sommet défend son bilan avec conviction. Et reconnaît toutefois sans détour que son successeur a du pain sur la planche.

Dans l'immédiat, cet amoureux de l'industrie va s'occuper des entreprises dont il est membre du conseil de surveillance. Une chose est sûre, Francis Olivier a écrit une belle page de l'histoire de l'industrie française.

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